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CHAPITRE XIII Dans rintérieur

De La Manouba à Mateur. — A Tebourba. — Les monuments de Dougga. — La colonisation à Medjez-el-Bab et à Béja. — La plaine de Souk-el-Arba. — Sur les montagnes du Dyr. — Au pays des ruines. — Les mosquées de Kairouan. — Zaghouan et le temple des eaux.

Dépourvue de hautes montagnes, soumise à un régime de pluies violentes en hiver, rares en été, la Tunisie est un pays d'hydrographie pauvre. On conçoit dès lors l'importance des deux seuls cours d'eau qui méritent le nom de rivières : l'oued Miliane et la Medjerda. C'est dans leurs vallées que la partie de la population indigène vivant exclusivement des produits du sol trouve l'ensemble des conditions les pkis propres à assurer son développement. Routes d'invasion, routes de commerce, ces longs couloirs facilitent les relations de Tunis avec l'intérieur de la Régence et avec le Maghreb occidental, contribuent puissamment à favoriser la mise en œuvre du sol tunisien par les colons venus d'Europe et expliquent la présence des bourgades ou des douars brusquement apparus au détour d'une colline.

De Tunis à Ghardimaou,la Medjerda est aujourd'hui longée par un chemin de fer dont l'importance va chaque jour croissant. Aux abords de la capitale, le voyageur peut contempler de la fenêtre du wagon les jardins et les palais arabes de La Manouba, résidence d'été d'un grand nombre de riches indigènes attirés par la gaîté du paysage et la fréquence des communications avec Tunis.

La vigueur de la végétation permet déjà de se rendre compte de l'avenir réservé à cette jolie bourgade quand sera réalisé le projet d'adduction des eaux de la Medjerda, actuellement à l'étude. Cultures fruitières et maraîchères pourront alors être pratiquées avec succès et favoriseront le peuplement de toute cette région si proche de la grande ville et pourtant encore si délaissée.

Plus loin, dans la vaste plaine, se dressent les arceaux en ruines de l'aqueduc qui amenait autrefois à Carthage les eaux hmpides du Zaghouan. Au coucher du soleil, l'énorme amas de pierres prend

une coloration rougeâlre du plus bel elTet. De grands eucalyptus annoncent l'approche de Djedeïda, « la ville neuve ^), simple hameau groupé autour d'un moulin qui utilise l'ancien barrage jeté par les Romains en travers de la Medjerda. L'Alliance Israélite Universelle a rendu à la vie toute cette région en y installant une école pratique d'agriculture qui a déjà fourni à la colonisation un certain nombre de contremaîtres et d'habiles ouvriers.

C'est par Djedeïda que Tunis reçoit les vins et les céréales de Mateur, située à quelques kilomètres au nord, sur le chemin de fer qui aboutit à Bizerte.

Mateur compte déjà près de 7.500 habitants, dont près de 400 Français, 2.000 Italiens, 150 Européens de nationalités diverses, 3.8i0 musulmans et 1.050 Juifs. Elle tire une grande importance de sa situation au milieu d'une vaste plaine que transforme de jour en jour la colonisation européenne. La fertilité du terrain y est telle qu'il n'est guère d'année où les céréales, la vigne et l'élevage du bétail ne donnent des résultais qui compensent largement les elVorls du cultivateur. Principal marché de la tribu des Mogod,centi'e agricole de premier ordre, Mateur est construite avec les dél)ris de rancieii oppidum Matercnsc. La proximité du djebel Tchkeul, (i.h\ montagne aux bunies)),en fait un lieu de rendez-vous tout iudi(|ué pour les amateurs de grandes chasses, d"aulaiit(]ne \o gibier de poil et de plume abonde dans tout le caïdat.

Cachée dans ses olivettes, Tebourba, peuplée de Maures andalous, doit sa richesse aux arbres qui l'entourent. <" A deux kilomètres de cette jolie bourgade de 2.500 âmes, sur la Medjerda, au point désigné sous le nom d'El-Bathane, se voit encore un pont-bari-age de l'époque romaine, restauré au xvir' siècle par des ingénieurs hollandais. Dans l'immense caserne qui domine le lleuve sont installés les Services de la Remonte. C'est là où se poui'suivent en ce moni<-iit,S(»us la direction compt'tf'iiLr d'un ingV'uicur des Travaux publics, les essais de fillralion des (';iii\ du lleuve avec des ajtjJartMls

