CHAPITRE XII Sur le littoral
La côte de Tabarca et les forêts de Khroumirie. — Bizerte et son lac. — L'arsenal de Ferryville. — Une ville morte : Porto -Farina. — De Kelibia à Hammamet. — Les perles du Sahel.— Sfax et sa banlieue. — Le port des phosphates.
On connaît le mot de Salluste pour caractériser la côte de l'Atlas : «La mer y est sauvage, on n'y rencontre pas de ports. » Nulle part, en elîet, le rapprochement de la montagne et des tlots n'a donné naissance à un littoral plus abrupt, plus rigide en ses contours qu'en cette partie que la vieille Afrique. On comprend que les Romains, pris de peur à la vue de cette haute muraille et soupçonnant derrière elle un continent peuplé de monstres aux formes étranges, aient préféré la tourner et remonter lentement la vallée de la Medjerda. Plus tard seulement, quand leur domination fut bien assise, ils relièrent Bulla Regia (Souk-el-Arba)à T/m^n/ca (Tabarca) par une admirable voie traversant d'un bout à l'autre le massif montagneu.x où vivent les tribus khroumir. Nous-mêmes, nous n'avions encore récemment à notre disposition dans cette contrée sauvage que la roule militaire construite en 1881. Les excursions en forêl, loin des centres habités, n'étant possibles que dans une zone restreinte, le touriste devait se borner à visiter seulement quelques parties de celte admirable région si justement renommée pour la beauté et la variété de ses sites, en tous points comparables aux vallées alpestres, mais ayant de plus la splendide végétation de la zone méditerranéenne et l'éclat du ciel d'Afrique. Depuis deux ans les conditions de viabilité de la région khroumirienne se sont sensiblement améliorées et l'on peut aujourd'hui, de Tunis, gagner en chemin de fer Béja, se rendre de cette ville à Tabarca par une bonne roule, puis de là, empruntant l'ancienne voie militaire, aboutir à Souk-el-Arba,où l'on retrouve la foie ferrée.
De la sorte, on peut voir la Khroumirie sous ses deux aspects principaux, car on traverse successivement les forêts de chênes-
liège qui Font rendue célèbre, et l'on passe ensuite à l'ombre des énormes chênes zéens qui gai'nissent les pentes avoisinant Aïn- Draham.
C'est à la lisière de la zone forestière, en venant de Béja vers le littoral, que se trouve l'exploitation minière du Khanguet-Kef-Tout, organisée pour le traitement du minerai de zinc. Les bâtiments de l'usine sont adossés au flanc du djebel Damous, en un point où une brusque cassure des plissements de la montagne a déterminé la formation d'une de ces gorges étroites auxquelles les Arabes donnent le nom de «khangatw.Ce défilé resserré entre deux murailles couvertes de buissons toujours verdoyants est traversé par l'oued ]\[aden,dont les eaux vives courent le long de la route qui mène à Tabarca. Peu de sites en Tunisie sont plus beaux et plus frais pendant la saison printanière : partout des fleurs, une herbe grasse, des sources qui chantent, et le contraste de la plaine fertile et de la haute montagne barrant l'horizon comme un mur.
Le djebel Abioil marque l'entrée de la vaste plaine des Nefza, formée par une énorme couche d'alluvions où l'oued Zouara s'est frayé un chemin à travers des berges croulantes.
Puis, la forêt khroumirienne commence à une douzaine de kilomètres, à la limite du territoire des Ouchteta. Le chêne-liège y prédomine. L'emplacement occupé par la tribu, sur le bord de l'oued M ehth , est couvert par la luxuriante végétation de ces beaux arbres, source de richesses pour l'administration du Protectorat.
La forêt descend jusqu'aux grandes dunes qui bordent la mer. Ces masses énoi-mes de sable, sous l'elTort du vent, se déplacent sans cesse, et l'on est tout surpris de trouver çà et là des arbres de taille gigantesque, dont les hautes branches émergent seules des sables qui entourent leurs troncs noueux. Parfois même, roue<l Melah est obligé de se creuser péniblement un chemin à travers ces collines mouvantes toujours prêles à obstruer son cours.
Du hiiul des rochers qu'escaladent les sentiers muletiers ou les ti'auch('(;s de préservation contre rin('endie,()n embrasse le panorama de ces admirables futaies de chênes-liège (\m forment un saisissant contraste avec les (N'-nudations de tant de montagnes tunisieiMies. Dans l'iiniiiense lâche de verdiir<' a|i|)aiMissenl de loin en
loin ([ueliiiies lèpres. Ce sont les l)oisemenls récemment dévorés pai' le feu. Les troncs noircis sont toujours là, dépouillés de leurs menues branches, lanienlal)les victimes des procédés barbares ou de la crimiuelle vengeance du pasteur indigène. Telle est pourtant la rt'condilé du sol qu'autour de ces squelettes décliarués une végétation d'arbrisseaux robustes et vigoureux ne larde pas à couvrir le sol. Au bout d(> quchiucs annexes, toute trace (bi désastre est elï'a-
T.VBAnr.V : LFS AIGIILLES (ROirTE DE LA CALLE;
cée,mais les pertes ont été immenses, et il faut sans cesse être aux aguets ponr éviter le retour du tléan ou enrayer sa marche. A Ain- Drabam, « la source d'argent», les arbres à liège ont disparu pour faire place aux énormes chênes zéens qui étendent dans tous les sens leurs puissants rameaux et couvrent la terre de leur ombre épaisse. Sous cette verte frondaison on entend le bruissement des sources, le clair fi-acas des cascades bouilloiuiaut au fond des ravins, f/est une véritable Suisse africaine!
