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CHAPITRE VII

Hammam-Lif. — Nebeul. — Les potiers. — Beni-Khiar. — Un soir sur la plage. Hammamet, la cité des colombes.

La terre est vaste; adieu.

Chant arabe.

Lorsqu'on suit la route de Tunis à Nebeul, les yeux se reposent sur une nature apaisée. Les lignes du paysage sont molles; c'est une succession de plans larges et simples avec des échappées sur le lac El-Baheira ensommeillé, sur le cap Carthage lointain, sur Sidi-Bou-Saïd palpitant dans l'azur du ciel comme un vol de blanches ailes.

On frôle bientôt une agglomération de demeures que dominent la Zaouïa et la Koubba d'un marabout vénéré : Sidi-Fetalhalla. Le saint, renommé de son vivant, passe encore pour un grand faiseur de miracles. Près de la Koubba est un

rocher en pente sur lequel les femmes stériles, qui s'y rendent en pèlerinage, se laissent glisser. La toute-puissance du marabout et le pieux exercice aidant, le vœu qu'elles forment sera peut-être exaucé.

Nous traversons l'Oued Miliane, le Catada de Ptolémée, qui flue dans le golfe de Tunis près du pittoresque village arabe de Rades. C'est ici un des théâtres de la lutte séculaire de Carthage et de Rome. Régulus a débarqué au cap Bon, ilmarche sur la cité punique. Les Carthaginois commandés par le suffète Hannon vont à sa rencontre et livrent une bataille qui se termine par leur défaite.

Après Rades se montrent des étendues couvertes de bois d'oliviers et d'orangers, des solitudes où croissent le myrte, l'arbousier et le lentisque. Un éperon rocheux tailladé d'une fente profonde s'avance tout à coup dans la plaine. C'est là, suivant une légende, que Ali, lieutenant de Mahomet, acculé par une armée chrétienne, s'ouvrit un passage d'un grand coup de son cimeterre. Nous sommes au pied du djebel bou-Korneïn, près de la mer, à la station baluéo-thermale d'Hammam-Lif, dont les eaux sont très estimées.

Les deux sources qui jaillissent des flancs de la montagne furent en grand honneur chez les Romains et des ruines éparses dans les environs attestent l'importance des constructions d'autrefois. Lorsqu'une des piscines du palais Khérédine, qui s'élève sur l'emplacement des thermes romains, fut aménagée, on découvrit une large pierre qu'on suppose avoir décoré le fi'onton du monument. Elle porte l'inscription suivante :

AESCULAPIO F. IVLIVS PERSEVS COND. IIL P. C.

Sur les pentes du mont qui l'abrite des vents du sud, les palais, les blanches demeures d'Hammam-Lif, émergeant de la verdui'e, forment les plus gracieux tableaux. Vers la plage c'est une toute petite ville naissante, dominée déjà par un casino !

Des plantations d'arbres commencent à velouter d'un fm duvet les pentes du Bou-Korneïn.

Après Hammam-Lif le paysage l'eprend ses grandes lignes ; à travers les vignobles, çà et là, blanchissent des fermes. A gauche c'est toujours le rivage et la mer très bleue. A perte de vue, étalés sous le ciel, quels champs de fleurs sans fm: coquelicots, marguerites jaunes et je ne sais quelle autre fleur encore à la corolle délicate couleur de lin ! Vraiment les tapissiers de Kairouan ont dû s'inspirer des colorations si harmonieuses et si vives à la fois de ces prairies.

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