M) S'il faut ••Il croiiT l<'S iiidigt'Mios, ce sont les M.-iuits Aiidalous ([iii ont iiiillil<-.s aricif-ns liabitaiits du pays au.\ |trati(iui'S d'uiir ciiltiirt' laliomn'llf. tlràcc à U'uv iriUM-vfiilion les proctiMli-s do gn'll'<-,clf tailli- i-l di- labour, aliandoum-s depuis l"t''po(jiic rotnaiiif. ont «'-lé remis fii lionnonr.

perfectionnés. La réussite de cette expérience aura pour effet de donner toute l'année aux cités et aux campagnes avoisinant Tunis non seulement des eaux d'irrigation pour l'extension des cultures, mais probablement aussi des eaux potables, précieuse ressource dans un pays où pendant les longs mois d'été le ciel tarit complètement ses cataractes, où la terre desséchée semble jalousement cacher les sources dans ses plus secrètes profondeurs.

Comme Tebourba, sa voisine Medjez-el-Bab, village de 1.200 habilants dont 150 Français, est d'origine andalouse. Il en est de même de Testour, célèbre par sa mosquée au minaret carré surmonté d'une sorte de campanile à huit pans, enserré dans un revêtement de faïence. Presque toutes les maisons de Testour sont couvertes de tuiles, à la mode espagnole. Les iMaures d'Espagne ont également fait souche à Teboursouk, où ils ont retrouvé les vestiges de l'ancienne domination romaine. Tout autour de cette modeste bourgade, l'archéologue est assuré de découvrir quelque ruine intéressante. A Aïn-Tounga, l'ancienne lliignica, on a retrouvé une citadelle byzantine, un arc de triomphe, un temple et des citernes. Mais c'est surtout à Dougga que les civilisations anciennes offrent les plus nombreux et les plus intéressants sujets d'étude.

Grâce à sa position à la fois forte et pittoresque, difficilement accessible de la vallée, Thut/ga fut habitée de bonne heure, avant les Romains. De ces âges lointains, il ne reste plus guère d'autres vestiges qu'un grand mausolée à inscription libyco-punique, mutilé en 1840 par un consul d'Angleterre, M.Thomas Reade, qui voulut enrichir de la dédicace sa collection particulière. Nous savons mieux ce que fut la ville au ii^ siècle de notre ère. Sa prospérité à cette époque, où toutes les cités tunisiennes paraissent avoir atteint leur apogée, ressort nettement du nombre considérable de monuments qui s'élevèrent sur son territoire. Quelques-uns sont encore remarquablement conservés, notamment le théâtre et le capitole.

Récemment déblayé, le théâtre est presque intact, avec ses portiques, ses volutes, sa scène pavée de mosaïques, son hémicycle de gradins. On y voit les couloirs par où entraient ut sortaient les spectateurs, les escaliers par où ils gagnaient leurs places. Des bancs de pierre on aperçoit le merveilleux panorama de la vallée du Krib

et la haute muraille des montagnes lointaines formant comme un rideau de fond au-dessus duquel le ciel se déploie en un immense vélum.

Le temple de Cœlestis et le sanctuaire de Baal-Saturne ont subi davantage l'action du temps, mais le capilole a une façade encore à peu près intacte. De tous les monuments de Thugga c'est le plus élégant. Il fut bâti, de 166 à 169 de notre ère, par les deux frères L. Marcius Simplex et L. Marius Simplex Regillianus. Le fronton de la façade est supporté par quatre colonnes cannelées, à chapiteaux corinthiens, hautes de huit mètres environ. « La grande porte, dont les montants monolithes s'élèvent à sept mètres, l'aspect doré qu'ont pris les pierres sous l'ardeur du soleil et l'action des vents, en font un des édifices les mieux conservés de Tunisie et les plus beaux du monde entier. »

Le Service des Antiquités tunisiennes a entrepris de dégager ce temple des maisons arabes (jui en cachaient la vue. Les travaux de «léblaiement exécutés surdilïérents points de la ville ont mis à jour tout une partie de l'ancienne Thugga, amenant la découverte d'un nouveau monumentpublic voisin du forum et d'importantes mosaïques, comme celle du cocher Eros, représentant un conducteur de (juadrige vainqueur aux courses, et celle de Vulcaiu forgeant, avec les Cyclopes, le bouclier d'Enée. Près de trois cents textes épigrapliiques, dont quelques-uns très importants, ont été également relevés.

