‹ La TunisieChapitre 94 sur 103 · CITADELLE BYZANTINE -DE TEBOURSOUK · texte numérisé non relu

CITADELLE BYZANTINE -DE TEBOURSOUK

— Cet homme que tu as entendu va venir nous trouver à cheval, il y est obhgé, car celui qui le premier répond à un appel doit y obéir. Le cavalier que tu verras tout à l'heure ici, monté sur le meilleur cheval du village, ira à Teboursouk d'un seul temps de galop et préviendra à l'auberge que des voyageurs arrivent. Car il faut bien trouver un gîte. En nous présentant trop tard et à l'improviste, nous risquerions de rester dehors. Il nous fera aussi préparer à dîner. Comme nous allons très lentement avec ces ânes, nous n'atteindrons guère la ville cju'à onze heures du soir, et lui, dans une heure, sera rendu. »

Quelques instants plus tard, en effet, un cavalier débouchait à travers les broussailles et après un court entretien, filait devant nous avec la rapidité de l'éclair. J'entrevis à peine son manteau flottant, puis plus rien que le bruit cadencé des sabots de son cheval qui s'éloignait dans la nuit.

On reprit la route et longtemps après nous gravissions les pentes d'une montagne à travers toujours des bois d'oliviers. Nous avions quitté la vallée de l'oued Khalled et nous commencions à distinguer sur le mont les lumières de Teboursouk.

Comme ils sont longs les derniers instants avant d'arriver au gîte d'étape après une longue et fatigante journée ! Et surtout, lorsque depuis si longtemps la nuit est tombée !

Tout le jour nous avions affronté la chaleur torride, nous reposant deux heures à ])eine dans le Khalifat de Testour, après un étrange repas arrosé d'eau de fleurs d'oranger, et voici que onze heures du soir allaient sonner I

Nous venions de quitter les grands bois d'oUviers qui entourent la colline, le Kefqui porte Teboursouk, et nous passions près d'une maison mauresque baignée dans le bleu à cette heure. Elle était singulière cette demeure, dans la nuit, si diaphane qu'on eût dit une maison d'albâtre éclairée par des clartés intérieures.

Une petite montée encore et nous voici aux portes de Teboursouk. Là, en dépit de la fatigue et de l'heure tardive, je voulus m'arrêter tant l'aspect de cette ville m'en imposa. Sur un ciel d'un bleu profond et transparent, maintenant criblé d'étoiles, montaient des minarets pâles, des murailles d'une blancheur de nacre trouées, çàetlà, par des lueurs d'or. C'était plus encore qu'un doux rêve, c'était une vision fabuleuse des mille et une nuits, car les lueurs de la ville frissonnaient sous les étoiles et les blancs atténués et les bleus éthérés sommeillaient au milieu d'un fourmillement lumineux. On entendait des musiques tremblantes et des voix qui chantaient. Des parfums d'aromates, qui montaient dans la nuit, arrivaient jusqu'à nous en tièdes effluves. On aurait dit qu'ils encensaient le ciel et qu'ainsi l'âme de cette cité orientale tendrement s'exhalait en parfums et en mélodies.

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Et devant ce rêve nocturne, immobiles, comme figés en des attitudes hiératiques, des cavaliers et des chameaux se profilaient attendant je ne sais quel signal de départ.

« Comme c'est beau! » murmurais-je.

Amor ne comprenait rien à mon enchantement.

« C'est une ville sale, me disait-il, quelle différence avec Medjez-el-Bab ! »

Nous arrivons enfin à l'auberge où, grâce au cavalier que nous avions envoyé, nous étions attendus.

L'auberge est installée dans une vieille maison arabe. Nous étions assis à table, dans une salle blanchie à la chaux. L'extrême fatigue m'avait enlevé tout appétit. Amor considéx-ait d'un regard soupçonneux les plats qu'on nous servait. L'hôtesse lui assurait bien qu'aucun des aliments n'était préparé avec de la graisse, mais il était défiant quand même. Et comme elle apportait du sanglier :

— « Je ne t'offrirai pas deïalouf, lui dis-je.

— « Oh ! s'écria-t-il, cette viande n'est pas toute défendue, il y a un morceau dont nous pouvons manger, mais je n'ai jamais pu savoir lequel, et aucun de ceux que j'ai consultés ne le connaissait. C'est pourquoi dans cette incertitude, nous nous abstenons complètement d'y toucher. »

J'observais depuis un instant des sortes de lézards qui s'étaient avancés sur la muraille. Je m'approchai d'eux, ils ne fuyaient pas et me considéraient avec des yeux d'enfant. On aurait pu croire à des animaux de cire tant leur corps était transparent.

« Ce sont de?, geckos, dit Amor, de bien vilaines bêtes... Ne les regarde pas. — - « Mais elles sont absolument inoffensives, repartit l'hôtesse, et gentilles et familières. Chaque soir, elles courent le long des murailles à la poursuite des mouches. C'est même curieux de les voir marcher au plafond, renversées ; on prétend que leurs pattes sont munies de ventouses, ce ({ui leur permet ces exercices.

— « Moi, je vous dis que ce sont d'affreuses bêtes qui apportent la malédiction de Dieu, répliquait Amor.

« Un jour le prophète, persécuté par les tribus de l'Hyémen, s'était enfui. Comme ses ennemis le suivaient de près, il se réfugia dans une grotte. Un gecko, qui vivait dans la caverne, courut à l'ouverture et, chose au moins curieuse, appelant ceux qui poursuivaient le prophète, il leur dévoila la retraite de Mahomet. Mais Dieu l'a puni.

« Celui qui écrase un gecko en le frappant sept fois du plat de la main gauche ressuscitera avec une source d'eau vive dans le creux de cette main et pourra éternellement étancher sa soif.

« Vois comme ils sont curieux ces geckos, les voici qui approchent pour écouter ce que nous disons. On raconte aussi qu'un homme et une femme étaient mariés depuis peu. Or un jour, l'époux appela sa mère pour lui faire part d'une chose secrète. Mais la jeune épouse vint écouter près de la porte de la tente où ils s'étaient isolés. Dieu, pour la punir, la changea en gecko.

« Celui qui écrase un gecko, finit-il sentencieusement, fait toujours une bonne

action , car il détruit im vice. »

L'hôtesse, qui eut peur pour ses geckos, s'écria :

« Mais j'y tiens à ces petites bêtes qui ne font de mal à personne. Et, voyez comme elles sont charmantes. » En effet leurs yeux avaient une singulière expression d'intelligence naïve.

Minuit sonnait lorsque nous gagnions nos chambres.

Teboursouk, l'antique Respublica Thubursicum Bure, est bâti en amphithéâtre dans l'enceinte d'une cité byzantine dont la citadelle forme encore l'un des angles. Deux belles mosquées aux minarets carrés, dont l'une avec ses coupoles, agglomérées, fait songer à Sidi-Mahrès de Tunis, s'élèvent au-dessus d'un chaos de murailles basses. La blanche ville est étagée sur une colline, entourée de monts aux pentes boisées.

La citadelle byzantine, qui fut construite avec les matériaux antiques, porte encore des inscriptions dans ses murs comme celle d'Aïn-Tunga.

« Une des inscriptions enchâssées dans la construction, dit le docteur Carton, porte le nom de la cité romaine : Thubursicum Bure. Une porte triomphale à demi enfouie a été englobée dans le mur d'enceinte, et à trois mètres au-dessous des

MAUSOLÉE D HF.NCHIR GUEROOUR

MAISON MAURESQUE A TEBOURSOUK

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