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LE CARDINAL LAVIGERIE

effet, mais il est difficile, en l'observant de près, d'admirer sa conception architecturale et surtout la décoration polychrome de la nef exécutée par des indigènes, La basilique Saint-Louis fut consacrée solennellement le 15 mai 1890 par le cardinal Lavigerie, primat d'Afrique.

Si nous avons été saisi au Cap punique par les grands drames du passé, la vue de cette basilique nous ramène à quelques années en arrière et fait revivre la belle figure du cardinal qui a tant fait pour l'Afrique française .

On connaît les glorieuses traditions qui le guidèrent dans son œuvre, on ' 'sait

qu'il rêva de ressusciter à Carthage la grandeur des diocèses des premiers siècles, de faire de ce plateau fécondé par le sang des martyrs un centre dont la civilisation et la foi devaient rayonner jusqu'aux profondeurs du continent noir.

Il repose dans la basilique qu'il a fondée. Lorsque son corps apporté d'Alger en grande pompe entre une croix et un drapeau arriva sur la côte tunisienne, les Arabes déposèrent des suppliques sur son cercueil de velours rouge. Beaucoup de ces lettres s'adressaient à l'âme du défunt, lui demandant des faveurs.

C'est que l'illustre archevêque jouissait chez les musulmans d'un extraordinaire prestige.

Ce que l'on ne sait pas assez c'est que sa charité ne connaissait pas les limites étroites d'une race ou d'un culte; il aimait les pauvres et les malheureux, et sa charité s'exerçait aussi bien sur les musulmans et les Israélites.

Nommé administrateur apostolique de la Tunisie, sa première tournée l'amena à Sfax, qui venait d'être condamné à payer, sans retard, une amende de dix millions de piastres. A la nouvelle de son arrivée, une foule de musulmans, dirigés par les notables, accourent à lui. La maison du curé de Sfax était trop étroite pour les recevoir-, il propose une réunion à l'église. Bientôt on put voir un spectacle d'une

IIASILIQUE d'eNCUIR-KIURIA

grandeur inouïe : l'archevêque revêtu de ses habits pontificaux traversante nef au miheu des musulmans et gravissant les marches de l'autel. Les notables lui adressent leur requête. L'échéance de la contribution de guérite tombe le surlendemain, il est impossible d'y faire face, on supplie le grand marabout français d'obtenir des délais. Ils se repentent tous, ils seront fidèles à l'avenir. L'archevêque promet alors sa bienveillante intervention, et la foule se retire lentement, pleine de joie et de reconnaissance.

Cependant le crépuscule tombait sur les solitudes où s'éleva la grande Carthage, les premières étoiles s'allumaient au ciel, et quelques lueurs tremblottaient dans l'espace. Je reprenais le chemin de Tunis, je foulais un sentier qui, des pentes de Byrsa, se dirige vers l'emplacement de Megara, ancien faubourg de la cité punique. La lune très pâle montait à l'horizon, et ses rayonsvaguement éclairaient la coupole d'un couvent de carmélites qui a remplacé le temple de Junon céleste, l'Astarté, la Tanit des Carthaginois. Et comme au soir de Salammbô, où « la lune se levait au ras des flots sur la ville encore couverte de ténèbres » , la brise lourde apportait avec des parfums d'aromates les senteurs de la mer et l'exhalaison des vieilles murailles. Je vis l'esclave allumerdes parfums, la prêtresse regarder l'étoile polaire, saluer les quatre points du ciel et s'agenouiller sur le sol parmi la poudre d'azur qui était semée d'étoiles d'or, à l'imitation du firmament.

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