Le point du littoral où sont embarqués les lièges et les bois provenant des forêts khroumiriennes est la petite ville-de Tabarca,la Thabraca romaine, où Ton découvrit il y a quelques années les curieuses mosaïques qui figurent dans les collections du Bardo. Simple village de pécheurs situé à l'abri de la montagne, sur une étroite lisière bordant la mer,Tabarca compte un millier d'habitants, à peu près tous Européens. Le quart seulement de cette population est français, le re^te se composant presque exclusivement de pêcheurs italiens dont le noml)re s'accroît pendant l'été, car plusieurs centaines de bateaux siciliens viennent pêcher la sardine et l'anchois dans le voisinage des côtes. A cette industrie de la pêche, Tabarca n'ajoute, pour l'instant, aucune autre ressource. C'est à peine si l'on commence à coloniser la vaste plaine qui l'avoisine et, malgré les désirs de ses habitants, il es^t peu probable que le produit des mines vienne jamais s'embiirquer à Tabarca. Les Romains y avaient fuit cependant d'importants travaux, et la famille génoise desLomellini fit bâtir une forteresse quise dresse encore sur le point culminant de l'ile voisine et atteste tout au moins l'importance stratégique de la vallée. Mais ces temps héroïques ne sont plus et les Tabai-quins, hissant là leurs visées de gloire, n'ont d'autre désir (jue de voir cesser leur isolement et de participer davantage à la vie du pays tunisien.
Sur u!i seul point la nature semble s'être humanisée en créant un abri où toutes les Mottes de l'antiquité auraient pu jeter l'ancre, où nos imposantes escadres modernes évoluent sans la moindre difficulté. Ce havre si vanté et si sur attira de bonne heuie l'allenlion des navigateurs phéniciens, qui en prolégèi'ent les abords par la consti-uction d'un fortin couvrant le marché établi sur la plage. Ainsi prit naissance lîizerle, en arabe Bent-Zert, a la lilie de la Syrie », hier encore modeste cité à peine connue, aujourd'hui en passe de devenir un des grands arsenaux maritimes du monde, une des principales escales pour les bateaux <jui sillonnent en tous sens celte pailio de la Méditenanée.
Déjàsapopulalionilépasse'il.lMMiJiiiliilanls.donl .{.(H M) français, 0.()(J(J Eui'Opéens, 7.H(M» indigènes niusnlnians, I .li(HI .liiils et rnvir(»n r» (MM) liotiunrs dt- li(tiq)e.
Le nombre des Européens, qui s'est d'abord accru avec une très grande rapidité, reste actuellement stationnaire; il en sera probablement ainsi tant que l'arsenal n'entrera pas en activité. De même, les indigènes semblent encore à l'aise dans leurs quartiers, groupés autour des mosquées et des zaouïa.
La ville arabe est bâtie sur les pentes d'une colline d'où l'on découvre tout à la fois les sinueux contours du golfe et la nappe bleue d'un lac qui s'enfonce à quinze kilomètres dans l'intérieur des terres. Un étroit goulet bordé de maisons assurait autrefois les communications du lac et de la mer. 11 a été comblé et remplacé par un canal de 240 mètres de large, ouvert à travers l'isthme de sable d'un kilomètre qui obstruait le passage. La destruction des ponts du vieux canal a enlevé son caractère pittoresque à ce quartier de la ville indigène qu'on avait si justement surnommée ((la Petite Venise».
Néanmoins, la Bizei'te arabe, avec son enceinte à peu près intacte, ses minarets, sa casba sur les bords de l'eau, la blancheur de ses édifices, conserve encore cet aspect particulier aux villes du littoral tunisien qui surprend le touriste venu d'Algérie et le transporte d'un seiU coup en plein Orient. L'industrie indigène n'existe plus guère que pour les besoins locaux : aucun produit qui soit spécialement recherché dans la Régence.
A l'heure actuelle, l'intérêt se concentre davantage sur la ville que les Européens bâtissent entre la vieille Bizerte et le canal récemment creusé. Des bâtiments administratifs, contrôle civil, douanes, postes et télégraphes, écoles publiques, quelques habitations particulières, tout cela épars çà et là sur un damier à l'américaine, voilà le spectacle qu'olTre encore le quartier européen. Mais peu à peu les espaces vides se remplissent. Des casernes et un arsenal clos de murs forment déjà tout un nouveau quartier témoignant de l'importance militaire de la ville. Une église de vastes dimensions, édifiée dans le style roman, est depuis peu livrée au culte. Un hôtel de ville est en construction, et autour d'un square où l'on peut voir de belles et robustes plantes, les maisons particulières ont surgi de toutes parts. Les Bizertins ont aussi réservé l'emplacement d'un théâtre et d'une justice de paix. Le quartier de plaisance est le faubourg de Bijouville, peuplé de villas habitées
par des fonctionnaires et des officiers. C'est de ce côté que le mouvement des constructions a été le plus intense.
