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des institutions de crédit. H me paraît nécessaire d'insisteisur ce sujet.
Lorsque la France assuma le protectorat de la Régence, il n'y existait aucun établissement financier. Quelques banques privées et un grand nombre d'usuriers fournissaient seuls au commerce et à l'industrie le crédit sans lequel nil'uneni l'autre de cesbranchesdel'activité humaine ne peuvent vivre. On ne pouvait se procurer de l'argent qu'à des conditions extrêmement onéreuses : en 1879. le taux de l'escompte était à 12 p. 100 et celui des prêts hypothécaires n'était pas inférieur à 20 p. 100. La g;arantie des marchandises n'existant pas, la plupart des commerçants ne pouvaient emprunter qu'à des taux atteig-nant 30, 40 et 50 p. 100. Pour les cultivateurs les conditions de l'emprunt étaient plus onéreuses encore. Dans le Sahel, par exemple, les propriétaires d'oliviers ayant constamment besoin d'argent pour payer leurs ouvriers avaient contracté la coutume de vendre leur huile six mois et même parfois près d'un an avant la récolte. L'acheteur retenait ordinairement, à titre d'intérêts, le quart de la somme avancée. Si la récolte était mauvaise et que le propriétaire se trouvât dans l'impossibilité de livrer à son acheteur la quantité d'huile convenue et payée à l'avance, il souscrivait un nouvel engagement, en vertu duquel il devait fournir l'année suivante une quantité d'huile double de celle qui avait fait défaut. A partir de ce jour, il était enchaîné au commerçant et voyait chaque année grossir sa dette par les intérêts usuraires, en nature ou en argent, qu'il était obligé de payer. En 1886, on estimait à 20 ou 25 millions de francs le total des dettes impayées qui avaient été contractées dans ces conditions par les propriétaires du Sahel. Des faits analogues se produisaient pour les indigènes cultivant le blé ou l'orge. Ils vendaient souvent leurs récoltes avant la moisson et se trouvaient exposés à des mécomptes qui les livraient aux usuriers.
L'usure sur les bijoux s'exerçait, d'autre part, sur une large échelle. Les indigènes sont essentiellement thésauriseurs. La plupartmettentde côté la majeure partie des pièces
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il (Il (jLi iKs pcuvenl. se procurtîr. Les plus piudigues s en serv«mt pour acheter des bijoux (|u'ils oHVent à leurs femmes. Qu'un besoin d'argent se fasse sentir, on va porter les bijoux chez un usurier en garantie d'un emprunt pour lequel on paye un intérêt exorbitant. Si, à l'échéance convenue, on ne peut pas rembourser la somme prêtée, on s'engage, moyennant une grosse prime, pour une période nouvelle et, ainsi de suite, jusqu'à ce que le bijou devienne la propriété du prêteur, ce qui d'ordinaire n'exige pas beaucoup de temps. Dans les opérations de ce genre, il n'est pas rare, en effet, que l'intérêt atteigne au delà de 50 et jusqu'à lUO p. 100 ou même davantage.
Une première amélioration dans les conditions de crédit auxquelles se trouvait soumise la Régence, fut déterminée par la création, le i"'' avril 1879, de la « Société francotunisienne ». Transformée, le 1*^' mai 1880, en « Société des comptoirs maritimes » puis, le 1'^' octobre, en « Agence de la banque transatlantique », enlin, le P' octobre 1884. en « Banque de Tunisie », cette société, fondée au capital de 8 000.000 de francs, détermina rapidement une baisse notable du taux de l'intérêt de l'argent. Pendant l'exercice 1883-86, elle abaissa ce taux à 7 p. 100. Le taux des prêts hypothécaires descendit de son côté à 9 et 8 p. 100. Un abaissement analogue se produisit dans l'intérêt des emprunts d'Etat. Avant l'établissement définitif du Protectorat et la liquidation de la dette tunisienne, la commission financière empruntait tous les ans un ou deux millions de piastres pour faire face à ses engagements. Ces emprunts se faisaient dans le silence du cabinet, sans aucune concurrence, et le taux moyen de l'intérêt payé par le gouvernement beylical s'élevait à 12 et 13 p. 100. En 1879, la Société franco-tunisienne, à peine établie depuis six mois dans la Régence, et qui n'avait encore qu'un capital de 500.000 francs versé, protesta contre cette manière d'opérer, et força le gouvernement tunisien à faire ses emprunts aux enchères. En août 1879, elle se faisait adjuger Tun de ces emprunts au taux de 8 p. 100. C'était une économie de
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4 à 7 p 100 que faisait le gouvernement tunisien sur les intérêts à payer. Or, cet abaissement du taux des intérêts payés par TÉtat s'est, depuis cette époque, toujours maintenu.
