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A TRAVERS LES FORETS

cheval avec le plus grand soin ; c'est que pour eux l'animal doit réunir des conditions rares. 11 le faut d'abord bien proportionné dans son ensemble, ensuite ses chevilles doivent être minces et mobiles, ses naseaux larges, ses yeux noirs, l'encolure longue, le poitrail avancé, le garrot saillant et la croupe arrondie. Ces qualités réunies, disent-ils, témoignent qu'il a de la race, qu'il est bon coureur, car sa conformation tient à la fois alors du lévrier, du pigeon et du méhari.

On le faisait trotter ou galoper sur la pente car il fallait s'assurer que son éducation était parfaite. Le cavalier qui n'a pas su dresser son cheval, disent-ils, enfourche chaque jour la mort.

Et de tous côtés les chevaux étaient examinés ainsi et essayés et longuement on en débattait le prix .

On se préoccupait aussi beaucoup de la robe. Les blancs «comme un drapeau de soie » avec le tour des yeux noir, et les noirs « comme une nuit sans lune et sans étoiles » sont les plus recherchés. L'alezan brûlé, comme en Algérie, jouit d'une haute estime : le prophète affectionnait les alezans .

« Le blanc c'est la couleur des princes, disent les Arabes, mais il ne supporte pas la chaleur.

« Le noir porte bonheur, mais il craint les pays rocheux.

« Le bai c'est le plus dur et le plus sobre.

« Si l'on vous dit qu'un cheval a sauté dans un précipice sans se faire de mal, demandez de quelle couleur il était, si l'on vous répond: bai, croyez-le. » (Général Daumas) .

Quant àl'isabelle à queue et crins blancs, n'en parlons pas. Un chef ne voudrait pas monter un pareil cheval, il y a même des tribus qui ne consentiraient pas à lui laisser passer la nuit chez elles. On l'appelle le jaune du iv\\[[sefeur elihoudy). Cette couleur est de mauvais présage .

« Sachez, dit l'Emir Abd-el-Kader s'adressant au général Daumas, que les meilleurs chevaux du Sahara sont les chevaux des Hamyane, sans exception. Ils ne possèdent que d'excellents chevaux, parce qu'ils ne les emploient ni pour le labour, ni pour le bât; ils ne s'en servent que pour expéditionner et se battre. Ce sont ceux qui supportent le mieux la faim, la soif et la fatigue. Après les chevaux des Hamyane viennent ceux des Harar, dos Arbàa et les Ouled-Nayl.

« Dans le Tell, les meilleurs chevaux pour la noblesse et pour la race, la taille et la beauté des formes, sont ceux des gens du Cliélif, principalement ceux des Oulcd-Sidi-Ben-Aled-Allah (Sidi-el-Aaribi), près de la Mina, et encore ceux des Ouled-Sidi-Hassan, fraction des Ouled-Sidi-Danhou, qui habitent la montagne de Mascara. Les plus rapides sur l'hippodrome, beaux aussi de formes, sont ceux de

la tribu des Flitas, des Oulcd-Cherif et des Ouled-Lekreud. Les meilleurs pour mai'cher sur les terrains pierreux, sans être ferrés, sont ceux de la tribu des Assassena, dans la Yacoubia. On prête cette parole à Moulaye-Ismail, le sultan célèbre du Maroc.

Puisse mon cheval avoir été élevé dans le Mâz, Et abreuvé dans le Biaz.

« Le Mâz est un pays des Assassena, et le Biaz est le ruisseau, connu sous le nom de Foufet, qui roule sur leur territoire. »

Voici également quelques préceptes de l'Emir sur la manière de nourrir et d'entretenir les chevaux arabes.

« Sachez, dit-il, que le maître d'un cheval lui donne d'abord peu d'orge, augmentant successivement sa ration par petites quantités, puis la diminue un peu dès qu'il en laisse, et la maintenant à cette mesure.

« Le meilleur moment pour donner l'orge est le soir. Excepté enroule, il n'y a aucun profit à en donner le matin.

a Les Arabes préfèrent surtout le cheval qui mange peu, pourvu qu'il n'en soit pas atîaibli. C'est, disent-ils, un trésor sans prix.

« Faire boire au lever du soleil, fait maigrir le cheval;

« Faire boire le soir le fait engraisser ;

« Faire boire au milieu du jour le maintient en son état.

« Pendant les grandes chaleurs qui durent quarante jours (semaïme), les Arabes ne font boire leurs chevaux que tous les deux jours. On prétend que cet usage est du meilleur effet.