Cette activité eut pour cause l'importance des travaux entrepris pour bâter le développement commercial de Bizerte et assurer sa défense contre une attaque éventuelle. Une compagnie française fut chargée de créer sur ce point un port de commerce muni do tout i'outillag-e moderne. Constituée par décret du 11 mai 1800, elle ouvrit un canal d'accès de la mer au lac, protégé du côté du
A LA IIAIK rONTV, PUKS UE BIZEKTF. : LE lirREAl" DE l'OSTE
lar^e par deux jetées d'une longueur respeclivc i\o 1 .(MX) mètres et de 050 mètres. Des appontements, quais ou wliails, sur une longueur do 200 mètres, des gruos cl divcM's engins de manulention furent «'tahlis dans une partie du cluMiid où la largeui- fui auginontéc de mardère àperMU'Itrc l'accostage d'au moins deux navires. Cinq feux de port guidèr<'nt les navires. Cet oulillago fui compN'lé |i:u'dcs torrc-plcins, jiangars, hurcaiix, voirs fcrri-es. nn l»ac à vapciu', rie. J-'ti t'cliMU^c, la C(»nqia;.;ni<' oMinl une (•(incession d'exploitation du jjoit jj(Midant soixante quinze ans et une; suhvenlioii
(le six inilliuiis lie IVancs, ainsi que la propriété des tciTaiiis conquis pai- suilc lies travaux du port, enfin le droit exclusif pour toute la (lurc'c de la concession d'exploiter les deux pêcheries du lac de lîizei'le et de Tindja. Potu' mieux assurer la défense et permettre aux navires de guerre d'évoluer en toute liberté dans le lac, le Ministère de la Marine a racheté celte concession de pèche. Les grands barrages voisins de la baie Poiity resteront désormais toujours ouverts. Il est également peu probable (pie le port de commerce soit maintenu dans le chenal. Des installations nouvelles seront faites, soit daus la baie de Sebra, c'est-à-dire dans le lac, soit à la Ksil)a, !( l'abri de la jetée Nord. En ce dernier cas, pour éviter le ressac, il serait nécessaire de rouvrir l'ancien canal, ce qui est du reste demandé par la Marine pour la libre entrée et sortie des torpilleurs. Le mouvement commercial du poi't de Bizerte s'est élevé, en lU05,à 80.085 tonnes, dont 81.002 cà l'entrée et 0.404 à la sortie. Il est alimenté à l'exportation par le blé et l'orge, quelques tonnes de minerais et surtout par les expéditions de poissons frais ou en conserves provenant des péclieries du lac qui cesseront bientôt, il est vrai, de contribuer au mouvement des marchandises expédiées au dehors. A l'importation, on trouve des farines et semoules, vins et spiritueux, chaux et ciments, houilles, matériaux divers nécessaires au ravitaillement de la Division navale. Le mouvement d'exportation reste stationnaire depuis plusieurs années, mais la prochaine ouverture au trafic des lignes ferrées des Nefza et de Béja à Mateur modiliera cette situation. IJizerte pouri-a bientôt fournir aux navires de commerce un fret plus considérable en céréales et minerais, tout en devenant un portde ravitaillement pour les navires allant de Gibraltar à Port-Saïd. Vivres frais, poissons, légumes y abondent, ce qui lui donne une grande supériorité sur Malte. Une vingtaine de grands paquebots s'y arrêtent chaque année pour charbonner. Trente à quarante navires y sont également entrés en relâche forcée. C'est le début d'un mouvement qui devrait déjà être beaucoup plus considérable.
En même temps qu'on transformait Bizerte au point de vue économique, les Ministères de la Guerre et de la .Marine se préoccupaient d'assurer solidement la défense d'un point qui commandait
l'entrée d'un lue où pouvaient pénétrer sans crainte les plus gros cuirassés.
Une défense mobile constituée par une quinzaine de torpilleurs, avisos et garde-côtes fut établie, à proximité du canal, dans une anse bien abritée, dite baie Amiral-Ponty. Les deux rives du canal furent elles-mêmes reliées par un transbordeur. Enfin, des forts et des redoutes, couronnant la ligne des bauteurs, défendirent les approclies du côté de la mer. Ces moyens ayant été reconnus insuffisants, tout un plan de travaux nouveaux fut décidé et exécuté. Le canal fut élargi à 240 mètres, et le transbordeur, qui constituait un admirable point de mire pour les canons d'une flotte ennemie, fut abattu et remplacé par un bac à vapeur assurant la permanence des communications dans de meilleures conditions de sécurité. On ferma aussi Tavant-port par une immense digue de pleine eau perpendiculaire à la jetée Nord ; le nombre des unités navales fut augmenté; de nouvelles batteries munies de canons à tir rapide furent construites su r les bauteurs avoisinantes, et bientôt Dizerte put être considérée comme une place de premier ordre.
