UNE NUIT PAR LES SOLITUDES
le traversons à gué sous de grands eirceaux fleuris. Nous gravissons la pente opposée. La route est bonne maintenant et c'est une course folle que nous faisons. La terre retentit sous le trot des chevaux et des vols de perdi'eaux effarés s'enfuient des champs voisins. Nous avons dépassé le marabout et franchi un col sur la crête de la montagne; nous entrons dans une région déserte, côtoyant des pentes, descendant au fond de précipices pour remonter aussitôt. C'est de toutes parts la grande solitude austère que le crépuscule assombrit.
La nuit. . . nous trottons toujours. On ne parle plus et dans les ténèbres on n'entend que le pas des chevaux, sur la route on ne voit que les silhouettes farouches des monts d'alentour. Plus loin, à travers l'ombre, nous arrivent les aboiements plaintifs des chacals. Le muletier, qui n'avait soufflé mot depuis le départ, s'approche et me dit d'une voix sourde : « Ecoute, Sidi, on ne sait quelles rencontres on peut faire dans ce pays perdu ; glisse deux balles dans ta carabine, arme et tiens-toi prêt à tout événement. » Le ciel était si noir, tout ce qui nous entourait avait un tel aspect tragique que je fis ce qu'il disait. . .
Combien de temps dura cette course? Je n'avais plus conscience ni du temps ni de l'heure, on marchait et on marchait encore et depuis longtemps lorsque subitement, a{>rès une descente interminable qu'accompagnaient toujours les cris des chacals, une large vallée s'ouvrit. Autour de nous les sombres cimes hérissées de broussailles se séparaient devant l'échappée sur l'espace aux fluidités de rêve, semé de tremblottantes lueurs. Et dans les mystères lointains on eut dit que de blanches nuées flottaient, il s'en exhalait comme des souffles tièdes. C'était la grande vallée de la Medjerdah!
Devant nos pas des ravines dénudées, livides, dévalaient vers le mystère des
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