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LA SCÈNE DU THEATRE DE DOUGGA

bas-fonds où l'on ne distinguait qu'un vague chaos, sans consistance et sans couleur. Nous coupons à pic à travers les ravines. Soudain le sifflet lointain d'une locomotive traverse la nuit et un sourd roulement monte des profondeurs.

« Voici le départ de Pont Trajan manqué, dis-je à Hammouda, il est 9 heures. A quoi bon nous presser maintenant? »

J'étais inquiet. Il n'y a rien sur ces rives malsaines, ni auberges, ni villages pour passer la nuit. La station est isolée et le seul train du soir passe à 9 heures.

Cependant nous étions arrivés sans accident dans la vallée et nous apercevions les feux de la station encore lointaine. Après un temps de marche assez long nous arrivons sur les bords de la Medjerdah qu'il fallait traverser à gué. Hammouda, toujours en avant, sur son cheval noir, allait et venait sur les bords de la rivière cherchant le passage. 11 ne le trouvait pas et pourtant quelques rayons de lune filtrant à travers le brouillard nous éclairaient de leur pâle lueur . Devant nous l'eau coulait, on entendait son froissement sur les cailloux, et c'était inquiétant d'errer ainsi devant cette rivière où nous ne pouvions nous aventurer au hasard, car la nappe tranquille cache des gouffres où l'on peut subitement disparaître . Nous remontons plus haut et après bien des recherches nous apercevons enfin un poteau indicateur.

A la suite d'Hammouda nous nous engageons dans la rivière. Un quart d'heure après nous étions à Pont Trajan où je m'asseyais à une table d'hôte. 11 était dix heures et demie, le train avait deux heures de retard, rien n'était perdu.

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