L'arsenal indispensable à tout cet organisme est situé à quinze kilomètres dans l'intérieur des terres, à Ferry ville (Sidi-Abdallab), à l'extrémité sud-ouest du lac, à quelque dislance de l'oued Tindja, émissaire de la nappe d'eau douce qui entoure le djebel Icbkeul. (Jn y a édifié des ateliers de construction et de réparations; on y a creusé des bassins de radoub, dont Tun n'a pas moins de ^i-O mètres et peut recevoir aisément les plus gros cuirassés. En cetendroit encore désert il y a quelques années, plus de C).000 Européens, parmi l('S(|uels 1.200 Français, vivent agglomérés. Déjà une ligne de clii'iiiiii de Ici- ) accorde l'arsenal et la cité naissante à la voie léirée de 'l'unis à Bizerle. Une li^ne de Inimway exist(> ('•^alcinciil t'idre Ferryville (it Tindja. Dès maintcnanl l;i lli il t(> française peut trouver là un refuge assiu'é et tous les moyens de se ravitailler et de réparer ses avaries.
.Sans avoir eu, ilans les Icnips anciens, une inipoilaMcr comparable à celle d'anjourd'hui, Bizerle lut cependaid,à l'épocpie phénicien ne, une c(j|(jnie prospère. Sons les Momiiins, elle |)oi'la le nom (V lfil»l)() iJiorrliiflus. H en est souvent (jueslion ilans les annales de
rKmpirr. IMiis lard, (iiiaml les Arabes se tour'iièi-eiit vei's la mer, elle devint un nid de pii'ales,el pendant le .\vii« siècle elle lut le poi't d'attaelie <les plus (anieux rais tunisiens. Les Français l'ont rendue à sa véritable destination, qui est d'être le boulevard maritime de l'Afrique du Nord.
Aluned-Bey, \o grand n'Iorniateui', ne parait pas avoir songé à utiliser les défenses naturelles de Oizerte. Il préféra engloutir des sommes considérables à Porto-Farina, à l'embouchure de la Medjerda. Mais les eau.x bourbeuses du fleuve ont eu raison de la patiente énergie des ingénieui'S. Porto-Far'ina n'a jamais pu voirie long de ses quais la noire fumée des paquebots. Ses casernes et son arsenal ont été transformés en un bagne immonde. A l'heure actuelle, c'est une ville morte de 1.5UÛ habitants qui forme le plus paifait contraste avec la moderne Bizcrte. Un jour viendra pourtant où les riches alluvions de la Medjerda se transformeront en merveilleux jardins, où toute la région qui s'étend entre le tleuve et les lacs, jusqu'à Tindja, sera couverte de cultui'es maraîclières et d'arbres ployant sous les fruits, où Mateur et Porto-Farina contribueront à accroître la fortune de Bizerte.
L'incurie de l'ancienne administration beylicale apparaît encore de façon plus frappante (juand on visite Kelibia, grosse bourgade de la presqu'île du Cap-Bon, peuplée de 6 à 7. 000 indigènes, auxquels s'ajoutent quelques centaines de pèclieurs italiens. La citadelle, juchée sur une falaise qui surplombe la mer, est d'aspect très pittoresque, mais les murs tombent en ruines et le village lui-même n'est qu'un amas de maisons délabrées. Pourtant, la terre y est fertile, on y cultive les céréales, les olives, les fèves, sans parler de la vigne aux belles grappes dorées.
A l'époque romaine Kelibia était sans doute plus prospère, son histoire municipale ne nous est pas connue et nous savons seulement qu'elle s'appelait Klupea, «le bouclier », à cause de la Ibi-me spéciale du rocher qui supportait son acropole. La citadelleactuelle est probablement d'origine espagnole; peut-être aussi fut-elle construite par les Turcs, comme ce vieux fort qui garde llammamel, « la ville des bains » — d'autres disent llamamet, « la ville des colombes», — charmante petite cité assise au boi'd de la ^^édi(erra-
née orientale, en un point battu par les vagues du lai-ge et assiégé de tous côtés par les sables. Une population de 3.000 habitants, dont une cinquantaine de Français seulement, vit sur ce coin de terre, à peine distant de soixante-cinq kilomètres de Tunis par la voie ferrée. Et pourtant en quand le temps est calme, quel délicieux séjour! La ville, dans son enceinte fortifiée, flanquée de distance en distance par des tours carrées à demi engagées dans la muraille, contraste par la blancheur de ses murs avec l'azur sombre des Ilots. Quelques barques de pêche ou de commerce se balancent dans la baie ; les jardins qui s'étendent aux alentours sont remplis d'arbres odorants : orangers, jasmins, rosiers. Du haut de la casba on jouit d'un magnifique coup d'œil. D'un côté, on a à ses pieds toutes les maisons; à gauche, on voit s'étendre les jardins; enfin, si l'on se retourne, aussi loin que l'œil peut percer, la mer calme et bleue ». "^ Grand marché d'oranges, mandarines, citrons et grenades, Hammamet est célèbre dans le monde indigène par ses essences de rose et de jasmin.
