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années, des « Sociétés indigènes de prévoyance » dont le « fonctionnement est ol)ligatoire poui" les indigènes » et dont les « ressources sont alimentées par des centimes additionnels à l'impôt direct ». M. Alapetite, parlant de ces sociétés à la tribune de la Chambre, ajouta : « Les Sociétés de prévoyance font l'avance, au prix coûtant, aux indigènes, des semences dont ils ont besoin si l'année a été mauvaise, ou même, quand l'année a été bonne, si l'indigène a eu l'imprévoyance de se démunir de sa récolte avant le moment de semer ; il a ainsi le grain nécessaire sans devenir pour cela le prisonnier de l'usurier. [Très bien! très bien!) Malheureusement, les premières années qui ont suivi l'institution des Sociétés de prévoyance indigènes ont été très mauvaises, en sorte que, chaque fois, la somme accumulée par les cotisations des indigènes a été absorbée par les prêts de semences, ce qui nous a interdit de fonder sur cette institution nouvelle des œuvres d'une autre portée que nous avions déjà conçues. L'année 1911 a été heureusement très favorable. 11 a plu beaucoup. Nous n'avons pas eu à faire de prêts de semences, et nous avons ainsi pu disposer des sommes considérables qui étaient déjà dans la caisse des Sociétés de prévoyance. Nous en avons profité pour instituer tout de suite le prêt à long terme au profit des agriculteurs indigènes. [Très bien! très bien!) Nous n'avons pas pu le faire tout de suite partout.

« Je nai pas besoin de faire remarquer que c'est une œuvre délicate, qu'il est indispensable d'approprier aux habitudes spéciales de chaque région. Nous avons commencé par les régions oii la propriété indigène était le mieux et le plus nettement assise, oij, par conséquent, le gage à offrir était le plus simple. Et nous avons imaginé là, mettant à profit les habitudes de solidarité de la population indigène, un mode de gage qui remplace très heureusement les signatures multiples que l'on demande dans la métropole. Nous avons décidé que tout contribuable appartenant à la Société indigène de prévovance du Djerid serait solidaire de ses compatriotes jusqu'à concurrence

de deux années du principal de l'impôt direct qu'il paye. Nous espérons bien que colle g-arantie ne jouera pas, mais elle nous a suffi pour obtenir des élablissements de crédit qu'ils missent à noire disposition les sommes dont nous avions besoin. Déjà, la Société indigène du Djerid est saisie de demandes de prêts à long terme pour plus de 500.000 francs. 11 ne s'agit pas, croyez-le bien, messieurs, d'un stimulant donné à cette population indigène pour l'amener à emprunter, alors qu'auparavant elle n'en aurait pas senti le besoin. Il s'agit, au contraire, pour elle, de se rédimer des dettes anciennes, qui pesaient si lourdement sur elle. Nous allons continuer. Nous avons déjà étendu l'institution des Sociétés de crédit à plusieurs autres contrôles, à plusieurs autres caïdats. Nous sommes assurés que les idées de saine raison économique se propageront de plus en plus dans la population indigène et aussi, en attendant que les usuriers disparaissent, que nous allons faire baisser considérablement le taux de leurs prétentions. On me disait dernièrement que, dans la petite ville de Souk-el-Arba, tout près de la frontière algérienne, où il y a une population considérable d'immigrants kabyles, qui pratiquent l'usure, ces Kabyles avaient été obligés de repasser la frontière, ne faisant plus leurs affaires. Ils ne pouvaient plus placer leur argent à assez gros intérêts. » [Très bien! très bien!)

M. Alapetite ne pouvait pas dire à la Chambre que la création des Sociétés indigènes de prévoyance est son œuvre et marqua l'esprit de la politique qu'il se proposait d'appliquer aux indigènes. Le décret qui a créé ces Sociétés est du 20 mai 1907. (M. Alapetite avait pris possession de la résidence générale le 7 février 1907.) Il assigna aux Sociétés indigènes de prévoyance le rôle complexe que voici :

1" Permettre à leurs adhérents, par des prêts en argent ou en nature, de faire leurs ensemencements, de développer et d'améliorer leurs cultures et leurs plantations, leur outillage agricole et leurs troupeaux ;

2° Venir en aide, par des secours temporaires, aux

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indigènes pauvres, cultivateurs ou ouvriers, gravement atteints par les maladies, les accidents, les calamités agricoles, les épizooties, etc.

