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A PROPOS DU CHEVAL

" Maintenant, Sidi, fît-il, j'ai regret d'avoir accepté ton cheval, tu n'as pas regardé le tien, celui que je montais, il a sur la partie gauche du poitrail une toufTe de poils noirs en tire-bouchon.

— « Oui, je l'ai vu, c'est une singularité, voilà tout. En quoi peut-elle me gêner?

— « Cela veut dire, Sidi, que ce cheval porte malheur; je ne sais où le loueur l'a pris, mais les Arabes n'en voudraient pas, car ce signe indique de grosses pertes d'argent pour son propriétaire, une longue maladie ou la mort prochaine. Et ces malheurs peuvent aussi rejaillir sur ceux qui montent ces chevaux. Je préfère aller à pied, reprends ton cheval, maintenint j'ai fait un peu de fantasia, je suis content. »

Je rassurai Hammouda de mon mieux, mais je n'arrivai pas à le convaincre ; il hochait toujours de temps à autre la tête après avoir considéré à la dérobée le poitrail de ma monture.

Nous étions arrivés sur un plateau et nous allions à travers des bois d'oliviers. L'heure était charmante, le soleil commençait à allonger un peu les ombres, et nous cheminions caressés de doux reflets, au chant des oiseaux.

J^'homme aux bagages, toujours en arrière, était silencieux, il parlait à peine le français d'ailleurs.

Je demandai à Hammouda quels étaient encore les signes qui faisaient reconnaître un cheval de mauvais augure.

« Un cheval noir ou bai, me dit-il, orné d'une étoile blanche entre les yeux et dont un rayon s'allonge plus que les autres, soit à droite, soit à gauche, est mauvais. N'en achète jamais et si tu en as, vends-les.

« Quant au cheval entièrement noir {jusqu'aux lèvres n'en parlons pas, un [•roverbe dit :

« Ne vends pas ton cheval noir.

« Et n'achète pas le cheval noir des autres.

« De même pour celui dont la robe ressemble à celle d'une vache.

— " Oui, le cheval pie.

— « Celui qui ne se vend ni ne s'achète non plus n'a que du rouge et du blanc, et le blanc se localise sous le ventre et sur les côtés.

« Garde-toi surtout de celui dont le dessous des sabots est noir, tu mourrais sur lui, soit à la bataille, soit en voyage, soit même par accident en promenade. Mais si l'étoile du cheval noir se prolonge jusqu'au milieu des naseaux, tu sais, à l'endroit où l'eau arrive lorsqu'il boit, il est de bon augure, tu peux l'acheter.

« Mais ne manque pas l'occasion d'avoir celui qui porte de chaque côté du

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cou comme un épi de poils inclinés le? uns vers les autres, remontant au-dessus

des oi*eilles et x*éunis sur le front en touffe frisée. Celui-là est excellent, surtout s'il

est bai; son maître est appelé à faire de gros bénéfices dans toutes ses entreprises. « Sais-tu ce qu'on fait en Tunisie lorsqu'un cheval est atteint de la rahsa,

cette maladie du sabot qui l'oblige à marcher sur trois pattes ?

« Eh bien, on écrit les noms de quarante menteurs, (on n'a pas de peine à les trouver, il y en a tant!) sur un morceau de papier que l'on met dans un sachet de cuir et on suspend ce sachet au cou de la bête, comme on fait pour les amulettes. Elle guérit toujours. Lorsque nous parlons de quelqu'un connu pour les mensonges, nous disons : Son nom s'écrit pour la rahsa. »

Et en devisant ainsi nous avions quitté les oliviers et nous étions arrivés sur une hauteur. Devant nous s'allongeait une plaine et en face sur une montagne élevée le ruban clair de la route se déroulait.

Le paysage était désert,

on n'apercevait, vers le sommet, qu'un marabout isolé. Hammouda regarda le soleil. « Par Allah ! dit-il, devenant grave tout à coup, pressons l'allure des

chevaux, car la nuit va nous surprendre. Voici trois heures que nous chevauchons

et nous ne sommes pas à la moitié du chemin. »

Malheureusement le sentier qui dévale est affreux, on avance à grand'peine. « Et surtout, me criait Hammouda qui avait pris les devants, ne laisse pas

trébucher ton cheval, cela te porterait malheur. »

Au fond de l'étroite vallée serpente un ruisseau bordé de lauriers-roses, nous

MAUSOLEE DE SIDl-AICH

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