LA PORTE ROMAINE DK ZAGHOUAN
Iloinine énergique et constant dans ses desseins, Hussein ben Ali (1705-1740) déclara le pouvoir li('réditaire dans sa famille et (.(réussit à asseoir sur ce terrain mouvant une autorité régulière et à ébaucher une administration qui, à plusieurs reprises, n'a manqué ni de lumières, ni surtout de bonne volonté ». Il s'eriorça d'entretenii' de bonnes relations avec les puissances étrangères, tout particulièrement avec la France. Il ne put cependant enrayer le développement de la piraterie et ne fut jamais assez fort pour contraindre les Berbères montagnards des Oasselat ou de Khroumirie à respecter le nouvel ordre des choses. Des querelles de famille vinrent assombrir ses dernières années, et il périt de la main d'un de ses proches.
Le règne de son neveu Ali-Pacha (1740-1756) n'est qu'une réaction violente contre la politique extérieure et intérieure du fondateur de la dynastie husseïnite. C'est un retour aux pires excès de l'administration turque. Les Algériens deviennent plus arrogants (pie jamais et pillent Tunis de fond en comble (1756). Il fallut toute la bonté de Mohammed (1756-1759), fils d'Hussein, pour réparer les maux de l'invasion. Ali-Bey (1759-1782) replaça les diverses parties du territoire tunisien sous l'autorité beylicale et se préoccupa de développer l'agriculture et l'industrie en favorisant les plantations d'oliviers du Sahel. Une sécurité relative régna dans le pays, et les relations avec les puissances étrangères furent cordiales, malgré une rupture momentanée avec la France. D'un caractère fantasque et dur, Hamouda (1782-1814) se montra néanmoins politique avisé, instruit des besoins et des intérêts véritables de son pays. Son attitude à l'égard des Algériens fut toujours ferme (1807), et il sut conserver « la bonne correspondance >> avec les divers gouvernements qui se succédèrent en France.
Il s'affranchit de la tyrannie des janissaires en les faisant tous mussacrer (1811) et fit respecter son nom par les tribus nomades de l'intérieur.
Son fils Othman ne fit que passer sur le trône et fut, au bout de (luehjues mois, remplacé pai' Mahmoud, petit-fils de Hussein (181 i- 182i).C'està cette époque que la longue rivalité entre les Régences de Tunis et d'Alger prit fin par un traité perpétuel (1821) et que fut
enfin résolue par une intervention franco-anglaise la question de la piraterie (1819).
Lesdeuxfils de Mahmoud, Hussein (1824-1835)etMustapha(i835- 18:37), nefurentni l'un ni l'autre d'habilesadministrateurs. De graves abus financiers signalèrent le premier règne. Pour les faire cesser, on usa d'un remède pire que le mal, en se servant du ministre Chakir,dont les Tunisiens du Sahel citent encore aujourd'hui la dureté féroce. Pendant les événements d'Alger (1830), l'attitude du bey fut
CMAOIAT: MCCKOPOLICS liKRIlKKr.S
pluttH amicale pour la Fiance, mais il ne put cepeiidanl euqtèclier le mouvement de réaction musulmane des tribus arabes voisines de la li'ontière.
Le peupNîment français de l'Algérie amena le dévi'loppemeiil d(> noire in/luence en Tunisie sous .Ahmed-iîey (18.']7-I8r)5) et lui le |)((inl de départ d'une séi'ie de l'éformes destinées à doler la lb''gence d'un ;^ouvei'neMieiil pi us en i a|)|i(trl avec les id ('-es modernes. Aliiiied a|»|ir|a des olliciei's liaiicais iioiir insliiiire son ai'ni(''e, (•i(''a une école polytechnique, Noulut un |i(irl el une marine. Si)uverain ma-
i^iiiruiuc,!! se lit uuhnc couslruirc à La Mohammedia une sorte de Versailles lourd et massif. Toutes ces dépenses pesaient d'un poids excessif sur les collectivités indigènes. De là des prises d'armes, comme celle d'El-Djem en 1850.11 restera toutefois de ces divers essais l'abolition de l'esclavage en 1840 et le retrait des lois d'exception contre les Israélites.