3" Contracter des assurances collectives contre l'incendie, la grêle, etc. ;

4" Grouper leurs membres en associations coopératives d'achat et de vente.

Un décret du 11 janvier 1911 autorisa, en outre, les Sociétés indigènes de prévoyance à consentir à leurs membres des prêts hypothécaires à court ou à long terme. Les emprunteurs peuvent ainsi non seulement se procurer les semences dont ils ont besoin, mais améliorer leurs plantations ou en créer de nouvelles, acheter des outils ou des animaux et, d'une manière générale, perfectionner les conditions de leurs exploitations agricoles.

Le but principal des Sociétés indigènes de prévoyance étant d'assurer des semences au.v agriculteurs indigènes, il leur a été imposé l'obligation de réserver constamment une partie de leur encaisse pour faire face aux demandes d'avances pour semences. Le montant des prêts consentis pour quelque objet que ce soit ne peut pas excéder 60 p. 100 de la valeur des biens offerts en gage.

L'État consent aux Sociétés de prévoyance indigènes et aux associations coopératives d'achat et de vente, des avances, non productives d'intérêts, dont le montant, pour les sociétés de prévoyance, peut s'élever jusqu'à 500.000 francs.

D'autre part, alin de permettre à ces Sociétés de faire des prêts hypothécaires, il a été décidé par le décret de 1911 que l'Etat pourrait leur faire des avances générales, prélevées sur les redevances annuelles de la Banque de l'Algérie, à concurrence de la moitié du total cumulé de ces redevances, l'autre moitié étant réservée aux œuvres de mutualité créées par les Français et ouvertes aux indigènes. Le même décret autorise les Sociétés de prévoyance indigènes à contracter des emprunts auprès de tiers agréés par le gouvernement, en déposant comme gage tout ou partie de leur actif.

De 1007 à 19H, les Sociétés de prévoyance avaient réparti entre leurs adliérenls pour 4 millions de prêts de semences de céréales. En 1912, elles en ont réparti pour environ 2 millions de francs.

Les dispositions du décret du 2(5 janvier 1911 ont été d'abord appliquées dans le Djerid, puis étendues aux contrôles civils de Sousse et de Souk-el-Arba. Elles seront ultérieurement appliquées dans les autres régions de la Régence. Dans le Djerid où le taux des intérêts était de 40 à 50 p. 100, l'application du décret de 19H a fait tomber le taux à des chiffres normaux. 11 a, pendant la guerre, beaucoup contribué au soulagement des misères qu'elle a déterminées.

I X. — L'enseignement agricole, pour les indigènes

L'organisation dont les écoles primaires indigènes sont dotées depuis quelques années, en Tunisie, pourrait être utilement consultée par notre Ministère de l'instruction publique, car elle tend à faire des petits Tunisiens non point des mandarins comme le deviennent les meilleurs élèves de nos écoles primaires, mais des agriculteurs ou des ouvriers. Dans le Rapport au président de la République pour 1909, je lis avec un véritable plaisir ce qui suit : « Des notions de culture sont données dans la plupart des écoles de l'intérieur, un certain nombre sont pourvues d'un jardin et d'un petit champ de démonstration; l'instituteur y établit la supériorité des méthodes culturales modernes sur les procédés indigènes... Des jardins scolaires ont été acquis à Kebili, à Foum- Tatahouine, à Djerba, etc. On s'efforcera d'y faire réussir la culture des légumes et des primeurs qui peut être une source de richesse pour la région des oasis ». Il s'agissait, on le voit, d'une œuvre naissante.