Sa voisine, Nabeul, entourée de jardins plantés d'orangers, citronniers, mandariniers, grenadiers et cédratiers, fournit également aux commerçants de la Régence une grande quantité d'eau et d'essence du fleur d'oranger. L'industrie est, en outre, très pro.spère dans cette petite ville où l'on fabrique des tissus, des nattes de jonc et surtout des poteries expédiées jusqu'en Algérie et en Tripolitaine. Un industi'iel français a réussi à obtenir des potiers de Nabeul l'emploi de procédés modernes peimetlaiit une fabrication plus soignée, mais toujours cepend;uil en conservant les vieux modèles et les traditions anciennes. '-' L'abondance d(^s piddnilsdii sol et l'activil»'' de rindiisliie font de N;i)ienl ini centre commercial important. IMus de LJ.OOO habitants sont aggloméit-s sur ce [)oinl. La colonie israf'-lite, très nombreuse, d('tient une bonne |iartie des terres.
Sons les l'ln''niciens, yi-diiolis r\;\\\ le lieu de dt-bitiquenienl des
(0 Cagnat kt Saladin : Vni/tnjc en Tiinisir.
Ci) I)f' nonibrpiix <''cli;iiitillf)iis de.s pi-oduils ;iiiisi olitrinis soûl \ciiiliis dans les priiicipalo.s villosdo la R/'gencc.
produits venus du i^olle de Gabès, que l'on dirigeait ensuite par terre jusipi'à Clartliage. Détruite en même temps que la capitale, elle devint colonie romaine sous Auguste. Pendant la période arabo-berbère, elle n'a jamais joué qu'un l'oIe assez secondaire. Les charmes de son climat justement vanté, le pittoresque de sa situation tendent à faire deNabeul la région des biverneurs qui recherchent, avec la tranquillité, les senteurs d'un air balsamique sans cesse renouvelé par la brise du large.
C'est là que se rencontrent les hommes du Cap-Bon et ceux du Sahel, «la terre facile à cultiver)), dont la principale ville est Sousse, au fond d'une baie largement ouverte que l'art des ingénieurs a transformée en un port très sûr. Sa population dépasse 25.000 habitants, dont 1.500 Français et 4.000 Européens.
Chef-lieu d'un contrôle civil et d'une subdivision militaire, sièue d'un tribunal civil, Sousse possède également un musée d'antiquités phéniciennes et romaines justement renommé.
Bâtie en amphithéâtre sur une colline qui regarde la mei", complètement entourée par une muraille crénelée ilanquée de tours et de bastions, Sousse offre du large le merveilleux panorama de ses maisons blanches, qui descendent en gradins des hauteurs de la casba jusqu'aux Ilots bleus de la Méditerranée. L'enchantement disparaît quand on pénètre dans la ville par une des portes ouvertes dans l'enceinte. Pourtant, en gravissant les raidillons qui mènent dans le haut quartier, on rencontre, chemin faisant, quelques belles constructions arabes. La Grande-Mosquée, avec ses plafonds soutenus par des arcades sur pieds-droits, méi'ite de hxer l'attention. Quant au qsar Errais, sorte de chàleau-fort transformé en mederça où vivent quelques étudiants, c'est probablement une ancienne construction byzantine reliàtie au temps des Aghlabites. Le quartier des souks est loin de pouvoir être comparé à celui de Tunis.
En dehors des remparts, le long de la mer, les Européens ont construit une ville nouvelle qui se développe avec rapidité. De larges avenues, (|uelques promenades plantées d'arbres, un square où se fait entendre la musique militaire, donnent à cette paitie de Sousse l'aspect d'une jolie cité française.
Respectant la ville indigène, le nouveau quartier s'étend vers le
port, qui a été solennellement inauguré le 25 avril 1899. Le bassin rropéraLions, long de 350 mètres, large de 400 mètres et pi-oibnd de 6"' 50, a une snperlicie de quatorze hectares. Il est protégé contre
lesventsparunegTandejetéede670mètresdelongquiabi-iteau.ssi deux autres digues de 250 et 658 mètres, laissant entre elles un passage de 70 mètres pour l'entrée des navires dans le bassin. Des quais ou perrés accostables complètent cet ensemble de travaux. Le long de la jner circulent des voies ferrées. Divers engins de levage sont mis à. la disposition des bateaux pour le chargement et le déchargement des marchandises, qui peuvent être emm!igasinées dans trois hangars couverts.
Cette œuvre a été accomplie par la Compagnie concessionnaire du port (le Tunis.
