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LE CARDINAL LAVIGERIE

d'Annibal, d'Amilcar, d'Hannon et d'Asdrubal, on ne peut exactement leur assigner une place sur le plan de Carthage.

Et qu'importe, d'ailleurs! quelques fondements épars d'édifices ajouteraient-ils à la grandeurdes souvenirs, à l'émotion des penseurs, à ceux qui voient l'inanité des plus grandes choses humaines?

Maintenant mes regards ont quitté l'espace, ils sont fixés très près de moi sur la chapelle de Saint-Louis, bâtie sur les ruines du temple d'Esculape au sommet du plateau de Byrsa. L'.emplacement de la chapelle fut le premier lambeau de terre que la France posséda en Tunisie, présent du bey Ahmed à Louis-Philippe.. On lit au-dessus de la porte d'entrée de la chapelle, l'inscription suivante :

Louis-Philippe I", roi des Français

a érigé ce monument

EX l'an 1841

SUR LA PLACE OU EXPIRA LE ROI SAINT LouiS SON aïeul.

Le monument est simple, et sa décoration intérieure, en dehors de quelques stucs et de la statue de saint Louis avec le sceptre et la couronne, est d'un médiocre intérêt.

Le roi serait mort de la peste à cet endroit même à son retour des croisades. Les musulmans vénèrent encore la mémoire du roi franc. Ils confondent saint Louis et Bou Saïd, le père du bonheur, marabout enterré dans le voisinage. Ils sont persuadés que Sidi bou Saïd n'est autre que saint Louis converti à l'islamisme avant de mourir.

Derrière la chapelle est situé le grand séminaire des Pères blancs, le musée et la salle des Croisades. C'est là que je me rends après ma longue rêverie devant la mer et les côtes. Je pénètre dans un jardin et j'erre sous l'ombre mouvante de pins d'Alep au feuillage léger, embaumé par le parfum des géraniums et des roses. Mais ce qui ajoute encore au charme de cet enclos, ce sont les fragments antiques alignés au long des murs. Et c'est un doux langage d'art que parlent sous les feuilles les épitaphes romaines, chrétiennes ou païennes, les têtes puniques, les vœux à Tanit, les frises, les débris de mosaïques, et tous ces fragments de statues • ou de colonnes en marbre, en porphyre et en granit tout enguirlandés de fleurs. C'est toujours la vie s'éveillant dans la mort, la joie des choses traversant les deuils anciens comme les deuils nouveaux, l'impassible nature éternellement rajeunie sous le soleil et sous les étoiles. Et toute cette chatoyante féerie de lumière et de couleurs rayonne sur les substructions du temple d'Eschmoùn qui dominait Carthage.

Au fond du jardin, du côté opposé à la mer, est situé le grand séminaire des Pères blancs, aux galeries mauresques à colonnes torses en marbre blanc. Au rezde-chaussée s'ouvrent les salles du musée Saint-Louis, organisé parle P. Delattre. Elles réunissent les richesses archéologiques recueillies en Tunisie et surtout celles qui proviennent des fouilles faites sous sa direction dans l'emplacement de l'antique Carthage.

Mais le P. Delattre avait été précédé dans les fouilles par M. de Sainte-Marie, M. Beulé etpar MM. SalomonReinachetBabelon, qui, en 1884, avaient découvert 330 stèles puniquesà Tanitetà BaalAmmon,une citerne punique dont l'entrée ayant la forme d'une caverne sépulcrale était protégée par d'énormes dalles appuyées en angle aigu l'une contre l'autre. En creusant le sol jusqu'à une profondeur de 15 mètres, ils avaient trouvé, supei'posés les uns sur les autres, d'abord les murs des habitations de l'époque romaine, puis ceux de la période phénicienne.

Le musée de Byrsa fut fondé par le cardinal Lavigerie. Il offre le plus haut intérêt: la Carthage chrétienne montre ses mosaïques, ses lampes, ses ci'oix, ses épitaphes; la Carthage punique, ses vases funéraires, ses scarabées, ses colliers, ses poignards et ses masques ; la Carthage romaine, ses bustes, ses amphores, ses monnaies et ses camées.

Je remarque dans la salle principale un bas-relief de la Vierge remontant au iv° siècle, le sacrifice d'Abraham, Jonas, une tète d'Auguste jeune, des vases et des figurines de la Carthage punique, de belles statues romaines. Au hasard, je signale encore des armes carthaginoises, des textes puniques, des lamelles de plomb armées d'inscriptions bizarres, un bas-relief représentant des génies ailés. Et les belles mosaïques décorant les murs ! Longue serait l'énumération des richesses archéologiques du musée, de ces mille objets qui sont des souvenirs palpables de l'art ou de la vie matérielle d'un grand peuple disparu depuis tant de siècles.

Les objets de l'époque punique, poteries, stèles votives, bijoux ou pierres gravées, sont ornés de hiéroglyphes de caractère égyptien. Parmi les nombreuses pièces de la Carthage romaine, j'admirai une statue de trois mètres représentant la Victoire ; elle porte un trophée d'armes. Cette belle sculpture remonte au commencement de la Carthage romaine, c'est le plus bel ornement du musée Saint-Louis. Elle provient d'un édifice considérable qui pouvait être le Capitole romain ou un temple dédié à la Victoire.

Je n'oublierai pas deux statuettes d'Isis allaitant Horus et une belle mosaïque représentant l'hiver trouvée dans la villa de Scorpianus.

En dehoi's de l'enclos des Pères blancs, la cathédrale primatiale d'Afrique se dresse solitaire sur les ruines désertes. De loin, sa masse lumineuse produit grand

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