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rouges de leurs ancêtres et portent des pantoufles ou des souliers fabriqués avec un cuir verni, d origine française ou italienne.
« Rien ne serait plus aisé, disais-je dans la première édition de ce livre, que de créer en Tunisie des tanneries perfectionnées. Un tan d'excellente qualité serait fourni par Fécorce des chênes du Nord de la Réo^ence ; quant aux peaux de bœufs, de moutons, de ciievreaux, etc., elles sont très abondantes.
La troisième industrie indigène de quelque importance est la teinturerie. Celle de Zaghouan, pour les chéchias, était la plus renommée. On attribuait la qualité de ses produits àTeau qui descend des montagnes s'élevant derrière la ville. Aujourd'hui il n'y "a plus de teintureries à Zaghouan.
A Sfax il existe des teinturiers indigènes qui teignent chaque année une grande quantité de cotonnades dont la majeure partie vient d'Angleterre. La couleur bleue est presque la seule donnée à ces étoffes, qui sont destinées aux vêtements des femmes de la campagne ; elle est obtenue par Findigo.
Nous trouvons ici un exemple du goût très particulier qu'ont les habitants du continent africain pour les teintures de bonne qualité. A la côte occidentale d'Afrique comme en Tunisie, ils ne se préoccupent que fort peu de la solidité de Fétoffe, mais ils repoussent absolument celle qui n'est pas teinte à l'aide de Findigo.
Comme les industries dont nous avons déjà parlé, la teinturerie tunisienne n'emploie que des procédés très primitifs. L'outillage se compose principalement de cinq jarres d'une contenance moyenne de cent litres, renfermant des bains de différentes forces par lesquels on fait passer successivement les pièces de cotonnade. Chaque série de bains sert à teindre dix pièces. La réduction de Findigo est obtenue à Faide de la chaux.
Les ouvriers teinturiers indigènes ne manquant pas en Tunisie, et ayant l'habitude de se contenter d'un salaire minime, il n'est pas douteux qu'il serait aisé de donner à
l'industrie de la teinture une vigoureuse impulsion avec la certitude de réaliser de jolis bénéfices. Mais il faudrait s'appliquer à imiter très exactement les procédés indigènes, afin de ne pas perdre la clientèle très méfiante des teintureries actuelles.
Le tissage du colon, de la laine et même dç la soie est très répandu dans les diverses parties delà Régence, mais on n'y fait que très peu d'étoffes de prix; celles que portent les indigènes viennent presque toutes d'Europe.
On trouve des tisserands dans toutes les villes, jusque dans les gourbis des campagnards et sous les tentes des tribus nomades. Les métiers sont extrêmement rudimentaires, mais les ouvriers sont assez habiles. Les tapis de Kairouan et les couvertures de Djerba jouissent avec raison d'une certaine renommée. Les burnous de laine fabriqués par les nombreux tisserands de Ksour-Métameur et de Ksour-Médénine sont grossiers, il est vrai, mais d'une extrême solidité. Les étoffes légères à bandes de soie rouge ou bleue alternant avec des bandes blanches de coton grossièrement filé, qui sortent des mains des ouvriers de Tunis et de quelques autres villes, ne manquent pas de caractère. Les lainages blancs avec lesquels sont faits la majeure partie des burnous sont solides et souples. En un mot, si le métier est mauvais, on peut dire sans exagération que l'ouvrier est bon.
Mais le travail manque chaque jour davantage au tisserand indigène. L'extrême simplicité des métiers mis en œuvre entraîne une lenteur de fabrication qui élève considérablement le prix du produit et le met hors d'état de lutter contre les tissus moins solides, mais beaucoup moins chers et plus séduisants à IVeil des industries européennes qui envahissent le marché tunisien. On importe dans la Régence non seulement, les cotonnades destinées à la confection des vêtements des indigènes, mais même les tapis et les étoffes plus riciies que recherchent les amateurs et que ceux-ci achètent dans les magasins de la Tunisie croyant qu'ils ont été fabriqués dans le pays.
