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VISIONS, LÉGENDES ET MIRAGES

qui souillaient la plaine, voulut tracer les fondations de la grande mosquée, il assembla ses guerriers et Gt célébrer la prière sur l'emplacement qu'il avait choisi . Il ne savait exactement le point où il établirait la Kibla ou Mirhab dont l'axe indique dans les sanctuaires musulmans la direction de la Mecque ; et toute la journée cette incertitude le rendit songeur. A la prière du soir, il eut recours au Dieu tout-puissant et dans la nuit suivante, durant son sommeil, une figure céleste lui apparut disant : « 0 favori du maître de l'univers, lorsque l'aube prochaine poindra, tu saisiras ton étendard et tu marcheras en avant, les esprits te précéderont et tu les entendras. A l'endroit où les airs deviendront silencieux tu établiras le mirhab. »

Okba-ben-Amir obéit. Des voix l'accompagnaient criant : « Allah-Akbar, Dieu est grand. » Lui s'adressant à son escorte disait: « N'entendez-vous pas, vous autres, les louanges de Dieu qui traversent les airs? » Et les autres n'entendaient pas.

« C'est donc la volonté d'Allah » , fit-il.

Les voix s'étant tues, il planta son étendard et se tournant vers sa suite il dit : « Enfants du désert, voici votre mirhab. »

Il était merveilleux d'avoir chassé les animaux féroces ou immondes qui peuplaient la plaine, d'avoir fait iutei-venir la puissance divine pour déterminer l'emplacement du mirhab de la mosquée, mais les matériaux manquaient pour la construction et Okba-ben-Amir n'avait pas prévu la question d'eau potable pour alimenter la ville nouvelle. Alors, toujours d'après la légende, un premier miracle se produisit. Chaque matin, au soleil levant, on voyait les pierres de taille et les marbres amoncelés à l'endroit même où ils devaient être utilisés. Quant à l'eau, elle fut due à un autre prodige.

C'était l'été , la sécheresse tarissait les rivières environnantes , l'armée conquérante souffrait de la soif.

Chaque jour les guerriers interrogeaient l'horizon cherchant des yeux un nuage qui vînt leur donner l'espoir de pluies px'ochaines, les chevaux hennissaient et flairaient le sol de leur naseau, les chameaux eux-mêmes se couchaient et tristement mugissaient.

Okba-ben Amir avait un magnifique sloughi auquel il était fort attaché. Or un soir l'animal prit son maître par un pan de son manteau et à plusieurs reprises chercha à l'attirer au loin.

— « Voyez-vous, disait Okba à ses guerriers, il doit se passer quelque fait extraordinaire dans le voisinage ; jamais Barouta, — c'était le nom du sloughi, — n'a eu de pareilles manières. »

— « Suivons-le, » s'écrièrent les guerriers.

Lorsqu'ils furent à une certaine distance, le chien s'arrêta et se mit à gratter furieusement la terre avec ses pattes. On approcha. Un mince filet d'eau s'échappait du sol. Bientôt, du trou creusé plus profondément, jaillit une source où s'abreuvèrent avidement les hommes d'armes et les animaux.

Sidi ben Okba décida alors qu'une zaouïa serait bâtie à cet emplacement même pour perpétuer le souvenir d'un pareil miracle. Ainsi fut fait, paraît-il.

Revenons à la grande mosquée. Le monument est grandiose; il rappelle, diton, la mosquée de Cordoue. Extérieurement, il offre l'aspect d'une forteresse avec ses épaisses murailles soutenues par de lourds contreforts. La cour dans laquelle on pénètre tout d'abord est vaste, imposante, un double cloître aux colonnes romaines l'entoure . L'on est surpris de le voir recouvert de pierres sépulcrales romaines et chrétiennes sur lesquelles des fragments d'inscriptions apparaissent encore. Au-dessous de cette cour est une immense citerne. Quelques tronçons de colonnes plantés dans les dalles sont évidés, rayés d'entailles profondes et polies produites par les cordes qui servent à puiser l'eau. C'est la citerne de réserve.

J'étais accompagné par un spahi au manteau bleu, grand et grave, parlant peu, se contentant de me signaler du geste ce qu'il croyait devoir m 'intéresser.

La porte d'entrée de la mosquée proprement dite est en ogive haute surmontée d'im fronton dentelé et couronnée par un dôme divisé en larges cannelures. De chaque côté l'ogive retombe sur des colonnes.

Intérieurement la mosquée est composée de dix-sept nefs dont les voûtes sont supportées par deux cent quatre-vingts colonnes en onyx, en marbre et en porphyre, provenant pour la plupart d'anciennes basiliques.

M. Saladin trouve les colonnes et les chapiteaux byzantins du plus grand intérêt au point de vue architectural. Ils permettraient de comparer l'école africaine à l'école orientale, et de retrouver ici, comme en Asie, des dégénérescences du corinthien et de l'ionique.

L'allée centrale est vaguement éclairée par des vitraux. Mais mon spahi a fait ouvrir la porte toute grande et les reflets du soleil qui resplendit dans la cour jettent partout de claires lueurs. Des lustres pendent aux coupoles de la voûte, l'un d'eux est une véritable merveille.

Je vois la niche du mirhab dont l'axe indique la direction de la Mecque et dont l'établissement par Okba-ben-Amir fut si miraculeuse. Il est d'une ornementation magnifique. Tout aupi'ès est le Minbar, ou chaire à prêcher, faite de panneaux en bois sculpté d'une finesse inouïe. Ces panneaux sont de difl'érentes provenances .

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