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L'ADIEU

chestre, pavé de mosaïque et encombré de bases honorifiques supportant des statues ; la scène, richement ornée; le mur du fond avec ses colonnades, et, par delà, l'admirable panorama qu'offrait la vallée de l'oued Khalled, avec ses villas étagées et ses jardins au premier plan, ses champs de blé, ses forêts d'oliviers, ses bourgades éparses dans le lointain, et le cirque de montagnes bleuâtres qui fermait l'horizon. Un autre portique, placé en arrière de la scène, se composait de colonnes corinthiennes d'une grande élégance, supportant une architrave sur laquelle était gravée la dédicace que voici, telle que nous l'ont fait connaître les fouilles de M. le D' Carton :

« L. Larcins Quadratus,pour célébrer son élévation aux fonctions de flamme perpétuel et pour remercier ses concitoyens, a construit à ses frais un théâtre, avec portique, scène, escalier, promenoir et tous les accessoires qui Vornent : en outre, le jour de l'inauguration, il a fait une distribution de vivres et donné une représentation théâtrale, des jeux de gymnase et un festin. »

« C'est donc à la générosité d'un seul citoyen qu'était dû ce magnifique ensemble; il en est de même pour tous les édifices de Dougga. Le temple du Capitole avait été construit par L. Marcius Simples Regillianus ; le temple de Saturne, par L. Octavius Victor Roscianus; le temple de (^a;lestis, par Q. Gabinius Rufus Féhx Beatianus Liberalis; l'hippodrome, par M. Jîbutius Honoratus et P. Sabonius Institor. Ce fait n'est pas particulier à Dougga, il se reproduit dans toutes les autres cités africaines ; il y avait entre elles comme une émulation de magnificence; chacun voulait que sa ville fut la plus somptueuse, qu'elle eût plus grand air que ses voisines : tous s'appliquaient, dans la mesure de leurs ressources^ à l'embellir et à l'orner. Les plus riches font construire un temple, un cirque, un théâtre; d'autres, moins fortunés, se contentent d'une chapelle, d'une porte triomphale, d'une exèdre sur le forum ou d'une modeste fontaine. L'abondance et le luxe de ces monuments supposent une richesse inouïe. Ils indiquent le merveilleux degré de prospérité auquel était parvenue la province d'Afrique sous la domination romaine. »

Vers le soir, je quittais la cime où gisent les débris superbes de l'antique cité et je regagnais Teboursouk.

Le lendemain l'hôtesse s'occupait de me procurer des montures pour me conduire à Béjà, à travers les solitudes. Un Arabe s'engageait pour un prix déterminé à se trouver à trois heures devant la porte de l'hôtel avec deux chevaux sellés, un pour moi, un autre pour un guide et une mule pour les bagages et le muletier. D'après lui quatre heures devaient amplement suffire pour eff"ectuer le trajet.

A l'heure dite, les chevaux n'étaient pas arrivés. On se met en quêle de l'Arabe

et il paraît enfin beaucoup plus tard avec un cheval noir tout empanaché, superbe d'allure, avec sa haute selle rouge et ses lourds étriers, des amulettes au cou et une large bride brodée d'or.

L'hôtesse avait choisi pour me guider un garçon charmant, très ouvert, ayant vu Marseille et Lyon. Il répondait au nom d'Hammouda; Quant au muletier, c'était le plus banal des habitants de Teboursouk.

Nous voici tous en selle. Hammouda est un peu dépité de ne pas avoir un cheval aussi brillamment harnaché que le mien.

Au moment de partir, notre loueur de chevaux réclame le prix de sa location . Pourtant il était entendu que je n'en devais remettre que la moitié, le suri)lus devant être payé à destination, comme garantie. Et qui plus est, il se plaint d'avoir traité trop bon marché et assure qu'il ne peut, dans ces conditions, nous laisser partir. Il pensait que je m'exécutei'ais afiu de nepasperdi*e de temps et pour éviter de voyager la nuit dans des régions désertes. Alors je tirai de ma poche une lettre dont M. Roy, secrétaire général du gouvernement tunisien, m'avait muni pour tous les Kaïds de Tunisie, et je dis à l'Arabe sévèrement : « Puisque tu es un voleur, regarde, je vais te faire metti^e en prison! » Notre homme n'en entend pas davantage, il s'aplatit, me baise la main et s'esquive en disant : « Maître, tu payeras à Hammouda à l'arrivée. » C'est la seule fois que j'ai présenté la lettre de M. Roy, mais elle m'a rendu grand sei'vice ce jour-là.

Nous partons enfin etcomme je fais mes adieux à l'aimable hôtesse, un Arabe, serviteur dans la maison, répand un peu d'eau derrière nous sur le sol. Arrivé sur la route, au bas de la pente, je me rapproche d'Hammouda : « Pourquoi, lui disje, a-t-on jeté de l'eau sur nos talons?

— « Comment, tu ne le sais pas? Cela veut dire : je souhaite que l'eau t'accompagne en chemin, afin que tu ne souffres point de la soif. Tu sais, l'eau est rare en Tunisie et surtout dans le sud. On couche bien dehors, on peut emporter des provisions, mais l'eau manque souvent. »

Et cet usage me parut touchant.

Hammouda considérait toujours mon cheval avec un œil d'envie. Il est certain qu'il faisait triste figure sur le cheval blanc avec une vieille selle à l'anglaise et des étriers rouilles. D'autre part, la haute selle en bois et les larges étriers arabes me fatiguaient beaucoup. Je lui proposai de changer de monture et c'est avec le plus vif empressement qu'il accepta cette offre. Le voilà sur le cheval noir galopant sur la route, tout fier, allant devant nous, revenant à bride abattue, faisant la fantasia avec ma carabine, le manteau flottant au veut. Lorsque sa joie se fut un peu calmée :

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