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LES MOSQUÉES

plaqués d'ornements géométriques en marbres blancs et noirs et enrichis d'arabesques où courent des inscriptions en caractères koufiques.

Le spahi qui m'escorte toujours me montre, non loin de la mosquée du barbier, le bassin des Aglabites, but fréquent de promenade pour les habitants de Kairouan. Des bords du bassin, la vue s'étend sur la plaine désolée et vraiment cette nappe d'eau frissonnante réjouit les yeux devant les mornes solitudes. Pourquoi ce nom des Aglabites? On dit bien que le prince Ahmed lit creuser les bassins en l'an 241 de l'Hégire. Mais à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de la ville, on trouve les restes d'un aqueduc romain qui prenait les eaux des sources de Cherichera, traversait la plaine de l'oued-Merguellil et arrivait jusqu'aux bassins. Que conclure?

Depuis l'occupation, le service des travaux publics a capté les eaux du Cherichera et les a conduites à Kairouan , le trop-plein se déverse dans les bassins des Aglabites dont deux ont été restaurés ; les autres sont à demi ensevelis et l'exhaussement du sol trahit seul leur forme.

Vers l'an 800, Ibrahim-ibn-el-Aglab fondait la dynastie aglabile qui succédait aux émirs. Charlemagne dans toute sa puissance recevait du khalife Haroun-al- Raschild , la fameuse clepsydre dont les heures étaient sonnées par des cavaliers qui laissaient tomber des balles sur un timbre d'or. Tandis qu'il recevait ce présent, il envoyait un ambassadeur au vice-roi aglabite, Ibrahim, vassal du Khalife, pour obtenir les reliques de saint Cyprien et des autres martyrs. L'ambassadeur était reçu avec la plus grande distinction par le vassal du Khalife au palais d'El-Abassïah, près de Kairouan.

Cette dynastie des Aglabites qui apporta un commencement d'autonomie à la Tunisie méritait un meilleur sort. La plupart des princes qui la composèrent périrent d'une mort prématurée.

Kairouan a cinq faubourgs en dehors des remparts. Le plus important est habité par les Zlass dont l'origine est très mystérieuse . On ignore même l'époque de leur établissement. On constate seulement que leur visage tient à la fois du berbère et de l'arabe. C'est une confédération formée par plusieurs fractions : les Ouled-Iddir, les Ouled-Khelifa et les Ouled-Sendassen, les Kaoules et les Gouazines. Ces tribus sont belliqueuses, longtemps elles furent en lutte avec les tribus voisines. En 1881 les Zlass et les Ouled-Iddir firent pai'tie de l'insurrection et se rendirent à Sfax. Sous prétexte de défendre la ville ils la mirent au pillage. Mais chassés pai- les habitants, et le chef des Ouled-Iddir ayant été tué, une partie alla couper l'aqueduc qui de Zaghouan amène les eaux à Tunis tandis que l'autre se

porta à la rencontre de la colonne Etienne. Les deux fractions éprouvèrent chacune de leur côté un sanglant échec.

Si la plaine marécageuse qui entoure Kairouan est morne et d'une tristesse infinie, combien au contraire la ville est vivante ! Ses marchés et ses bazars n'offrent pas la richesse de ceux de Tunis, mais ils sont pittoresques au plus haut degré. C'est partout le mouvement et l'animation. Allez voir les forgerons, à demi nus, frappant sans repos sur l'enclume; toute une rue retentit des coups de leurs

marteaux. Le souvenir de Vulcain vous reviendra à la mémoire.

Sous des abris de branchage leurs torses de bronze, fortement musclés, rayés par des reflets de feu s'agitent et des gouttes de soleil tombent sur leurs épaules comme une pluie de métal en fusion.

Plus loin sont les cordonniers, les fabricants de tamis et lescorroyeurs. Ces derniers étendent sur le sol, dans la rue même, les peaux toutes fraîches sur lesquelles ils répandent une couche de sel. Les passants les foulent sous leurs pieds, le soleil les cuit et une odeur nauséabonde s'en dégage. Le procédé est absolument primitif mais il donne, parait-il, les meilleurs résultats car les cuirs de Kairouan sont renommés. Ses brides, ses selles et surtout ses babouches d'un jaune éclatant sont sans rivales dans toute la régence. Ses tapis sont également célèbres. Ils se distinguent des autres par la qualité de la laine, la complication des dessins et surtout par l'extraordinaire richesse des couleurs. Les mérinos à large queue qui paissent dans les solitudes de la plaine fournissent les toisons que les bédouines lavent et blanchissent en les piétinant dans les ruisseaux. Ce lavage est un des spectacles intéressants que l'on peut voir autour de la ville, de même qu'il est curieux de visiter dans l'enceinte les échoppes des teinturiers.

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