‹ La TunisieChapitre 24 sur 98 · I. AGUICULTURR EUUOI'KKNNK · texte numérisé non relu

I. AGUICULTURR EUUOI'KKNNK

011 no iiiiinquerail |)as (l'onVayei' ie Hey cl <le lui roiJi-c''seiiler la France coinuu^ convoilant ses Kl.als, alin de l'amener à déposséder les nouveaux propriétaires.

Les acquéreurs durent mener l'affaire aussi secrètement que possible; ils étaient d'ailleurs puissamment encouragés par notre représentant et même par le gouvernement de la Républi(jue, où figuraient des hommes résolus à ne pas laisser tomber en des mains étrangères un pays tellement fondu avec l'Algérie que l'avenir de celle-ci aurait été compromis si la Tunisie était devenue une colonie étrangère. Le 29 juillet 1880, la Société Marseillaise informait Khérédine de son acceptation et f'invitait à faire dresser les actes de vente conformément à la loi tunisienne.

A peine la conclusion de ce contrat était-elle connue que des intrigues de toutes sortes se nouaient autour du Bey pour empêcher la réalisation de la vente et que des démarches étaient faites auprès de Khérédine pour le pousser à violer ses engagements. Une Société italienne lui offrait de gros avantages pour se substituer à la Société Marseillaise, tandis qu'un bénéfice considérable était proposé à l'administrateur de cette dernière Société pour le décider à revendre k des étrangers la propriété qu'il venait d'acquérir. On renouvelait auprès de lui l'opération qui avait si bien réussi auprès de M. Duplessis pour la concession des alfas.

Les acquéreurs ayant repoussé les offres qui leur étaient faites, il fallait chercher un moyen de les mettre dans l'impossibilité d'entrer en jouissance de leur propriété. On crut le trouver dans une disposition de la loi musulmane connue sous le nom de Glielfàa, dont il ne sera pas hors de propos de parler ici, car elle constitue l'un des pièges les }dus dangereux parmi ceux qui entourent le droit de transmission de la propriété en Tunisie.

Le droit de Ghefîâa, que nous pouvons désigner d'une façon plus compréhensible et surtout plus française sous le nom de « droit de préemption », se résume en ceci : lorsqu'un propriétaire vend sa terre, l'un quelconque des propriétaires voisins peut invoquer et obtenir le droit de

se .subsliliit'i- à raccjuéreur, à la condilion d'exécuter certaines iorin alités et de payer la somme consentie par l'acheteur comme prix de la propriété. 11 est permis de supposer qu'en introduisant dans la loi musulmane le droit de Gliefl'àa, on n'a pas eu seulement pour but de faciliter l'extension des domaines agricoles, mais encore et surtout de rendre très difficile, sinon impossible, l'acquisition des terres par les étran2:ers.

11 est vrai (jue la loi elle-même fournit les moyens de rendre vain le droit de Clieffâa qu'elle consacre. Ils sont au nombre de deux principaux : ou bien le vendeur a soin de faire fig-urer dans l'acte, à côté du prix d'achat réel, l'indication d'une somme ou poignée de monnaie indéterminée (Kemtcha Medjhoula), dont l'acquéreur luimême ne connaît pas exactement la valeur et que par conséquent le voisin réclamant le droit de Gheffàa est incapable de payer, ne la connaissant pas ; ou bien le vendeur se réserve, par l'acte de vente, tout autour de la propriété vendue et autour des enclaves qu'elle peut contenir, une bande étroite de terrain, de manière à devenir le seul voisin de l'acquéreur. Peu importe, d'ailleurs, la largeur de cette bande : qu'elle ait un mètre ou une lieue, elle a les mêmes effets; elle permet au vendeur de se substituer à tous les voisins et, par conséquent, de rendre impraticable le droit de Chefïâa.

Khérédine, très versé dans la loi musulmane dont il avait publié un commentaire, usa de ce dernier moyen pour mettre la Société marseillaise à l'abri de la Gheffàa. Néanmoins, un Maltais, sujet anglais, prétendit, en invoquant ce droit, empêcher les propriétaires français d'entrer en possession de l'Enlida, et ce n'est qu'après des péripéties de toutes sortes, dont il serait trop long de parler ici, que la Société Marseillaise put entrei" en jouissance de son domaine \ On peut dire que la prise de possession de la Tunisie par la France date du jour où la Société Marseillaise signa avec Khérédine lacté d'achat de l'Enhda.

1. Voyez pour l'hisloiro de la vente de l'Enfida : Gaston Lotli. L'ivn/k/a et Sidi-Tabel.

i/agriculturk européenniî li:i

Ce domaine est situé sur le bord du golfe de Hamniaaiet, qu'il longe sur une longueur d'environ vingt kilomètres; il s'étend du nord au sud, depuis le voisinage de Zaghouan jusqu'à une petite distance de Kairouan. Son centre principal, Dar-el-Bey (aujourd'hui Enfidaville) , n'est qu'à deux kilomètres du bord de la mer, à soixantedix kilomètres en ligne droite de Tunis et à une quarantaine de kilomètres de Sousse, sur la route de Tunis à Sousse d'une part et à Kairouan de l'autre.

La surface totale du domaine avait été évaluée d'abord à 100 ou 120.000 hectares. L'enquête exécutée en vue de l'immatriculation a établi que la superficie totale ne dépasse pas 96.000 hectares. C'est encore le plus grand domaine qui existe dans notre Afrique du nord. D'après M. Loth ' « dans l'immense plaine de jujubiers et de lentisques il y avait environ 30.000 hectares de terres labourables. On pouvait estimer à 40.000 hectares environ les régions couvertes de broussailles, mais qui, défrichées, étaient bonnes pour la culture. Les 25.000 hectares restants étaient constitués par des terrains en montag'nes ou par les parties basses voisines du littoral, trop salées pour qu'il fût possible d'y faire passer la charrue. En raison des conditions climatériques et de la nature du sol, l'ensemble de ce gigantesque domaine paraissait donc convenir aux entreprises agricoles les plus diverses. Le blé et l'orge, l'avoine, les fèves et les pois chiches pouvaient y donner de belles récoltes. De grandes surfaces étaient propices à la culture de l'olivier, de l'amandier et de bien d'autres arbres fruitiers. Les fourrés de la montagne constituaient un excellent terrain de parcours pour les bovins ; sur les pentes couvertes d'une herbe courte, mais drue, dans les « prés salés » bordant le littoral, on pouvait faire l'élevage du mouton. Considérées dans leur ensemble, ces conditions étaient suffisantes pour permettre de tenter une exploitation méthodique ».

Malheureusement, les populations étaient l'ares : « un

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