Toutes ces découvertesprouvent déjàcombien l'onivreaccomplie à Thugga est intéressante, mais laissent aussi supposer que la continuation des travaux réserverait des surprises nouvelles. "' Il faut

(» Les fouilles ont été conduites en 189î)-1900 par M. Homo, niombro de l'Kcole française de Rome; en iy01-HK)2, par .M. Merlin, lui aussi nit^mbre do la même Ixole et actuellement din-ctour du Service des Antiquités en Tunisie, où il a succédé à M.Gauckler.On doit à M. h- doct ou r Carton, médc-in major au l*" tirailleurs, qui .s'est tout spécialomcul occupé de metln' à jour U-s moiiunn-nt s dt* Don;.'- «a, le meilleur travail d'ensemble sur cette cité si riche en souvenirs de toute .sorte. IjH reproduction des pi-incii»aux monuments, e.\[)osée par le Service des Antiquités, riiMiiir.- mieux i\w toute d.scription l'état aetuel des travau.x de déblaiement.

pour mener à bonne lîn la lâche commencée beaucoup d'efforts et d'argent. On ne peut donc que souhaiter à laDirection des Antiquités d'avoir désormais un cré(Ht annuel suffisant pour remettre en valeur ces monuments. Si la Tunisie n'est pas assez riche pour payer sa gloire, peut-être serait-il possible d'obtenir que la France inscrive Thugga sur la liste des crédits annuels alloués pour les fouilles en Grèce, en Perse ou en Asie Mineure. C'est le seul moyen de mener à bonne lin les travaux entrepris alin de conserver et dégager ces ruines assez importantes pour mériter déjà à Dougga le nom de Pompéi africaine.

Pays de ruines, cette région tunisienne offre aussi par contraste le spectacle d'une activité agricole d'autant plus grande que l'on remonte vers le noi'd et que l'on approche de Béja.

Le caïdat de Medjez-el-Oab, naguère encore inhabité par les Européens, ne compte pas moins de 140 fermes françaises sur 38.800 hectares. Dans un excellent rapport adi'essé récemment au Résident Général, M. Emile Violard a longuement décrit les principaux domaines créés sur le territoire du caïdat: Chassar-Tefaha, Oued- Zaïga, El-Baharine, Ksar-Tyr, lîou-Arada, sans parler de ce centre agricole du Goubellat où nos compatriotes ont réalisé de véritables prodiges. La Direction de l'Agriculture a mis de nombreuses terres dans cette région à la disposition de la colonisation française. Un autre fait contribue au développement de nos entreprises agricoles : c'est le démembrement des grands domaines. « Les gros propriétaires morcellent et mettent en vente leurs terrains par lots de plus ou moins d'étendue. Cela tient non seulement à l'énorme dépense qu'exige la mise en valeur de surfaces de 5.000 ou de 9.000 hectares, mais aussi fort souvent au manque de main-d'œuvre agricole. Les grands propriétaires, en préparant le terrain pour fonder ensuite la petite exploitation et la petite ferme française, auront été — peut-être sans le vouloir — les pionniers de la colonisation agricole. ))f^'

Plus encore qu'à Medjez-el-Bab, n-ous voyons dans les campagnes

(1) Emile Violard: La Tunisie du Nurd : Le Contrôle civil de Béja. Rapport à M. le Résident Général S. Piclion, p. 85 et ssq.

de Béja les résultats des patients efforts de la colonisation européenne. Située à 120 kilomètres à l'ouest de Tunis et reliée par un embranchement de 13 kilomètres à Pont-de-Trajan, Béja est une station du chemin de fer d'Algérie sur la Medjerda, à 104 kilomètres de Tunis. La population est d'environ 12.000 habitants, dont 300 Français. Construite sur une colline aux pentes abruptes, la ville indigène s'abrite sous les murs de la casba. Une ligne de remparts llanqués détours massives enserre complètement le dédale des rues tortueuses et étroites, vrais sentiers de clièvres, entre des maisons basses du milieu desquelles surgissent çà et là quelques ruines du temps passé. Car, dès l'époque romaine, sous le nom de Vaga, elle fut une cité considérable. Municipe au début de l'Empire, elle devint colonie sous Septime-Sévère, en 209. Les Byzantins y construisirent la citadelle et l'enceinte actuelles. Pendant la période arabo-berbère, elle eut à subir bien des assauts, car sa richesse tenta toujours les pillards. Les beys de la dynastie luisseïnite y tirent construire un (( bardo », et chaque année l'expédition chargée de recouvrer les impôts dans le nord de la Régence faisait un long séjour dans cette résidence. Quatre portes principales permettent de pénétrer dans Béja. Au pied des remparts s'étend le quartier européen, groupé autourdela gare. Chef-lieu d'un contrôle civil, Béja devientun centre important de colonisation.

