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AUX RUINES DE DO UGG A

voussoirs en bel appareil de son cintre on peut voir les claveaux, plus petits, d'une autre porte contemporaine de la citadelle. Les Byzantins avaient donc jugé trop grande l'ouverture première, et, ne voulant pas détruire cette œuvi'e d'art parce qu'elle leur servait, ils l'avaient ainsi utilisée. La moitié de l'inscription qui la surmontait est encore en place. Elle porte le nom des majestés très chrétiennes [christianissimis) , sous le règne desquelles elle a subi cet aménagement. D'autres édifices devaient orner Thubursicum , comme nous l'apprennent plusieurs inscriptions. lies maisons, bâties sur leur emplacement, empêchent d'en retrouver le moindre vestige. »

Le lendemain, après une promenade à travers la ville, où nous avions admiré une belle maison mauresque aux fenêtres grillagées comme celles de Tunis, Amor me quittait pour rentrer à Medjez-el-Bab tandis que je me dirigeais vers Dougga en araba. L'araba est le plus odieux des véhicules, mais on n'a pas le choix ici. C'est une lourde chari*ette, sans plancher, étroite, longue, avec deux roues énormes. On s'assied comme on peut, à côté du conducteur, les jambes pendantes contre les jambes de derrière du cheval et les énormes roues "tournent à votre coté et vous affolent, car il faut se garder à la fois des cahots, de cette odieuse roue et du cheval .

En cet équipage au moins bizari-e, et qui me faisait regretter mon âne de la veille, je partais pour Dougga au gros de la chaleur. La route suit les flancs d'une montagne toute bossuée, plus loin, c'est une piste dans des terrains vagues, laquelle remonte ensuite à pic vers les ruines de Dougga, gisant sur un sommet. Et le soleil, durant cette ascension, vous brûle, rien n'abrite de ses rayons; les pentes sont nues ou plantées d'orges miirs que des bandes d'Arabes sont en train de couper. Lorsqu'on approche de la cime on côtoie un bois d'oliviers et un vent frais souffle dont il faut se garantir, car on est en sueur comme après une longue marche.

Voici un bien pauvre village isolé sur uu sommet, aux maisons semblables à des amas de pierres brûlées par le soleil, battues par le vent. A travers ces pierres, se blottissent quelques masures arabes et des chiens, d'aspect féroce, se précipitent vers les étrangers montrant leurs crocs, aboyant avec fureur.

Cette hauteur, presque déserte, où un peuple à son décUn traîne sa misère, fut occupée autrefois par une cité prospère. Et d'aiUeurs, toute la région eut une époque de splendeur qui fut à son apogée sous la dynastie des Sévères. A cette époque, la Tunisie était habitée par une population qui s'élevait certainement, dit-on, aulriple de la population actuelle. Les environs de Dougga où nous sommes, aussi bien que le pays qui borde la Medjerdah, « sont couverts de ruines de centres impor-

tants aussi pressés que les villages aux environs de Paris. On y rencontre encore des restes de fermes, des traces de grandes exploitations agricoles qui témoignent de la richesse de la contrée à ces époques lointaines. »

Les ruines de Dougga, l'ancienne Thugga, sont renommées dans le monde entier.

Le temple, qui profile sur le ciel ses fines colonnes aux chapiteaux corinthiens et son fronton grec incendié par le soleil, tel qu'un flamboyant monument de cuivre, est peut-être le plus beau des monuments antiques de la Tunisie. 11 fut dédié à Jupiter d'après les uns, à Junon et à Minerve d'après les autres. Une inscription de la frise attribuerait l'œuvre aux frères Simplex. On distingue sur le fronton une sculpture endommagée représentant une ligure assise sur un aigle aux ailes éployées. Certains savants y lisent l'apothéose de l'Empereur.

« De l'autre côté de la ville de Dougga, a dit un auteur anonyme dont je regrette par suite de ne pouvoir citer le nom, se dressait le sanctuaire de Cselestis, très ruiné aujourd'hui, mais offrant aussi d'intéressantes dispositions architecturales que des fouilles récentes ont permis de déterminer. Il se compose d'un petit temple, en belles pierres détaille soigneusement appareillées, au centre d'une cour dallée qu'entoure un portique demi-circulaire; cet hémicycle, fermé à l'extérieur par un mur continu en blocage, s'ouvre sur la cour par une colonnade supportant une architrave avec la dédicace. L'on pénétrait dans l'enceinte par deux portes latérales, placées à l'extrémité de l'hémicycle, tandis que devant le temple régnait probablement une terrasse à galerie avec double rangée de colonnes.

« Les sanctuaires païens de la Tunisie romaine, continue-t-il, remontent presque tous à l'époque des Antonins. On n'en construit plus guère à la fin du m° siècle: ils disparaissent à mesure que le christianisme se développe; les uns sont désafTectés, d'autres font place à de somptueuses basiliques chrétiennes, construites parfois à leurs dépens. Les ruines des basiliques se rencontrent fréquemment sur le sol de la Tunisie. Le nombre de celles qui ont déjà été reconnues est considérable : il s'accroit chaque jour, à mesure que l'exploration archéologique du pays se complète.

« Le théâtre, dit encore le même auteur, se distingue par l'élégance de ses proportions et la grâce de son ornementation.

« Il est admirablement conservé. Les vingt-cinq rangées de gradins de l'hémicycle sont presque toutes intactes. Elles ont conservé toute la vivacité de leurs arêtes, la coupe du ciseau des tailleurs de pierre apparaît aussi nette que si l'édifice venait d'être inauguré. Los gradins, adossés à la montagne, étaient couronnés par un beau portique d'où l'on embrassait d'un coup d'oeil l'ensemble de la salle; l'or-

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