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CHAPITRE IX

En mer. — Sousse. — Kairouan, la ville sainte. — Visions, légendes et mirages. — Les mosquées. — Les Zlass. — A travers les rues et les bazars. — Un dîner chez le kalife.

Ce que Dieu veut arriye nécessairement.

(Dicton arabe).

LA nuit. . . à bord d'un navire. Nuit un peu sombre sur la mer calme. Il y a quelques instants on entrevoyait Tunis là-bas, longue traînée phosphorescente dans les vapeurs du soir.

C'est à peine si l'on devine maintenant sur le ciel la presqu'île du cap Bon dont les ondulations bordent le golfe.

... De Carthage, les monuments nouveaux se profilent sur l'antique colline de Byrsa rapprochée de nous et Sidi-bou-Saïd, d'une blancheur de nuée, semble planer au- large. . .

La nuit plus sombre. . . rien sur la mer sans limite, seuls quelques nuages s'allongent dans un ciel où tremblent, çà et là, des étoiles.

Cependant, assez tard, deux silhouettes obscures tout à coup se montrent pour disparaître aussitôt : Zarabre et Zambrette, îlots déserts.

Nous quittons le golfe de Tunis, nous doublons le cap. Sous un ciel toujours sans clarté les feux du bord allument quelques éclairs furtifs dans le sillage.

De l'arrière, le navire, avec ses hautes vergues noyées dans le ciel, apparaît comme un vaisseau fantôme. Il court, obstiné, vers un but auquel on ne songe pas, car à cette heure les préoccupations humaines sont absentes de nous : nécessités âpres ou espérances du voyageur.

Tout entier à l'heure présente, je considère le spectre monstrueux s'enfonçant dans les ténèbres avec un grondement régulier et sourd.

Cependant, je crois entendre, en prêtant l'oreille, les échos d'une mélodie naissante dont les accords se mêlent au rythme de la machine. Ces accords se précisent, une voix s'élève et traverse la nuit ; on donne une fête à bord . Et le navire spectral s'en va chantant dans les ténèbres, au son d'invisibles instruments. Les chants ont leur mélancolie exhalés ainsi dans le mystère de la grande mer taciturne. Les douleurs sont partout si voisines de la joie ! . . .

Aujourd'hui même un yacht, le Thistle. dont les cuivres étincelaient au soleil, était à l'ancre dans le port de Tunis. Ses trois mâts effilés s'élevaient au-dessus de la coque d'une charmante blancheur.

La veuve d'un empereur, la mère endeuillée d'un jeune prince tombé au loin sous la sagaie d'un sauvage a quitté le bateau. Elle a eri'é à travers les bazars, et un serrement de cœur m'a pris de la voir ainsi vieillie et brisée dans le joyeux soleil. L'auguste veuve éternellement emporte la misère de son cœur par les mers elles plages.

Cette grande figure de douleur est venue avec persistance me hanter tandis que j'écoutais les chants nocturnes du bord.

... Au matin c'est la lumière. Quelques vapeurs légères flottent dans le ciel. Devant nous est une ville toute blanche, étagée sur une colline, avec des minarets en forme de tourelles et une ceinture de hauts remparts crénelés : c'est Sousse, la capitale du Sahel,

Tout ce que l'œil embrasse de ciel et de mer, est baigné d'une clarté douce ; seule, la ville faite déterrasses, de tours, de créneaux, de coupoles, s'entasse sur la côte en flamboyant chaos.

Sousse fut l'antique Hadrumète, un des comptoirs les plus prospères des Carthaginois. Annibal en fit sa base d'opération lorsque, trahi par la for-

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