Longtemps méconnu de nos compatriotes, redouté même à cause de ses basses vallées où sévissait la fière paludéenne, le pays de Béja avait été déclaré impropre à certaines cultures, la vigne par exemple. Or, voici que depuis quelques années les environs de la vieille ville si justement célébrée par les géographes arabes pour la fécondité de son territoire ont pris une pliysionoinie lutuvcile. Du haut do la casba, il est facile de S(; rendre compte des changements survenus dans la campagne. Aussi loin (jue s'étend la vue, apparaissent des espaces cultivés formant au début de l'été comme un vaste damier doni les inullipN's colniMlions lt''ni(iignenl de la vari(i<'' «les plantes ensemencées. Et la beauté, la vigurur des céréales sur |)ied laissent partout devinei' l'emploi des moyens scienlirKpies, l'usiigc des instruments iU'aloircs jxMTeclionné's.

Le concours agricole qui,;iu mois de mai de j'iunit-e dernière,

a réuni dans Béja les colons et les indigènes venus de toutes les parties de la Tunisie, a témoigné grandement de l'excellence des résultats obtenus soit dans la culture, soit dans l'élevage du gros bétail. On n'avait pas encore présenté à un jury tunisien d'aussi beaux représentants des races chevaline et bovine et, remarque intéressante à faire, nombre de récompenses ont été décernées à des propriétaires indigènes. Au contact du colon français, les éleveurs musulmans améliorent donc, peu à peu, leurs méthodes. Le récent concours agricole de Mateur a prouvé de façon plus complète encore la bienfaisante influence exercée à cet égard sur les paysans indigènes par les agriculteurs français.

En dépit des prophètes de malheur, il s'est trouvé de courageux colons pour démontrer par l'exemple la possil)ilité de joindre la vigne aux céréales sur le gras terroir de Béja et d'y créer même des cultures fruitières capables de fournir un sérieux appoint aux ordinaires ressources d'une exploitation rurale.

Toutes ces initiativesonteu pour effet non seulement d'augmenter le bien-être général, mais encore de contribuer à l'assainissement de la région. La lièvre recule devant la charrue, ne laissant derrière elle que le pénible souvenir de ses méfaits d'antan.

Sachant bien que le perfectionnement de la technique agricole est lié à l'abondance plus ou moins grande des capitaux, un de nos compatriotes"' a aussi organisé, avec quelques amis, une association coopérative ayant pour objet la construction et l'exploitation en commun d'un cellier où, avec des frais réduits au minimum, sera fabriqué le vin de tous les domaines intéressés. Première application en Tunisie d'un principe de solidarilé dont les bons elïéts se font déjà sentir dans 1" Italie du Sud et dans le midi de la France! Puisse cette heureuse innovation être mise en pratique dans tous les petits centres de colonisation de la Régence ! Le salut du cultivateur peu fortuné est dans le développement progressif des institutions de coopération et de mutualité. C'est peut-être aussi par elles que le Gouvernement du Pi'otc-ctorat parviendra quelque jour à résoudre le difiicile problème du peuplement des campagnes

(i) M. Vacherot, professeur agrégé au Lycée de Tunis.

tunisiennes par une foulé nombreuse de solides paysans français. Des collines de Déjà à l'étendue plate où se développe Souk-el- Arba, a le marché du mercredi », i! n'y a guère que quelques kilomètres. Chef-lieu d'un contrôle civil et station de la vallée de la Medjerda au point de croisement de la route de Tabarca, Âin-Draham, Le Kef, avec la voie ferrée qui mène en Algérie, Souk-el-Arba comptel.ôOO haljitanls environ, en majoi'ité Européens. Les Fran-

LOLiCb USAI'., riii;s uii i;i:.i.\

rais sont an iioiidue de plus di' r»(l(l.'" ( Icllr [icliU' cih'', avec ses larges avenues et ses ]i;diit;itii»iis Idiilcs neuves, esl d'iiillcnrs coquette. Son «léveloppenicnt est i-;q)id(', bien (|ue ce soil un des points les plus clunnls du noi'd de la 'ruiiisic Le inouviMncnt des échanges est très iinp(til;inl, sni'ioni ,iii nninirnl de lu n'citllc des céivales.

