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UNE NOCE JUIVE

corsages bleu de ciel, roses, jaune citron brodés d'argent ou d'or, des colliers de perles, des bijoux anciens massifs où les diamants enchâssés étincellent. La plupart des jeunes filles ont les lèvres rouges, mais d'autres ont les lèvres jaunes. Ces dernières, par coquetterie, ont mâché de la racine de noyer, ce qui leur donne un aspect singulier. Dominant ce groupe radieux, un frontal de bœuf aux cornes dorées est scellé an mur, au-dessus d'une porte, tandis que près de chaque montant sont plaquées deux mains ouvertes couleur de sang. Les matrones avaient trempé leiu's doigts dans les entrailles saignantes d'un mouton, immolé à l'occasion de ce mariage, et, selon l'usage, les avaient appliquées sur le mur. Ces bizarres empreintes sont destinées, de même que le frontal de bœuf, à préserver la maison des maléfices.

De toutes parts, aux fenêtres qui s'ouvrent au rez de-chaussée, dans le patio, au premier étage, se penchent des grappes humaines, des femmes étincelantes de pierreries, tandis qu'un orchestre composé d'un harmonium, d'une flûte, d'un violon et d'une mandoline à long manche, mène un tapage assourdissant.

De temps à autre les musiciens seprennentà chanter d'une voix nasillarde, et, des terrasses et des demeures, des you-you aigus sont éperdument poussés par les femmes.

L'époux s'est levé, il est venu à moi et m'a tendu la main me souhaitant la bienvenue. L'épousée s'est avancée ensuite, et j'ai pressé ses doigts teints par le henné jusqu'à la deuxième phalange. Puis gravement tous deux ont repris leur place. Sur une table, devant eux, est un gros cierge allumé qu'entourent des assiettes garnies d'olives ou de variantes. On m'offre une liqueur blanche, par politesse j'y trempe mes lèvres.

Le silence s'est fait un instant, chacun est devenu attentif comme si un fait grave, attendu de tous, allait se produire.

Une fillette s'est avancée les yeux modestement baissés. Promenant ensuite un œil langoureux sur les assistants elle referme à demi les paupières et, lentement, accompagnée par le rythme monotone de l'orchestre et les voix des musiciens, elle s'abandonne à la danse. Et c'était presque douloureux, devant cette assemblée de si beaux et si purs visages, dans cette splendeur de rêve, de voir cette enfant balancer ses hanches en attitudes étranges. — Les femmes dans les profondeurs obscures des salles, sous les arceaux, poussent leur you-you éternel, célébrant l'obscénité de la danse. . .

Ce fut une ombre au tableau charmant que j'étais venu voir. Pour satisfaire aux convenances il me fallut aussi à trop fréquentes i-eprises appliquer une pièce

d'argent sur le front de la danseuse, qui l'offrait ainsi aux musiciens ; et les mains tendues du garçon de la noce et de bien d'autres encore dans le couloir et à la sortie me sollicitèrent avec persistance.

Si mes yeux restaient éblouis par tant de beauté et par tant de richesse, j'étais vraiment écœuré par cette mendicité en un tel lieu, en pareil jour.

Comme la veille le soleil du soir bordait de rose le faîte des murailles, et, dans l'ombre des rues aériennes et diaphanes, toujours telles que des àsions divines, ondulaient des femmes vêtues d'azur, de pourpre et d'or.

C'était le rêve des yeux, le seul rêve d'ailleurs que l'humanité puisse donner sans de trop pénibles réveils.

Zeïtoun n'était pas content : « C'est honteux, disaitil, de demander l'aumône aux étrangers! »

Je ne pouvais assister à un mariage arabe à Tunis, l'entrée des maisons musulmanes étant rigoureusement fermée aux chrétiens. J'ai pu, il est vrai, enfreindre par deux fois cette loi, pénétrer pour quelques instants dans ces mystérieuses demeures, apercevoir même, par hasard, les femmes dévoilées, mais c'est tout. Je ne pouvais prétendre à davantage.

Le mariage chez les musulmans est dégagé de toutes les formalités légales qui dans nos pays l'étreignent ; il implique infiniment moins d'obligations matérielles, et ses principes ne sont point aussi absolus. Le divorce lui-même est rendu facile.

Ils se marient fort jeunes, souvent même les familles s'engagent entre elles à unir des enfants dès leur puberté, et il est rare que ces projets ne soient pas suivis d'exécution.

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