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SUR LA PLAGE

Nous avons retrouvé le sentier sablonneux qui assourdit le bruit des pas et nous allons en silence sous un berceau de feuilles, à travers les roses pâles, presque aussi pâles que les étoiles qui s'allument, frêles et tremblantes au-dessus de nos têtes.

M. Debon, que nous retrouvons àNebeul, nous conduit en promenade jusqu'à la mer, distante de deux kilomètres à peine. Nous n'avons pas voulu profiter des carrioles qui font le service de la ville au rivage où elles transportent nombre de gens qui, fatigués par l'ardente chaleur du jour, vont se retremper à la fraîcheur de la brise marine.

La nuit est bleue et un croissant de lune nous éclaire. Cet emblème de l'Islam rayonnant doucement dans le ciel amène tout naturellement une causerie sur le Rhamadan. Je fais part des observations que j'ai recueillies à Tunis à l'occasion du grand jeune.

En devisant nous étions arrivés sur la plage. La mer venait en soupirs réguhers, s'évanouir sur le sable, et la lune, plus lumineuse encore, jetait sur les larges ondulations des flots, les reflets frissonnants d'une moire argentée.

Des échos de psalmodies arabes arrivaient jusqu'à nous et bientôt la prière du muezzin, comme un chant de rêve tombé des nues, se mêla aux voix des chanteurs lointains, aux soupirs de la mer immense. Et ces accords mêlés étaient vraiment impressionnants sur le rivage où nous restions muets, tous les trois,

écoutant

Nous reprenons le chemin di; la ville, chemin boi'dé de champs de coriandre à la senteur violente. De la plaine, çà et là se lèvent, en sombres silhouettes sans nombre, comme les antennes desséchées de scarabées gigantesques. Ce sont des troncs d'arbres morts inclinés deux par deux sur l'oriflce des citernes pour aider à puiser l'eau. Maintenant des cris sauvages traversent la nuit, qui donnent le frisson.,. C'est le grincement des rouages des norias en mouvement dans la plaine. Hammamet, la cité des colombes! Quels bons souvenirs ce nom évoque pour moi! La journée que j'ai passée dans ses murailles démantelées, sur les dunes qui bordent la mer et même à travers les tombeaux qui l'entourent d'une écharpe de deuil, comptera parmi les meilleures que j'ai vécues en Tunisie, en dépit d'un ciel devenu subitement sombre après avoir illuminé les remparts et la mer aux premières heures du matin.

Nous avions quitté Nebeul de très bonne heure et, aux approches d'Hammamet, nous descendions un chemin aux talus rouges, bordé de grands oliviei's et de hautes palmes. La vieille cité, dressée sur un promontoire, nous apparut comme une morte ensevelie à demi dans un linceul de sable. Et des dunes amoncelées au

pied de ses murailles que le vent avait modelées comme des vagues, pointaient, tels que des épaves, les créneaux d'une forteresse flanquée de tourelles. Par delà ces lignes sévères, de couleur ardente, quelques dômes d'une éblouissante blancheur s'arrondissaient et un clair minaret s'élançait dans le ciel. Dans une crique, au pied des murs ensablés, la mer, d'une transparence d'émeraude, reflétait la pâle cité à peine entrevue, les créneaux, et les voiles de barques tirées pêle-mêle sur le rivage.

Nous considérions, Resplandy et moi, ce féerique tableau, lorsqu'une personne d'allure inquiète s'avança vers nous. Elle cheminait péniblement dans le sable : c'était M. Sadoux. Quelle joie de nous retrouver là devant ces remparts, sous le soleil clair, caressés par la brise marine! La marche était difficile en dehors de la ville, nous enfoncions jusqu'aux genoux dans le sable mouvant lorsque nous quittions les jalons de pierre qui indiquent la piste, comme cela se fait dans nos montagnes en temps de neige.

M. Sadoux nous guidait. A sa suite nous pénétrons sous le pesant arceau d'une haute porte fortifiée et enfin dans les galeries obscures d'un marché couvert qui lui faisait suite. Mais ce qu'il voulait nous montrer surtout, c'était la Kasbah, l'antique forteresse démantelée et bientôt nous nous trouvons assis tout en haut des remparts.

Il est des heures qui restent dans le souvenir comme des tendresses inassouvies. Elles nous reviennent, ces heures, en des lueurs très douces, en des parfums aimés, comme des sons restés dans l'oreille, échos très lointains que la pensée ne ressuscite pas en leur entier. Mais tout cela se fond en je ne sais quel songe vague et charmant qui n'est plus l'impression première, mais en quelque sorte son reflet.

Là, à Hammamet, sur ce haut rempart en ruine, nous plongions sur la mer comme à l'avant d'un navire. Elle était en bas, au-dessous de nous, très claire et la nappe verte, d'une transparence idéale, laissait voir nettement les bancs de roche et les sables du fond. Un battement musical, léger, régulièrement montait : c'était comme la respiration de la mer frôlant les mui-ailles.

L'immense golfe d'Hammamet s'ouvi'ait jusqu'à l'infini et la côte, toute de sable près de nous, se nuançait, dans sa prodigieuse courbe, de forêts d'oliviers qui se dégradaient et s'estompaient jusqu'à s'évanouir. Au loin sur le rivage, qu'on devinait à peine, couraient de longues lueurs roses qui se mêlaient à des violets pâles, à des bleus indéfinis et se fondaient dans les poudroiements lumineux de l'horizon. Par endroits, des scintillements clairs indiquaient des habitations, un village, que sais-je ce qu'on devinait dans ces vapeurs aériennes qui n'étaient plus la terre et n'étaient pas encore le ciel! A l'infini, vers l'extrémité de la grande

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