Il ri'v ;iv:iil l;"i :nilrrr(iis'qu'nn sinqdc iii.'iicIm'" .ii'.iIm' Icnn en plein

(•) l..'j<K)(lans tout»! l't'toridut' du contrôle.

ail'. Les Romains s'étaieiiL établis à quatre kilomètres au nord, en un point appelé Bulla Regia, où les sources étaient abondantes, et qui fournit actuellement à Souk-el-Arba l'eau d'alimentation. Selon leur constante habitude, les Romains avaient préféré un site éloigné du fleuve, adossé à une colline où l'air était pur et le panorama plus riant.

C'est le désir d'être à proximité de la voie ferrée qui a décidé le mouvement en sens inverse vers la Medjerda. Par suite, l'emplacement de la moderne Souk-el-Arba n'offre guère de motifs aux poétiques rêveries et répond seulement aux préoccupations utilitaires qui guident le colon dans son choix. Malgré les avantages de la situation, la jeune cité vécut ignorée pendant les premièi'es années du Protectorat. M. Emile Violai'd a donc raison de dire qu'il eût été certainement possible de faire mieux dans la région de Souk-el-Arba, mais il ajoute aussitôt comme correctif (c que tes jours sombres semblent avoir disparu et que tout le monde. Administration, Chambre d'Agriculture, Chambre de Commerce et délégués de la cii'conscription se sont énergiquement mis à l'œuvre afin de remédier à la situation précaire dans laquelle se trouve la ville et la région qu'elle dessert». Déjà l'on peut dire de ce centre qu'il renaît à la vie et qu'il n'aura bientôt plus rien à envier aux autres cités de la Tunisie du Nord où l'élément français est fortement enraciné.

La plaine tunisienne de la Medjerda présente en effet beaucoup d'analogie avec la plaine algérienne du Chéliff. Comme celle-ci, elle renferme les éléments de la prospérité agricole, et sa richesse sera considérable quand le plan des travaux hydrauliques étudié par la Direction des Travaux publics aura pu être réalisé.

Il n'est pas inutile de faire remarquer que dès maintenant, sur le teri'itoire du contrôle civil de Souk-el-Arl)a, sont nés et se développent des centres comme Ghardimaou, Oued-Meliz, Souk-el- Khemis, Tabarca, Aïn-Draham, qui n'existaient guère que de nom avant l'établissement du Protectwat. Les étrangers ne possèdent pas 2.000 hectares dans cette région, contre plus de 10.000 aux Français.

C'est l'unique souci de la défense qui engagea les Arabes à se

maintenir au Kef et à en utiliser les constructions anciennes. Cette ville, en effet, accrochée à la montagne du Dyr, commandait la route d'Algérie avant la construction du chemin de fer de la Medjerda. Habitée par 6.000 indigènes et quelques centaines d'Européens, elle est le siège d'un contrôle civil et d'une justice de pai.x. Le Kef présente l'aspect ordinaire des villes arabes en montagne.

LA MOSyli;E HE SOI K-KL-.\RUA

Llle osl di-rciidiir par imc casba ••( cnlonivr dinic (Miccinlo ItU'Iili(''f', aujoiird'Iiiii sans valeur inililaiiv. A linléiicur de la ville, c'est Iniijoiii-s rinexli icidile Iduillis .le ruelles sei'penlanl enire (W^^ cul>es blanchis à la iliau.x. (Jnel(|ues b;itiinenls administralils ei un petit notnbi-e de jnaisons curoix-ennes donnent à certains (juarliers luie pliysionoinio plus moderne. Pas d'induslrie spéciale.

Le Kef s'appelait autrefois Sicca Veneria et lut une colunie dès le début de l'Empire romain. Les citoyens en étaient inscrits dans la tribu Quirina. Plusieurs ruines témoignent encore de sa splendeur à cette époque. Sous les Byzantins, Sicca parait avoir été assez prospère et l'on a retrouvé àDar-el-Kous une importante basilique chrétienne. A partir de l'époque arabe, Le Kef est mêlée à toutes les luttes des tribus qui l'avoisinent. Les armées algériennes et tunisiennes s'y rencontrèrent fréquemment. En 1694, Mohammed, bey de Tunis, y fut complètement battu par les Algériens qui furent également victorieux d'Ibrahim en 1705. La dernière rencontre importante entre les deux partis eut lieu en 1807; cette fois, les Algériens furent vaincus et s'éloignèrent précipitamment du Kef. En 1881, nos troupes y entrèrent sans coup férir.

