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LES OISEAUX

crachaient sur les chrétiens de passage chez eux et M. Sadoux, qui fut victime de leur intolérance et de leur haine, eut toutes les peines du monde à trouver assistance auprès du Khalife.

Mais l'hospitalité que je reçus ce jour-là chez le Khalife de Testour me fait naturellement penser que c'est à son prédécesseur que M. Sadoux eut affaii'e. Le déjeuner auquel il ne prit point part, car c'était l'heure de la sieste, témoignait de la préoccupation qu'il avait de me voir emporter de son logis un bon souvenir. Il poussa même l'attention jusqu'à faire placer à mou côté aussi bien qu'à côtéd'Amoc une bouteille de vin de Carthage, clos de l'archevêché. Et comme l'eau de Testour est très mauvaise et vaseuse, elle fut additionnée par moitié, au préalable, d'eau de fleur d'oranger !

Après le déjeuner, Amorme fait visiter la mosquée aux blanches colonnades et m'oblige à gravir les marches sans nombre du minaret pour me faire jouir du panorama. De là-haut, la ville avec ses toits de tuiles semblait écrasée sur le sol par l'ardente chaleur; au bas de la colline, la Medjerdah sommeillait entre ses berges, sans un frisson. Rien ne bougeait, un grand silence planait partout.

En sortant de cette mosquée nous traversons la place et nous montons dans une sorte de vérandah établie au-dessus d'un café maure. C'est la salle d'audience du Khalife. Il nous avait précédés ainsi que quelques notables. On s'accouda sur les tapis, attendant l'heure du départ, c'est-à-dire l'heure où le soleil décline.

Et par la grande baie de la vérandah, des hirondelles innombrables allaient et venaient en piaillant dans leurs nids bâtis entre les solives du plafond. Et c'était charmant cette fête des nids, dans la salle blanche, devant la ville embrasée.

« Si les cris de ces oiseaux te gênent, si tu désires te reposer, me dit Amor, nous fermerons la fenêtre; ici tu sais nous laissons les hirondelles venir chez nous, on les respecte. Tu sais bien qu'elles nous quittent à l'automne pour aller passer l'hiver à la Mecque. Ce sont des oiseaux hadj, pèlerins,

— « On les respecte aussi en France, Amor, on dit qu'ils portent bonheur.

— « Quelquefois, reprit-il, {»our gagner'la miséricorde de Dieu on les prend, puis, leur ayant enduit la tête d'un peu d'huile, on leur rend la liberté.

« Les oiseaux sont nos amis, contiuua-t-il. Dans l'extrême sud, au delà de Tozeur, on voit un joli petit passereau, le Bou-Abibi, le père des amis. Il niche dans les maisons et s'y promène toujoui's. Pour rien au monde on ne lui ferait du mal. Il est tout petit, il a un gros bec, son dos et sa tête sont bleus, ses ailes sombres et son ventre couleur de feu. On l'aime et on le respecte. On dit que ce sont les âmes des parents décédés qui reviennent sous cette forme gracieuse revivre dans la famille qu'ils ont quittée.

« Vois-tu, lo premier jour de mai, les oiseaux marchent pendant deux heures d'une autre façon que d'habitude. Les sorciers seuls connaissent ce moment pendant lequel ils doivent préparer certains ingrédients, confectionner des philtres et des panacées, car à toute autre heure ils resteraient sans efTet.

Les oiseaux ont une grande influence et du pouvoir quelquefois. Ainsi les belarej, les cigognes, 'ne pénètrent dans les villes où vivent les rois que pour annoncer leur mort prochaine. Tu ne verras point d'habitude des cigognes à Tunis, mais tu en rencontrei'as à la Manouba et à Tébourba.

Ce qu'il est très intéressant de constater, c'est que dans le nord de l'Ecosse, aussi bien qu'en Limousin, aux Baléares, en Corse, en Sardaigne, en Sicile ou en Tunisie, les superstitions ont des affinités singulières très proches, comme si réellement un fond de vérité se cachait dans ces croyances naïves et qui restent en dépit de la civilisation.

LABOUREUR INDIGENE

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