Sousse étant le débouché naturel de toute la Tunisie du Centre, le mouvement des marchandises s'est élevé dès les premières année^s à 8 i-.OOO tonnes. Le nombre des pa.ssagers a été annuellement dr / à 8.000. Cet accroissement de tonnage ne se maintint pas et il parut bientôt indispen.sable, pour l'avenir de la ville, de prolonger dans la direction de la frontière algérienne la voie ferrée actuellement construite jusqu'à Kairouan seulement. Dès que le projet eut .'•té décidé, des fonds furent prévus sur l'emprunt de quarante millions contracté pour la réalisalicii du plan des grands travaux de
colonisation. F.es chantiers .sont ou verts sur plusieurs points et dans quehjues mois les locomotives pousseront jusqu'à Aïn-.\roularès, gisement rh" phosphates qui est le point tei-minus de la ligne. Pour i-''iier ce ccnLic niinicr à la garr du ArelLmui, (|tic|,iues kilomètres de rails seulement étaient nécessaires. La Direction .|,>s Travaux puhhcs s'est an-ètée à une autre conception consistant à prendiv la Tunisie en écharpe pour aboutir à Sousse connue point d'.Muhar- T"'"'""N '•••li.'iil ainsi an lilt.„;,| .SImmiIm, Keriana, Kasserine et assurant l'avenir de l,i coLnisati.Mi dans \r Ccnliv.
Les négociants du .Sahel importent des céréales d.- tout.» nature : liu-mes et semoules, vins et spiritueux, tissus d(> col,,,, ; ils evp,„-|,M,l •';• ''''■• ••! '!•• Inrg.., des liuijes d'..lives (>t de g,ig,i„„s, auN.|n,.||es •S.'MOMle,o,il|,|r,,|„|,|,.sn,i||ie,-sdet,,,,,M.sd<'plicspl,;iles.L.'sliinles sont ,u;.„„f;H.|,„ées ;•, Qoi.sse d;.,is de g,;,, Ml.. s iisnies installées avec
tons 1rs perfccUonncmonts modernes et qui ont donné naissance à un l'auboui'i^ indusiriel dans la pailie sud de la ville.
Sousse n'est autie (|ue l'ancienne Hadriimetitm, fondée par les Phéniciens. Après la prise de Cnrlhage, en 14G, elle devint « civilas libéra» et fut enfin érigée en colonie sous l'empereur Trajan. Capitale de la Byzacène ou Tunisie du Cenire, elle joua un grand rôle pendant la période byzantine et devint sous les Aiabes le siège d'une circonscription administrative. On ignore à quelle époque elle fut appelée Sousse. Les émirs aghlabites de Kairouan (ixe siècle) la fortifièrent et construisirent sa grande mosquée. L'invasion hilalienne ayant arrêté le développement économique du Sahel, poita un coup funeste à la prospérité de Sousse (1053). Occupée au xii^ siècle par les Normands de Sicile, la ville tomba ensuite au pouvoir des AImohades, puis fut incorporée à l'empire hafside, subit la dominalion turque (xvr' siècle) et reconnut ensuite l'autorité des beys liusseïnites. Plusieurs fois bombardée par des escadres européennes pendant le xviiie siècle, Sousse eut particulièrement à souITrir de l'attaque de l'amiral vénitien Emo,en 1784. Nos troupes y entrèrent sans coup férir en 1881, et depuis lors la tranquillité de la région a toujours été complète.
Pourtant, la population indigène est très dense dans la banlieue de Sous.se, toute parsemée de gros.ses bourgades entourées d'olivettes, quelques-unes très pittoresques, comme Kalaat-Kebira, au sommet d'une éminence qui domine la forêt d'oliviers du Sahel. Ses 4.500 habitants sont à peu près tous des indigènes vivant de la culture de l'olivier et du commerce des huiles. Kalaal-Kebira ne vaut que par sa situation, car ses ruelles n'offrent aucun intérêt et nul édifice ne mérite d'v être siqnalé.
Il en est de même pour M'saken, à quinze kilomètres au sud de Sousse, sur un chemin do fer qui la met en communication avec le port du Sahel et permet le facile écoulement des produits du sol. Cité indigène sans caractère bien particulier, M'saken compte environ 10.000 habitants occupés cà la culture des céréales et des oliviers. Les Européens ont construit des huilei-iesà vapeur ({ui ti'ansforment les olives et leurs f-riniions.
A quelque distance, sur le littoral même, se trouve la petite ville
(le Moiiîistir, duiil la population comprend environ 8.000 indigènes, parmi lesquels vivent ^^00 Européens et une centaine de Français. Vue de la mer, avec sa grosse tour ronde et ses hautes murailles au-dessus desquelles se balancent les palmes de gigantesques dattiers, Monastir est très pittoresque. De grandes plages de sable fin bordent ses remparis. Les musulmans y enterrent leurs morts et la plaine apparaît toute parsemée de koubbas et de pierres iumulaires. Sur une pointe exposée à l'assaut des vagues, la mer a découpé de grands couloirs où l'eau s'engoulïre avec fracas. Dans la ville même, aucun monument digne d'intérêt. Fréquenté surtout par des barques grecques pendant la saison de la pêche aux éponges, par des barques siciliennes qui viennent y prendre des sardines, anchois et allaches,le port de Monastir a un mouvement de 7 à 1*2.000 tonnes de marcliandises, entrées et sorties réunies, en y comprenant les céréales et les huiles. En face de Monastir, à quel- (jues centaines de mètres de distance, se trouvent trois îles. Dans l'une, la Tonnara, est l'établissement installé pour la pêche des thons et la fabrication des conserves de poisson C'est la seule indiish'ie locale.