« Le saint Ben-el-Abbas, Dieu l'ait pour agréable, a dit aussi :

Aimez les chevaux, soignez-les,

Ne ménagez point vos peines,

Par eux l'honneur et par eux la beauté.

Si les chevaux sont abandonnés des hommes

Je les fais entrer dans ma famille,

Je partage avec eux le pain de mes enfants;

Mes femmes les vêtissent de leurs voiles.

Et se couvrent de leurs couvertures;

Je les mène chaque jour

Sur le champ des aventures.

Emporté par leur course impétueuse

Je combats les plus vaillants.

Les chevaux du Sahara (Général Daumas).

J'ai quitté la cohue des hommes et des chevaux et j'ai retrouvé la calèche qui m'attendait sur la route . Nous descendons vers le fond d'une vallée . Autour de nous maintenant les montagnes sont couvertes de forêts, l'air est pur et frais en dépit des rayons ardents du soleil. Je revois des prairies, je retrouve la verte transparence des herbages, le ruisseau qui court en gazouillant sous les frênes, reflétant les feuilles et les fleurs . Et des fumées s'échappent de chaumières blotties sous les branches . Ce n'est plus la Tunisie, je crois revoir certaines régions montagneuses de France.

Mais après avoir gravi une haute cime aux interminables lacets, avec de larges horizons sans cesse ouverts sous les yeux, voici que nous arrivons sur un plateau et que nous pénétrons sous l'épais couvert d'une forêt. C'est ici le mystère des feuilles, les hautes ramures frissonnantes, les troncs gigantesques des chênes qui s'élèvent tels que des fûts de colonnes démesurées. Me voici au cœur de cette Kroumirie peuplée par une race guerrière dont les déprédations appelèrent notre intervention en Tunisie. Tout à l'heure nous passerons dans le voisinage de la cime où s'élève le tombeau du grand marabout Sidi-Abdallah-ben Djemel, dont les Kroumirs prétendent être les descendants.

Car en dehors des luttes d'influence qui existaient chez le bey de Tunis, des droits de la compagnie Bône-Guelma méconnus et de la question de l'Enfida où tout fut mis en œuvre pour déposséder une compagnie française, notre frontière algérienne était depuis longtemps inquiétée sans cesse par les tribus hmitrophes de la Tunisie. C'étaient des violations de territoire, des incendies de forêts, de la contrebande de guerre, des razzias, des meurtres et même le pillage des navires.

En janvier 1878, les Kroumirs pillaient l'Auvergne, capitaine Isnard, qui, se dirigeant de Cette à Bône, avait été jeté à la côte par la tempête. Après le partage du butin, les malheureux naufragés s'étaient vu dépouiller de leurs vêtements et c'est complètement nus qu'ils avaient été obligés de gagner La Calle.

En dix ans, de 1 870 à 1 88 1 , les déprédations ou les méfaits constatés s'élevaient à 2.379. Le bey était impuissant devant ces tribus guerrières, réfugiées dans des cimes presque inaccessibles et qui ne reconnaissaient pas son autorité.

Cependant devant cette impunité, l'audace des Kroumirs allait grandissant, les violations de territoire devenaient de plus en plus fréquentes, la France était dans l'obligation de se faire justice elle-même et d'infliger à ces tribus le châtiment qu'ils avaient depuis si longtemps mérité.

« A la suite des nouvelles déprédations commises par les Kroumirs, dit M. Maurice Bois, le 16 février 1884, le général Ritter avait dû diriger sur la frontière une

compagnie du 59* et deux compagnies de zouaves. Le 30 mars delà même année, 400 ou 500 Kroumirs, divisés en trois bandes, envahirent notre territoire, dans le cercle de La Galle. Après une fusillade, qui dura environ deux heures, avec les

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PAYSAGE DE KROUMIRIE

tribus qui occupent cette partie de notre territoire algérien, les Kroumirs repassèrent la frontière et se représentèrent le lendemain pour recommencer le combat. « Une corapagniedu 3° zouaves et une compagnie du 39° régiment d'infanterie, accoururent des camps du Tarf et de Roum el Souk, et forcèrent les Kroiunirs à se retirer sur leur territoire; mais nos troupes ne purent franchir la frontière, car elles n'en avaient pas reçu l'ordre. L'ennemi perdit une cinquantaine d'hommes. Le 59" eut \\ morts et 1 blessé ; le 3* zouaves eut 6 hommes hors de combat : 1 mort et 5 blessés.

UN KAIO DE KROUMIRIE

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