« Il serait cependant possible, à notre avis, disais-je-,
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dans la première édition, d'utiliser les tisserands tunisiens pour le plus grand profit de leur pays et des capitaux français. 11 serait facile de les iiabituer à se servir dun métier plus perfectionné, et l'on pourrait alors les appliquer à la fabrication d'étoffes que la Tunisie achète aujourd'hui aux Anglais. Avec des avances de fonds permettant à l'ouvrier d'acheter un outil meilleur, et moyennant la fourniture de la matière première, un industriel habile bénéficierait de l'excessif bon marché de la main-d'œuvre indigène. Je me borne à soulever ici cette question, laissant aux intéressés le soin de l'approfondir. »
A côté du tissage, nous devons parler de la fabrique tunisienne des chéchias. La chéchia, que portent tous les indigènes, sans distinction de catégories sociales, diffère de celle des autres pays musulmans. Au lieu de h^ forme en tronc de cône qu'affecte le bonnet des Turcs, des Egyptiens, des Algériens, etc., elle est tout à fait cylindrique et surmontée d'un petit appendice qui sert de support à un gland toujours très long et très gros, teint en bleu indigo. Ces chéchias sont fabriquées, ou, du moins, étaient autrefois exclusivement fabriquées à Tunis et teintes en rouge par la garance de Zaghouan. C'était pour ces deux villes une source importante de richesse. Mais cette industrie dépérit comme celles dont nous avons déjà parlé et pour les mêmes motifs. Fabriquées à l'aide de procédés très primitifs, les chéchias de Tunis coûtent trop cher pour faire concurrence à celles qu'on importe du dehors. Dans cette industrie comme dans la précédente, l'ouvrier étant d'une réelle habileté, le bas prix relatif de la maind'o^uvre permettrait à un industriel français de faire valoir avec avantage ses capitaux.
Parmi les anciennes industries tunisiennes, il en est une particulièrement intéressante : c'est celle de la fabrication des faïences peintes et émaillées qui décorent le sol et les murs de tous les anciens palais. Les Italiens inondent depuis longtemps la Tunisie de carreaux à bas prix, devant lesquels ont définitivement succombé les produits beaucoup plus beaux, mais aussi beaucoup plus chers de l'in-
dustrie locale. Kn laveui' de la nécessité du relèvement de celle-ci, il importe de noter la persistance du goût des riches tunisiens pour les faïences émaillées. Tous les appartements des riches maisons tunisiennes sont carrelés et souvent tapissés à l'aide de ces faïences, fournies actuellement par l'Italie.
Quant aux ouvriers capables de creuser dans le plâtre les magnifiques arabesques dont sont ornés la plupart des vieux plafonds des palais tunisiens il n'en existe plus qu'un petit nombre. Je crois savoir que l'administration actuelle du Protectorat se préoccupe de relever cette fort intéressante industrie.
En résumé, les industries indigènes de la Tunisie, après avoir joui d'une assez grande prospérité, sont tombées en décadence. « Il serait aisé, disais-je dans la première édition de ce livre, de les relever. » Des tentatives ont été faites, depuis quelques années, pour restaurer un certain nombre d'entre elles. En même temps que M. Alapetite se préoccupait de l'enseignement agricole des indigènes, il s'attachait à créer, dès l'école primaire, des ouvriers pour les diverses industries. Des résultats notables ont été déjà obtenus pour la pêche, le tissage, les tapis, la broderie sur étoffes et cuirs, les faïences, etc.
On lit à ce sujet dans le Rapport sur l'année 1910 les renseignements que voici : « L'école de pêche et de navigation dirigée à Sfax par M. Gapriata fonctionne comme établissement de second degré. La direction de l'Enseignement étudie, de concert avec celle des Travaux publics, le programme dun enseignement spécial qui y serait donné en vue de former des instituteurs pour les écoles du littoral. Les connaissances acquises trouveraient leurs sanctions dans un diplôme spécial, délivré en fin d'études.