Le mouvement d'affaires y progresse rapidement depuis la construction d'une voie ferrée s'embranchant sur la ligne qui amène à Tunis les phosphates de Kalaat-Senane et Kalaat-Djerda. Il est à prévoir que le long de ces nouvelles voies de pénétration de nombreux colons s'établiront, car bien des points sont propices à l'élevage du bétail, aux cultures variées, à l'industrie minière. La rudesse du climat pendant la saison d'hiver constitue en outre un avantage appréciable pour les colons originaires des régions montagneuses de la métropole. Enfin, les pluies sont suffisantes et le sol n'est pas ingrat. <')

Et puis, que de belles choses <à admirer dans ces hautes terres de la Tunisie centrale, soit que du Kef l'on descende vers Mactar, soit que de Gafsa on remonte vers Kasserine et Sbiba pour aboutir au Bargou et à l'oued Miliane ! C'est ici le véritable « pays des ruines».

Voici l'henchir Lorbeus avec son enceinte byzantine, de forme rectangulaire, que flanque une citadelle avec donjon. Au milieu des forêts qui l'environnaient au vi^ siècle, elle comptait parmi les meilleures places fortes de l'Afrique. Ses ruines considérables attestent son importance passée et les vues qui s'ouvrent du haut de ses tours disent sa valeur stratégique. Au reste, tout le pays a été

(1) Voir Notice, p. 5, <5 et 7,

couvert de forteresses parles Byzantins. Il n'est pour ainsi dire anciiii point offrant des facilités pour la défense sur lequel ils n'aient élevé leurs solides murailles construites en grand appareil. A Zanfour, leurs fortilieations sont encore visibles, mais les plus curieux monuments datent de l'époque romaine : arc de triomphe, portes monumentales, théâtre, temple, mausolées. Sur le plateau d'Ellez s'allonf^ent des alignements mégalithiques semblables aux fameux dolmens de Locmariaquer(Mor])ihaii), témoignant ainsi qu'à des

Ai.\-lUt.\liA ; IK.MILl, U1-. AlbUcUili

(''p(Hjii('s li'ès rccidées les races d lion i mes iialiilanl les sdliliidcs des |»liit<';inx liuiisicns et les landes de IWinioriijne avaient une civilisation analogue.

(l'est à Mactar, pays bien ai'i'osé, ipu' les anciens compiéranls ilu sol tunisien pai'aissent avoii'eu les installations les plus vastes, cai" les ruines y aliondcnt. I )('s insci'i|ili(ins |nniiqii('s ont ('It' relevées en j^i'and n(irnbre,el plusieurs ni.nisoli'es dont l'ini, hien conservé, i'om[Kjrt(; un (Hagc; termine'' en pynimide, des arcs de triomphe, un tenqil(.' et les arcades d'un aqueduc <|ui amenait dans la cité des eaux rafiaîchissanles,

Tal.i, aiijftuid'liui ennnue surlnut pur l;i richesse de .'-on sol en

minerais divers, est devenue le chef-lieu d'un contrôle civil groupant plus de 60.000 indigènes. Déjà, dans l'antiquité, elle portait le même nom et devait être une riche cité, mais peu de vestiges attestent son ancienne prospérité. C'est plus à l'ouest, à Haidra, que la curiosité des touristes est amplement satisfaite, car les ruines sont encore bien conservées. Ville ouverte, Haïdra était protégée par une énorme citadelle formant un quadrilatère irrégulier qui barrait la grande route de Carlhage à ThevesteÇTéhessdi). Les murailles, hautes et crénelées, barrées de distance en distance par des tours, sont construites en blocs équarris ; mais, dans leur hâte de terminer la forteresse, les Byzantms, empruntant aux ruines les matériaux qu'ils rencontraient, sans distinclion de choix, intercalèrent dans les assises régulières des fragments d'inscriptions, des architraves, des débris de corniches, des colonnes, des chapiteaux. Les murs de la grande basilique furent partiellement enclavés dans l'enceinte qui servait à la fois de protection et de refuge aux habitants.