L'utilité, la nécessité même en était établie dans les lignes suivantes du rapport, que l'on peut recommander à la méditation de la direction métropolitaine de l'enseignement primaire car elles s'appliquent à un grand nombre

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de nos paysans ol surtout à leur progéniture : « La généralisation de ces etl'orts s'impose avec un intérêt d'autant plus pressant que l'agriculture est en général tenue en piètre estiiiie par la partie aisée de la classe indigène qui préfère les carrières administratives ; on voit trop souvent des fils de gros agriculteurs renoncer à cultiver euxmêmes pour ne pas s'astreindre aux travaux des champs considérés comme serviles. Un fait typique en passant : quelques élèves d'une école du Sud, au moment où il fut question de leur donner un enseignement horticole pratique dans le jardin scolaire, proposèrent à leur maître de faire faire le travail pai* leurs khammès. Seule l'école, par l'action à longue échéance qu'elle exerce, parait pouvoir entreprendre cette réhabilitation de la terre et arriver à remplacer, dans un laps de temps qui sera peut-être considérable, le fellah d'aujourd'hui, obstiné dans son ignorance, par un ouvrier agricole conscient de la supériorité de nos procédés de culture.

« Si le zèle des instituteurs actuels est à la hauteur de cette tâche, si d'autre part il est relativement facile de préparer pour l'avenir un personnel possédant toutes les connaissances techniques nécessaires en faisant suivre aux élèves-maîtres les cours d'agronomie professés au collège Alaoui, l'instrument premier de cette réforme par l'enseignement, le livre, fait encore défaut; mais des démarches sont entreprises pour doter la clientèle indigène de nos écoles d'un manuel d'agriculture pratique et concis qui pourra d'autre part, une fois traduit en arabe, être répandu dans les milieux agricoles et contribuer à l'instruction des adultes. »

Le rapport de 1910 prouve que M. Alapetite poursuit avec ténacité son but et tient à faire de l'école primaire tunisienne une institution essentiellement sociale, pratique et utile aux indigènes dans tout le cours de leur existence. On y lit, en effet, ce qui suit : « On s'est attaché à multiplier le nombre des jardins scolaires^ étan^ entendu qu'il ne s'agit plus de menus enclos consacrés à la production de quelques fleurs, mais de véritables petits

cliamps d'expériences, ou tout au moins de démonstration, pouvant servir à l'instruction des indigènes adultes comme à celle des élèves. Actuellement, sur 48 écoles rurales fréquentées par une majorité d'mdigènes, 36 possèdent des jardins.

« L'effort a surtout porté sur le Sud où nos établissements scolaires doivent jouer un rôle éducatif d'autant plus grand qu'ils sont plus clairsemés, et qu'ils représentent à peu près le seul instrument dont nous puissions nous servir pour civiliser des populations encore très arriérées. Des obstacles sérieux ralentissent d'ailleurs l'exécution complète du programme d'enseignement agricole qui conviendrait à ces régions : il est difficile de trouver près des écoles des terrains convenables, les formalités d'acquisition sont longues et compliquées et l'irrigation est un problème toujours malaisé à résoudre. A l'heure actuelle, en dehors de El-Adjim, Ben-Gardane, Chenini, Houmt-Souk, Foum-Tatahouine, El-Hamma, Kebili, Médenine, Nefta, qui possèdent des jardins, trois centres plus importants ont été créés à Gabès, Gafsa et Zarzis. Dans chacune de ces oasis un grand champ d'expériences a été acquis par la Direction de l'Agriculture, une partie en a été cédée à celle de l'Enseignement, et des notions pratiques y sont données, soit par l'instituteur, soit par un jardinier, aux enfants des écoles et aux adultes, pour lesquels des conférences spéciales sont organisées. On s'efforce d'amener les indigènes à la culture des primeurs, et on leur enseigne les procédés de l'arboriculture, deux sources d'enrichissement possible pour les oasis.

« Dans le Nord, où la colonisation française est établie, des essais d'apprentissage agricole cliez des colons de bonne volonté ont été tentés. Quelques exemples peuvent être cités de ce qui a été fait dans cette région. A Grombalia, quatre jeunes gens qui suivent les cours de l'école, choisis parmi les fils de cultivateurs, ont été placés ciiez des colons du voisinage. Ils s'y rendent trois fois par semaine, le matin, et effectuent, tour à tour, sous la direc-

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tion du chef de l'exploitation, tous les travaux agricoles. A leur rentrée en classe, le maître leur enseigne la théorie des notions pratiques acquises à la ferme. Une tentative du même genre a été organisée à Béjà. On s'occupe de faire un essai semblahle à Zaghouan. A Soliman, pays de terres fertiles et de culture maraîchère intensive, l'instituteur s'est fait donner par un gros cultivateur indigène la disposition d'une partie de sa propriété jusque-là cultivée à l'Arabe. Aidé par ses élèves, il l'a transformée en un véritable champ d'expériences ; il cultive, remet au propriétaire les fruits de l'exploitation, bien supérieurs aux produits des terres voisines, et convoque périodiquement les notables de la localité à cette démonstration éclatante de la supériorité des cultures modernes.