Monastir doit probablement son nom àuii monastèredel epo(jiie liyzaiiline,bàti auprès de rancienne ville romaine de Ihi^puia.
Plus au sud s'élève Moknine, reliée à Sousse par un chemin de fer, groupe de population de 7.000 habitants, parmi les(iuels une vingtaine de Français. Du haut des terrasses de Moknine, on embrasse le panorama de l'immense sebklia (jui s'étend entre le Ras- Dimas et le cap Ahica. et qu'entoure de toutes parts la forêt d'oliviers. C'est du produit de ces arbres que vivent les habitants de Moknine. Diniportanles tiansactions sur les huiles et grigncns y '•m lieu cliiKin»' hiver. (Ju('|(|ii('s usines à liiiile y ont (''((' coiish'uiles, < )ii eiiltJNc aussi dans les environs heaucoiq) de (-(''réales.
.Malidia,à la pointe du caf) .\liica,à -2('à) kilomètres deTimis,à 0(1 kilomètres de Sousse à laquelle elle sera i)ieiil(')l relic'c par une voie ferrée, continuation de la ligne d»; Msiiken-.Mnknine, es! luie ville (|e (■>.()( H) li;diil;nils, «loni quelques cenlaines (ri'jii'(ip(''ens. I .es pa<|ue|)(jls mouillent en iade,àr>(H) nièhes environ de la ('(He. Le mouvement annuel des niarelianilises est de 'St à ;{0.000 lonnes.
Comme les petits ports voisins, Mahdia exporte surtout des graius, des huiles et des grignons. C'est aussi un centre de pêche important, et Ton y prend beaucoup de sardines et d'allaches. L'enceinte, construite par les Arabes, a été remaniée à diverses reprises, notamment par les Turcs. Aucun monument moderne, mais de nombreux vestiges de l'antiquité, car les Phéniciens, et après eux les Romains, avaient utilisé la position du cap Africa. Le port, creusé dans le roc vif, formait un parallélogramme de 70 mètres de longueur sur 50 mètres et communiquait avec la mer par une étroite ouverture. Les travaux furent utilisés plus tard par le mahdi Obeid Allah, qui fonda une nouvelle ville en 916 de notre ère et lui donna son nom. Au XF siècle, Mahdia était très prospère et son port ï'vé- (]uenlé parles navires d'Alexandrie, de Syrie et d'Espagne. Tombée aux mains des Noi'inands de Sicile en 1148, elle fut reprise par les Almohades en 1100, mais ne retrouva jamais son antique prospérité. Au xvic siècle, elle sera disputée par les Espagnols et les Turcs; à partir de ce moment, elle n'est plus qu'une cité d'importance secondaire.
En leur langue imagée, les indigènes désignent encore sous le nom de « perles du Saliel » toutes ces blanches cités que le génie français parvient peu à peu à faire sortir de leur long sommeil et auxquelles il rendra les splendeurs passées.
Cette transformation est surtout sensible à Sfax, qui occupe sui' le littoral une position avantageuse à l'abri des îles Kerkenna.Chellieu d'un Contrôle civil, peuplée de 50.000 habitants dont 5.000 Européens, parmi lesquels 1.500 Français, Sfax, bâtie dans la plaine avoisinant la mer, est à peine visible du large. On distingue confusément une ligne continue de hautes murailles d'où se détachent, à des intervalles très rapprochés, des tours et des bastions à moitié engagés dans les remparts. Derrière cette masse blanche se déroule, à perte de vue, une campagne d'un vert foncé semée de distance en distance de points éclatants de lumière. Ce sont les innombrables habitations indigènes disséminées dans les jardins où mûrissent, avec le raisin, la figue, la grenade, l'abricot, l'orange, la mandarine, le citron et le cédrat. Celte zone de culture fruitière n'a pas moins de 15 kilomètres de large. Au delà ce sont les im-
menses étendues couverles d'oliviers rangés comme des soldats en bataille. (')
Immédiatement au pied des remparts s'étend la ville des morts, dont la solitude forme un contraste frappant avec l'animation et le bruit de la rue des Forgerons, qui longe aussi la muraille, mais à l'intérieur de la ville. C'est un des coins les plus vivants et les plus pittoresques de.Sfax, avec la rue des Balcons et le quartier des souks. Les indigènes ne sont pas seulement serruriers et forgerons babiles, ils tissent également des étoiles diverses et fabriquent de la sparterie. C'est cependant la culture qui occupe le plus grand nombre, et les jardins sfaxiens sont justement réputés.