Un arc de triomphe construit sous Septime Sévère est encore presque intact, mais les Byzantins l'utilisèrent également pour la défense et l'enveloppèrent d'une gaine en pierre de taille, le transformant en une sorte de donjon.

Tout autour de l'enceinte fortifiée s'étendait la ville avec ses basiliques, ses arcs de triomphe, son théâtre, ses quais sur la rivière. Il est encore facile de retrouver certaines rues et d'avoir l'impression du plan d'ensemble. Toutefois, le plus curieux monument reste, sans contredit, la citadelle, qui mesure plus de 200 mètres de long sur 110 mètres de large.

Surl'emplacement de la Cillium romaine, aujourd'hui Kasserine, les Byzantins édifièrent aussi des forteresses, dont trois sont encore visibles, voisinant avec les vestiges des civihsations précédentes : arc de triomphe portant le nom de la cité, église et mausolée à trois étages sur la façade duquel est gravé un poème d'une cenlaine de vers en l'honneur de Flavius Sécundus, enfin un autre mausolée presque complètement ruiné. C'est à ces deux derniers édifices que la bourgade actuelle doit son nom, car le mot Kasserine veut dire en langue arabe « les deux châteaux ».

Pour retenir les eaux d'irrigation, les Romains avaient élevé, un peu plus au sud, un barrage qui pourrait être encore utilisé pour rendre à cette pittoresque région sa fertilité d'autrefois.

A quelques kilomètres de Kasserine se dresse le djebel Chambi, haut de 1.590 mètres, le point culminant de la Tunisie, dominant de sa masse tout le plat pays environnant jusqu'à Feriana, Ijàlie auprès de Medinet-el-Kedima, qui recouvre les ruines de Thclcpte.

Occupant une admirable position stratégique, la puissante citadelle de Thelepte barrait absolument l'étroit défilé par lequel l'oued Bou-Haya coule vers le sud. L'enceinte de Thelepte est complètement ruinée, mais le plan en apparaît nettement. Non loin de là se trouve une basilique à cinq nefs, un théâtre en mauvais état, des thermes construits en blocage qui ont encore belle apparence et sont de vaste dimension. Enfin, de nombreuses ruines d'exploitations agricoles ayant chacune un pressoir à luiile couvrent au loin le plateau jadis peuplé et fertile s'étendant vers le nord-est jusqu'à ('.illium et Sufetula.

Sbeïtla (Sufetula) est devenue célèbre parla victoire des Arabes sur le patrice Grégoire, général byzantin qui s'était rendu indé- Ijcndant et s'était taillé un empire en Dyzacène, c'est-à-dire dans la 'i'unisie centrale. Pays de ruines comme toutes les bourgades voisines, Sbeitia, bâtie sur un plateau que contourne un «oued » coul;iiil ciilic des berges escarpées, offre au touriste le spectacle de sou temple trigéminé, dont on vante justement l'aspect imposant et les harmonieuses proportions. C'était peut-être un capitole. On y pénéti'ait pai' une porte triomphale que précédait une vaste place dallée. L'édifice cculral, d('?coré d'un ordre composite, (Hait sans doute réservé à Jupiter; les temples de droite et de gauche, d'ordre corinthien, pouvaient être consacrés à Junon et à Minerve. Avec le temple d(; Dougga, les monuments de Sheilla sont considérés comme les plus l'emai quahlcs de tons ceux «[ui subsistent iMicore 'Il Tunisie. Parmi los innoniliiablcs niiiics éparses siii" le sol de Sheilla, il f;iul distingiiei' s[)(''ci;il('ni('iil le poiil-ai|U('(|iH' ([ni ciijandie l'oin-fl.

.\ Sbiha (SHfcxJ,9,\n- nu niiondon ddiniii.nil l;i |tl;niio cl l:i Nalli'-e Al' Tnin-d ihiliiii cl d'oi'i l'on (.'(munaiidc (''i^iilcincnl l.i l;n'L;c (•oiipiu'<*

qui s'ouvre vers le sud, les plateaux s'étendaut vers l'est et le col où passe une piste venant de Tala, lut bâtie par les Byzantins une forteresse moins importante que celles dont il est fait mention plus haut, mais dont les murailles sont encore en grande partie visibles. Dans cette région actuellement si déserte, les eaux, recueillies dans un édifice en forme de fer à cheval, abondaient, ainsi que les fruits, au témoignage même du géographe arabe El Bekri. On y remarque

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