« Dans le Sahel, deux anciens élèves de Lansarine, nommés moniteurs de culture, ont été affectés, chacun à un groupe d'écoles rurales dont ils doivent visiter tour à tour les jardins.

« La réorganisation de l'école d'agriculture indigène de Lansarine a permis de fonder à Smindja, près de Zaghouan, avec le concours de Tadministration des Habous, la ferme-école de Sidi-Nasseur, ouverte en octobre 1914. C'est une école spéciale d'agriculture, annexée à une exploitation modèle, oi^i l'on complète les notions agricoles élémentaires données dans les écoles franco-arabes. On se propose, par un enseignement d'un caractère avant tout pratique, de former une élite d'agriculteurs indigènes, recrutés parmi les fils de propriétaires fonciers musulmans, en leur montrant comment améliorer les méthodes des cultivateurs indigènes et par là comment augmenter le rendement des terres. La durée des études est de trois ans ; les promotions se composent chacune d'une vingtaine d'élèves. »

L'administration a dû, en effet, se préoccuper d'adjoindre aux instituteurs des jardiniers ayant les connaissances techniques que la pratique seule permet d'acquérir. On lit, à cet égard dans le Rapport au président de la République pour 1912 : « En organisant l'apprentissage

agricole dans certains jardins d'essais, radministralion compte bien que les futurs jardiniers à adjoindre aux instituteurs des écoles rurales pourront se recruter parmi les jeunes gens qui font aujourd'hui cet apprentissage à Tunis, Kairouan, Sousse <'t Gabt'S, ainsi qu'à Sfax oij une section d'apprentis a été constituée au jardin d'essais dansles mêmes conditions qu'à Tunis. En décembre 1912, l'effectif total de ces diverses sections d'apprentissage agricole s'élevait à 55 apprentis, dont 25 àGabès... On peut, dès maintenant, prévoir le moment prochain oi^i la section agricole de Gabès — avec internat — constituera, pour l'Extrême- Sud, le centre où les indigènes viendront s'initier à la culture en oasis. Peut-être deviendra-t-elle un jour la pépinière où pourront se recruter les moniteurs agricoles et les jardiniers indigènes à adjoindre aux instituteurs ruraux du Sud ».

D'après le même Rapport : « A la fin de 1912, sur 76 écoles de garçons fréquentées par une majorité d'indigènes, dont 67 écoles rurales, 50 de ces dernières possédaient des jardins ou champs' d'expériences représentant une superficie totale de 31 hectares ».

L'organisation de l'enseignement pratique, dans les écoles de la Tunisie, se poursuit donc activement d'année en année, pour le plus grand profit des indigènes et de l'agriculture indigène.

Il importe de noter que les indigènes ne sont pas du tout rebelles à l'adoption des procédés de culture et de l'outillage agricole des Européens. Les colons se félicitent généralement des services qui leur sont rendus par leurs ouvriers et employés indigènes. Ceux qui ont bien voulu s'en donner la peine sont parvenus à leur faire faire la plupart des besognes qui, au début de la colonisation, étaient exécutées par des Européens. M. Coeytaux dit au sujet de l'adoption par les indigènes de nos procédés de culture : « Je constate aussi que les indigènes ne sont pas réfractaires au progrès; ils ont constaté que les bonnes cultures étaient préférables à celles rudimentaires qu'ils ont pratiquées jusqu'à ce jour. Plusieurs fellahs m'ont chargé de leur

procurer des charrues vigneronnes ; maintenant il y a autour de chez moi plus de 30 de ces instruments. Ils ne se sont pas encore mis aux labours de printemps, mais cela viendra peut-être bientôt ' «.

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