« L'enseignement du tissage, industrie qui occupe beaucoup d'ouvriers en Tunisie, mais qui est pratiquée au moyen de procédés tout à fait défectueux, a été développé, à Tunis, à l'Ecole Emile-Loubet, et organisé à Ksar- Hellal (Sahel). A Tunis, à l'atelier de tissage de l'Ecole
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professionnelle, les résultats attendus de la présence des élèves adultes se sont déjà produits. » • L'atelier de tissage de l'Ecole Emile-Louhet a été ouvert le 1"' octobre 1909. Il a des cours de jour qui, en 1910, furent suivis par une dizaine d'élèves indigènes, et des cours du soir fréquentés, la môme année, par une soixantaine d'élèves. Le rapport de 1910 dit à ce sujet : « Les résultats espérés lors de l'installation de l'atelier commencent à se manifester. Par les soins de l'Ecole, des métiers à bras lyonnais ont été achetés et revendus aux indigènes qui en désiraient, dans des conditions très avantageuses et avec facilités de paiement... Quelques indigènes ont modifié leurs anciens métiers d'après ceux qu'ils avaient vu fonctionner à l'école n.
A Ksar-Hellal, centre d'un pays oi^i le tissage du coton est beaucoup pratiqué, il a été adjoint à l'école un atelier oii furent installés, en 1910, un métier de Lyon pour les étoffes de soie et un métier d'Orléans pour les cotonnades. A la tète de l'atelier se trouve un moniteur indigène, ancien élève de l'Ecole Emile-Loubet ; il enseigne le tissage, théoriquement et pratiquement, aux élèves de l'école et aux adultes de la localité, qui viennent suivre ses leçons. Les tisserands de la région ont commencé d'appliquer sur leurs vieux métiers les procédés modernes enseignés à l'école et quelques-uns ont acheté des métiers français.
L'industrie des tapis a été l'objet de mesures analogues à celles dont il est question ci-dessus. Le rapport pour 1910 dit à propos des tapis de Kairouan : « De nombreuses maquettes en couleur, reproduisant des dessins de tapis anciens, ont été mises à la disposition des ouvrières. Des métiers nouveaux, de modèles divers, leur ont été cédés. Ln appui efficace a été prêté à la Manufacture de tapis, société essentiellement indigène, pour l'installation d'une teinturerie moderne ».
La commission de relèvement des arts indigènes s'est également préoccupée des tapis d'El-Oudref (oasis voisine de Gabès) et des tribus nomades des Zlass (centre tuni-
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sien). Des avances en argent ont été faites et des métiers nouveaux ont été cédés aux indigènes.
On s'est préoccupé aussi d'enseigner la fal)rication des tapis aux filles indigènes des écoles primaires. « En raison de la vogue croissante dont les produits jouissent en Europe, dit le rapport pour 1010, cette industrie familiale peut devenir une profession rémunératrice pour la femme musulmane, que sa claustration met dans l'impossibilité de gagner sa vie au dehors. »
Le rapport pour 1912 dit encore : « Etudiant les movens de relèvement de l'industrie, autrefois florissante à Kairouan, du tissage des étoffes de laine et notamment des couvertures, nous cherchons à introduire dans cette ville un nouveau type de métier adapté à ce tissage spécial... Des apprentis kairouannais venus à Tunis pour s'exercer à l'usage du nouveau métier, sont prêts à rentrer à Kairouan où ils l'emploieront... Des démarches sont faites auprès de l'administration des Habous pour qu'elle veuille bien substituer dès maintenant le nouveau métier à l'ancien dans les ateliers de tissage qu'elle loue elle-même, outillage compris, aux artisans de Kairouan. On a créé également à Kairouan un petit atelier de démonstration pour le tissage, annexé au laboratoire de teinture. Les leçons pratiques du moniteur de cet atelier doivent s'adresser aux élèves de l'école franco-arabe, à des apprentis et à des tisserands adultes ».
Cette préoccupation fort sage a déterminé l'administration de M. Alapetite à multiplier autant que possible les écoles de fdles musulmanes, en leur faisant donner un enseignement pratique. Au 31 décembre VM2 il existait de ces écoles dans 8 centres et elles avaient 613 élèves, dont 78 à Tunis, 112 à Nebeul, io2 à Kairouan, 82 à Sousse, 72 à Soliman, etc. A Nebeul l'enseignement de la broderie et de la dentelle « a pris, dit le Rapport, le caractère vraiment utilitaire d'une production industrielle régulière, permanente et aux débouchés assurés ».
Afin de faire connaître les produits de ces industries, il a été créé, dans un grand magasin de Tunis, un dépôt des