Suivant le système adopté dans toute la Régence, c'est en dehors de la ville arabe que s'est construit et que se développe le quartier européen. Le terrain où il s'est bâti a été gagné sur la mer. Quelques édifices publics contruits dans le style mauresque, notamment un liùtel de ville et un théâtre, des promenades et des avenues plantées d'arbres, enlin, tout à l'extrémité sud, un vaste jardin public, déjà très curieux à visiter, permettent de se rendre couiple de ce que sera bientôt la Sfax européenne. Au reste, entre les nionuineiits surgissent, comme par enchantement, de nombreuses habitations privées, surtout depuis que Sfax est reliée à Gafsa par un chemin de fer qui lui amène les phosphates du Metlaoui et donne à son port un doublement d'activité.
Ce port, autrefois assez incommode, puisque les navires ne pouvaient approcher du rivage, a été complètement refait par la Compagnie coucessionnaire de Sousse et Tunis. Il se compose aujourd'hui d'un bassin d'opération de 10 hectares, creusé à (>"'50deprolondrur, d'un chenal de 'i'i mètres de largeur et de 3 kilomètres de longueur, creusf' ;"i la même cote, de deux murs de (|uais longs de r)!)i- mèli'es, enlin des chenaux alfectés à la petite halellcrie et nwnantàdes dar.sesde l.'JOO mètieset ."i.OOO mètres de superlicie. Sur les terre-pleins sont établies des voies ferrées longeant des hangai's
(') Los cartos que po.ss(''de la Direction do rAjrricultun' niniitivnt l.i profrrossion de colle culture dans la rof^ion .sfaxitMini- depuis h- iminKiil .m les terres sialiues furent lixroes à la colonisalion.
destinés à abriter des marchandises. D'incessanls perfectionnements sont apportés à l'outillage et lui permettent de suffire aux exigences cliaque jour grandissantes du trafic.
Inauguré le 25 avril 1897, le nouveau port de Sfax a vu croître très rapidement son tonnage effectif. Les exportations, limitées d'abord aux huiles, aux céréales et aux alfas, ont brusquement passé de 25.000 tonnes en 1898 à 85.000 tonnes en 1899, année où commença l'exploitation des phosphates de chaux de Gafsa, et à 500.000 tonnes en 1904. Aux importations on trouve des céréales de toute nature, des farines et semoules, des vins et spiritueux, enlhi de la houille. Il est à remarquer que les importations ont plus que doublé de valeur entre- 1892 et 1904. L'ensemble du mouvement commercial n'a pas été moindre de 039.254 tonnes à l'entrée et à la sortie en 1905. Le nombre des passagers a atteint 15.115 pendant la même période. Les gisements de phosphates de Gafsa, qui sont maintenant en pleine exploitation, ont à eux seuls fourni l'an dernier un fret de plus de 550.000 tonnes. La Compagnie prévoit même qu'elle pourra transporter dans un avenir peu éloigné plus d'un million de tonnes de phosphates au poi't d'embarquement. D'autre part, ses olivettes des terres sialine.s commencent à peine à lui envoyer leurs produits. L'avenir de ce port e.-^t donc considérable.
C'est, en outre, un centre de pêche extrêmement actif. Plus de 450 barques fréquentent Sfax, qui reçoit aussi, pend.ant la péi'iode de la pêche des éponges, une quarantaine de sakolèves grecques, 300 bateaux siciliens et 350 barques tunisiennes. Cette population maritime représente environ 3.000 âmes s'appro\ i.siomiant dans la ville et y portant les produits de leurs pèches.
Le loyalisme de Sfax, depuis l'occupation, n'a jamais été soupçonné. Les habitants semblent heureux des transformations opérées dùns la région. Ils savent gré à la France d'avoir reconstitué l'antique forêt d'oliviers, d'avoir favorisé la colonisation des terres sialineset procuré ainsi à de nombreux paysans indigènes de nouveaux moyens d'existence. De toutes les œuvi-es accomplies pai- le Gouvernement de la Régence, auciuie ne fut plus utile (pie celte rénovation du Sud tunisien dont Sfax a si largement bénéficié pour
le plus grand profit^de l'extension de notre intluence dans les milieux indigènes.
Mais, pour donnera ces cités du littoral et aux régions dentelles sont les débouchés naturels toute leur valeur économique, une transformation dernière s'impose à l'attention du Gouvernement Tunisien. Il semble aujourd'hui nécessaire qu'une décentralisation sagementcomprise permette à chacun de ces groupements urbains de devenir un organisme complet, pouvant en quelque sorte se suffire à lui-même, n'étant plus étroitement rattaché à la capitale au point de vue administratif et financier. Les mesures que viennent de prendre les Directions de l'Agriculture et de rOflice postal pour constituer à Sfax une véritable inspection du Sud et y organiser une sorte de sous-direction des communications postales et télégraphiques,l'existence àSoussed'un tribunal civil et d'une inspection primaire constituent une précieuse indication sur la marche à suivre. Le moment semble venu de résoudre aussi le problème îles modifications à apporter dans la vie municipale par la constitution d'assemblées électives, par la création de budgets locaux et de budgets de circonscriptions. Sfax, Sousse, Bizerte et même les cités de moindre importance puiseront dans ces réformes un rcL;aiii d'énergie et poursuivront d'autant plus rapidement leur évolution d.uis le progrès économique et social.