EL-DJEM
Elles sont entièrement ci-eusées dans le roc et se composent d'un puits rectangulaire et d'une chambre sépulcrale .
« Toutes ces tombes, dit-il, qui sont creusées sur le même modèle, et recouvrent un espace de 5 à 6 kilomètres d'étendue, ont été violées et à peu près dépouillées de tout ce qu'elles contenaient . »
A Mahdïa la chaleur est tempérée par la brise de mer qui souffle dès le matin et par les bois d'oliviers et les jardins qui entourent la ville. Elle n'en est pas moins excessive.
Mahdia est le point le plus rappi'oché et où les communications sont le plus faciles pour se rendre à El-Djem, l'antique Thysdrus de Ptolémée, dont l'amphithéâtre est renommé. Je ne pouvais me dispenser d'aller le voir.
Grâce à une recommandation dont j'étais muni pour l'agent de la Compagnie Générale Transatlantique, je pus quittei" Mahdïa vers minuit avec une voiture et un bon conducteur; j'évitais ainsi la chaleur du jour. La route est sûre et je n'avais point à regretter un voyage nocturne car le trajet n'offre rien d'intéressant.
Au roulement de la voiture, dans la solitude de la nuit, sous les étoiles, je songeais à Thysdrus, une des trente cités libres sous les Romains, et à ce monument dont la distribution est la même que le Colysée de Rome. Il fut élevé par l'empereur Gordien au ni° siècle. Un jour vint où le monument subit un véritable siège. Les Arabes venaient d'occuper la Tunisie, les Berbères se levaient en masse pour résister aux conquérants.
Une femme, une juive, dit-on, une prêtresse, El Kahina, s'est mise à leur tête. Pendant longtemps elle les guide, excitant leur courage. Mais ils succombent enfin et la sombre héroïne, la Kahina, périt près de Tabarka ou dans l'Aurès, on ne sait exactement. C'en est fait de l'indépendance berbère. Un des actes de cette sanglante tragédie se déroula à l'amphithéâtre d'El-Djem.
La prêtresse, longtemps victorieuse, voit son armée serrée de près par l'ennemi, que commandait Hassen-ibn-Naamân. Elle s'enferme dans le monument, elle arrache les gradins qui lui servent à boucher les vomitaria et les ouvertures des arcades. Les provisions pourtant seront bientôt épuisées, la famine menace . L'ennemi campe autour de l'amphithéâtre. Alors, inspirée par le désespoir, elle fait creuser une galerie souterraine de douze kilomètres de longueur et échappe aux agresseurs.
La Kahina est devenue légendaire. L'imagination des Arabes a amplifié les faits car ce souterrain, dont on peut voir l'entrée dans le monument, parait avoir servi à transformer, à l'occasion, l'édifice en naumachie.
Mille ans plus tard, l'amphithéâtre d'El-Djem subit un autre siège. Des bandes
d'Arabes en révolte s'y étaient concentrés. Hammouda, bey de Tunis, investit le monument et ouvrit une large brèche par laquelle il entra.
L'aspect de l'amphithéâtre est imposant comme proportions et sa couleur ardente, flambant au soleil, ajoute beaucoup à son elTet. Le village arabe qui grouille à son ombre avec ses maisons basses, et la plaine avec ses grandes lignes étalée aux alentours contribue encore à son aspect grandiose. La grande brèche du bey Hammouda s'ouvre encore béante laissant apercevoir le fond de l'hémicycle avec ses arceaux et ses piliers ruinés. Mais si l'ensemble du monument a de la majesté, s'il rappelle le Colysée de Rome et les amphithéâtres de Pouzzoles et
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AMPHITHEATRK D EL-DJEM
de Nîmes, l'ornementation en est lourde et les détails sans grande valeur au point de vue artistique.
Le grand axe de l'arène, courant de l'est à l'ouest, ofTre une longueur de 149 mètres et le petit axe 124 mètres. On pense que la hauteur primitive du monument dépassait 30 mèti'es. 11 n'aurait jamais été terminé, car certains motifs de sculpture paraissent inachevés. Ses arcades extérieui^es au nombre de soixante étaient espacées par des colonnes d'ordre composite au premier et troisième étage et par des colonnes d'ordre corinthien au deuxième étage. Il ne reste rien du couronnement. L'intérieur n'est plus qu'une ruine, on voit partout les traces des luttes d'autrefois; les escaliers sont efTondrés, les gradins ont disparu, il y a des amoncellements de sable où des cactus monstrueux ont pi'is racine.
Sous ime arcade, à l'est, on voit l'entrée d'une large citerne, c'est le prétendu souterrain creusé parla Kahina. .