JUIVE DE TUNIS
LE MARIAGE xMUSULM AN 31
D'habitude les parents échangent des Mies, entrent en pourparlers. Cependant, à Tunis, des matrones font métier de servir d'intermédiaires, engagent les négociations et mènent l'affaire jusqu'à l'union finale. Lorsque les parents se réservent ce soin, la mère du fiancé apporte un soin scrupuleux à l'examen préalable de sa future bru. « Elle la fait rire pour voir si le rire est gracieux et les dents blanches, dit M. David, professeur au collège Sadiki. On l'envoie chercher un objet (juelconque pour examiner sa démarche ; ses moindres mouvements sont attentivement observés pour voir s'ils ne trahissent pas quelque infirmité ou imperfection.
« Les pères, continue-t-il, traitent entre eux la question de la dot. Quand tout est convenu, on célèbre le Melak (fiançailles). Le fiancé prépare pour cela h's cadeaux d'usage : coffres plaqués de nacre ou d'argent, bijoux divers, étoffes de soie, henné, parfums, assiettes et couteaux en métal fin pour les broyer, et ajoute une pièce d'or pour le salaire de la femme qui parera sa future le jour de la noce. Tous ces cadeaux sont envoyés chez la fiancée, ainsi qu'une ample provision de fruits, légumes, sucre, viande, bougies, etc..
Détail à noter : une de ces bougies doit être à cinq branches pour représenter la main qui doit préserver du mauvais œil. Les parents, les invités et les notaires se réunissent chez le père de la fiancée; on mange des sucreries, on boit des sirops, et les notaires prennent acte du consentement réciproque des pères ainsi que du versement d'une partie du douaire fait par celui du fiancé à celui de la future. Le complément n'est exigible qu'api-ès le mariage, dans un délai fixé à l'amiable. Trois jours avant la noce, le fiancé et ses amis font ensemble une petite fête. Chez les Bédouins, toutes ces cérémonies sont accompagnées de fantasias où les cavaliers se surpassent excités par les you-you joyeux et admiratifs des femmes.
« L'ameublement de la chambre à coucher, fourni par la fiancée, est transporté chez son futur, trois jours avant la noce, à dos de mulets ou de chevaux montés par des enfants. Cette caravane burlesque attire l'attention des passants sur tout le parcours de sa marche triomphale. Cet usage est bien dans l'esprit de la loi qui veut que la plus grande publicité possible soit donnée au mariage ; la vanité, si excusable en pareillo occurrence, a bien aussi sa petite part dans cette exhibition.
« Le jour du mariage, le rendez-vous a lieu à la maison paternelle du fiancé; la mariée arrive la première accompagnée de ses parents et de ses amies ; elle est artistement parée, par les soins d'une matrone experte en l'art de préparer et d'applicpier le henné, le. fard, le souak, d'épiler les membres et les joues, de des-
siner les harkouss, ligne double et fine de couleur noire tracée au-dessus des sourcils, lesquels sont également peints en noir. Les femmes s'installent dans les chambres, et la fête commence dans la cour : les musiciens jouent de la mandoline, de la guitare et du violon; les aimées, généralement choisies parmi les femmes de mœurs légères, dansent etchantent. Les invités du père, assis devant des tables, boivent du café, des sirops, causent et fument. L'époux arrive entouré de ses amis. Il a la tète baissée, recouverte de son burnous; son père lui tend la main audessus de la tête et le fait entrer; les invités se retirent, chacun] rentre chez soi.
« Pendant les sept jours qui suivent, le marié, par pudeur, ne doit pas se présenter devant son père, il ne rentre à la maison paternelle que la nuit ; pendant cette période il va chaque jour au bain, ses amis y vont avec lui et à ses frais. Ceux-ci, à l'occasion de son mariage, lui font des cadeaux en espèces; quelle que soit sa fortune, il est tenu de les accepter, sauf à leur rendre la même politesse en pareille circonstance. C'est une manière de manifester l'amicale intention de s'aider mutuellement à supporter les charges de la vie. Le septième jour après la noce, invités, parents et amis se réunissent de nouveau et font une petite fête de famille qui clôt la série des réjouissances.
« Le jeune homme marié ne quitte pas la maison paternelle, rien n'est changé dans la manière de vivre de la famille, elle se trouve tout simplement augmentée d'un nouveau membre : l'épousée, qui prend place parmi les autres femmes. Le père, toujours chef, pourvoit aux besoins du jeune ménage, qui se trouve ainsi confondu avec le reste de la famille.
« Les musulmans peuvent avoir jusqu'à quatre femmes légitimes en même temps. A Tunis, il est assez rare qu'un mari ait plus d'une femme ; mais dans les autres villes de l'intérieur, le cas est fréquent. Il l'est surtout chez les Bédouins ; là c'est une sorte de nécessité voulue par les femmes elles-mêmes, à qui incombent les rudes travaux de la vie des champs ; c'est un avantage pour elles d'avoir des compagnes qui partagent leurs peines. La polygamie a été souvent étudiée au point de vue social par des écrivains autorisés; tout ce qu'on peut en dire ici, c'est qu'elle est une source constante de querelles domestiques ; tout d'abord l'entretien de plusieurs femmes occasionne souvent au mari des dépenses excédant ses ressources ou tout au moins des charges lourdes à supporter; d'autre part, malgré la prévoyance et la sagesse de la loi qui a pris soin de tracer au mari sa ligne de conduite envers chacune de ses conjointes, on peut, sans trop s'avancer, le soupçonner de n'être pas toujours impartial...
« La polygamie ou l'incompatibilité de caractère des conjoints qui n'ont pu se