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UN JOUR A RIZ F,R TE

La région qui entoure Bizerte a été le théâtre de sanglantes luttes dans ranti([uité entre les Carthaginois et les Romains. C'est sur les bords du Bagradas des Romains, le Macar de Polybe, la Medjerdah actuelle que, d'après les historiens, l'armée de Régulus se trouva aux prises avec un serpent monstrueux.

Non loin de la Medjerdah est le misérable hameau de Bou-Chateur qui survit seul à Utique, la célèbre cité, sœur aînée de Carthage. Fondée douze siècles avant Jésus-Christ, elle dépassait la ville pimique en magnificence et en étendue.

Utique se divisait en deux quartiers dont l'un occupait ime série de collines que séparaient des ravins. On y retrouve encore des restes d'aqueducs, de citernes et d'un amphithéâtre. De l'Acropole, il n'est plus que des vestiges.

Le golfe dans lequel Scipion l'Africain vint abriter sa flotte avant de prendre ses quartiers d'hiver, est maintenant la plaine. Le déplacement du lit de la Medjerdah a modifié depuis longtemps la configuration du sol. Les canaux et les ports d'Utique sont enfouis dans le sol .

La vieille Bizerte aux canaux endormis reflétant comme un miroir la blancheur des maisons mauresques, les feuilles vertes des figuiers, les antennes^ les vergues, les cordages et les voiles d'une flottille de barques aux formes originales, les vieux ponts, les lourds créneaux et les murailles de la kasbah, n'existe plus.. . Un des canaux, le plus charmant, est comblé.

La ville y gagne en salubrité, dit-on, mais son caractère et sa grâce ont presque disparu .

Cependant il est intéressant encore de s'égarer dans le labyrinthe des étroites ruelles de Medeina, petite ville enserrée dans la ville proprement dite, de contempler le beau minaret de la grande mosquée, de suivre les quais tronqués où se presse une foule bariolée .

J'ai traversé la ville et j'ai gravi le sommet où se dresse le fort d'Espagne. De ce point le panorama qui se déroule est superbe. C'est devant soi la mer immense, la ville toute blanche étalée sur le rivage avec sa ceinture de dunes d'or. Vers la droite, on distingue la ville nouvelle qui dessine ses rnes et par delà, entre des collines, miroite le grand lac .

A mes pieds, sur le rivage, séparé de la ville, est un pittoresque amas de blanches terrasses. C'est le Houmt Andiess, le quartier des Andalous, où se réfugièrent autrefois des Maures chassés d'Espagne. Leurs descendants vivent là, comme autrefois leurs ancêtres, isolés de leurs congénères .

M. Advier, directeur des travaux du port, auquel j'étais chaudement recommandé par un ami, fit chautTer une chaloupe à vapeur et, guidé par M. Couvreux, ingénieur, je passai quelques heures dans les eaux du lac où je visitai d'intéressantes pêcheries .

Cette promonade me suggéra de cruelles réflexions car il me fut aisé de voir dans quel état d'abandon on laisse un tel port, le plus vaste do la Méditerranée, dans lequel toutes les escadres européennes pourraient se réunir et qui est appelé sans doute à jouer un rôle considérable.

Par leur entrée même nos cuirassés en ont pris possession . Mais cela ne suffit pas, ce n'est qu'une promesse pour nous, une démonstration pour les autres. Il manque ici un arsenal formidable. Bizerte couvre Marseille, Toulon et Alger. La France, a dit avec raison Lucien Millevoye, est, à Bizerte, comme l'Angleterre est à Malte libre de pourvoir aux mesures que nécessite son salut. Il serait coupable de l'oublier.

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