Mohammed-Bey (1855-1859), ayant trouvé la Tunisie épuisée, déclara qu'il voulait «gouverner son peuple à sa manière et non à la nôtre» ; mais en évitant les ruineuses réformes de son prédécesseur, il laissa à son ministre des Finances une liberté qui aboutit à des résultats déplorables pour le trésor. Dans son désir de paraître musulman, il se rapprocha aussi du sultan de Gonstantinople auquel il envoya un contingent lors de la guerre de C<rimée.
Le congrès des puissances, réuni à Paris en 185G, chargea alors le consul de France à Tunis d'amener doucement le bey à une politique plus conforme aux intérêts généraux de l'Europe. La création'du tribunid du Charà fut le prétexte de l'intervention décisive qui aboutit, le 10 septembre 1857, à la lecture en séance solennelle d'une constitution connue sous le nom de Pacte fondamental et à laiiuelle le bey jura hdélité. Mohammed mourut avant l'application de cette charte, poursuivi par les malédictions du peuple accablé d'impôts sous prétexte de réformes et ne voyant dans toutes les innovations que la carte à payer.
L'àpreté des luttes d'influence entre les divers représentants des puissances européennes dans la Régence s'accentua encore pendant le régne de Mohammed Essaddok (1859-1882). Ce souverain ne put faire respecter son autorité ni par les étrangers ni par ses sujets. Le gaspillage financier devint tel que les révoltes éclatèr-ent sur divers points de la Régence, à la suite d'une série d'années désastreuses (1864-1867) pendant lesquelles l'impôt fut perçu avec la même rigueur. Au point de vue extérieur, le résultat de cette dilapidation des finances fut la constitution d'une commission (inancière internationale chargée de la protection des créances sur la Tunisie et de l'administration des revenus du bey (1869).
Un instant, Mohammed Essaddok, guidé parle général Khcir Eddine, parut comprendre que la mauvaise politique hnancière de
la Régence, l'absence complète de sécurité à l'intérieur, la disparition successive des divers éléments de prospérité économique étaient de nature à amener les pires catastrophes. Il destitua de ses fonctions Mustapha Khaznadar, le ministre des (inances prévaricateur (1873). L'influence pernicieuse de Mustapha ben Ismaïl ramena bientôt le bey aux errements du passé. Les diverses provinces de la Régence, livrées sans défense aux caprices d'un favori, furent exploitées plus durement (|u"au temps des Vandales. Ni les personnes ni les biens ne furent en sûreté. Mustapha ben Ismaïl ne respecta même pas le caractère religieux des propriétés « habous» et lit main basse sur les biens de main-morte. Seuls les montagnards berbères échappaient à la cupidité des courtisans de Mohammed Essaddok; mais, n'ayant plus rien à redouter de l'autorité beylicale, ils tournaient leur activité guerrière du côté de la frontière algérienne, molestant les tribus, arrêtant l'essor de la colonisation française.
Impuissant à réprimer les incursions des Khroumii'S sur le territoire algérien, sans argent pour assurer le bon fonctionnement des administrations, le bey n'était plus qu'un jouet entre les mains des consuls européens. Pour rendre à la Tunisie sa prospérité d'autrefois, il fallait un tuteur énergique et pouvant solidariser ses intérêts avec ceux de ce coin d'Afrique. La France, maîtresse de l'Algérie, était toute désignée pom^ remplir ce rôle de protectrice éclairée. Prenant en main la direction des alfaii'es tunisiennes, elle assurait du même coup la tranquillité de sa colonie algérienne et la renaissance économique de la Régence. Sucliiint bien (pie l'Angleterre et l'Italie étaient prêtes à la i-emplacer si elle se dérobail. la France imposa à Mohammed Essaddok le traité de Kassar-Sai.l (H s'installa délinitivement àTunis le l^ mai l88I,meUanl lin à lui réginn; ilonl tons, l'jn'iip(''ens et indigènes, sonHi'aicnl sans p()nv(tir y remédier.
(!ampagnes déi)cu[)lées, villes mal (Mitrflcnncs, capilalc liansforniée en cloaque, dettes énormes et trésor viilc, tel ('Mail en sonnnc l'f'lal du pays an moment on dis| tara issa il celle ail min isl rai ion beylicale, uKjiiis soucieus<; des intérêts g<''ni''ran\ ipie de ses iiilén''ls [jarliculiers et r<''fractaire à toute réfoi'me capable d'assurer le (jt-veloppeinent normal des ressources de la Régence.