L'amélioration considérable introduite dans les conditions du crédit par la « Banque de Tunisie » fît rapidement naître dans l'esprit des colons le désir de voir fonder dans la Régence un établissement de plus grande importance, qui serait autorisé à émettre des billets. En 1886. ils adressèrent au Résident général, M. Cambon, une pétition qui offre encore un grand intérêt au point de vue de l'histoire de l'évolution de notre protectorat. En voici le texte : a Les soussignés, représentant, dans les diverses branches de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, les principaux intérêts de la Tunisie, ont l'honneur de vous exposer : i" que l'intérêt de l'argent, bien qu'ayant été sensiblement abaissé par les institutions françaises de crédit, est encore trop élevé dans la Régence pour permettre aux entreprises vraiment utiles de s'v établir ; 2° que la Tunisie, en agissant avec ses ressources réelles seulement, est placée dans un état d'infériorité nuisible à sa prospérité vis-à-vis des nations ou des places avec lesquelles elle est en relations d'affaires, tous les Etats qui l'avoisinent possédant en effet des banques d'émission. Une banque d'émission a pour effet de remettre en circulation une partie du numéraire déjà employé et de multiplier ainsi la force première. Son capital, au lieu de s'employer successivement, se multiplie instantanément suivant les besoins de la place et peut ainsi diminuer de beaucoup le prix des services. Beaucoup d'autres considérations pourraient être mises en avant, mais les soussignés sont persuadés, Monsieur le Ministre, que votre connaissance des choses suppléera au laconisme dans lequel doit se renfermer une pétition. Les soussignés vous prient instamment de soumettre à Son Altesse le Bey et au gouvernement français, en l'appuyant de votre haute autorité, le projet d'une banque beylicale d'émission, dont l'établissement aura une énorme et bienfaisante influence
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sur le développemeni de la fortune publique dans la Régence ».
Après avoir cité ce texte, je disais dans la première édition de ce livre : « Il est impossible de ne pas s'associer aux vœux exprimés dans cette pétition, et nous sommes convaincu (|ue satisfaction ne tardera pas à lui être donnée par les autorités de la Tunisie. Attendre plus longtemps, ce serait compromettre l'avenir commercial, industriel et agricole de notre protectorat ». J'exposais ensuite les discussions qui existaient à cette époque, en Tunisie, au sujet des conditions dans lesquelles pourrait et devrait fonctionner le grand établissement de crédit dont la création était réclamée. A peu près unanimement, les colons désiraient que la Tunisie restât indépendante de l'Algérie. Ils affirmaient que la Tunisie était assez riche pour garantir une banque exclusivement tunisienne. D'autres, demandaient que les efforts du gouvernement du Protectorat se portassent plutôt vers la création d'un établissement de Crédit foncier que vers celle d'une Banque. A ces derniers, les partisans de la Banque objectaient qu'un Crédit foncier tunisien aurait un rôle très restreint.
Ces discussions eurent, sans aucun doute, pour effet de retarder beaucoup la solution du problème posé dans la pétition rappelée ci-dessus. Le Comptoir d'escompte de Paris, le Crédit foncier et agricole d'Algérie, la Compagnie algérienne établirent des succursales à côté de la Banque de Tunisie, mais tous ces établissements, ainsi que le fait observer M. Gaston Loth^, éprouvaient de sérieuses difficultés pour le réescompte du papier qu'elles avaient en portefeuille. Il ajoute : « Pour obvier à cet inconvénient, la Conférence consultative demanda, le 23 avril 1892, qu'une succursale de la Banque de France fût créée en Tunisie. Il ne fut pas donné suite à ce vœu, mais l'on put constater, dès 189o, une tendance à la baisse du taux de l'intérêt, par suite de la concurrence que se faisaient entre eux les grands établissements de crédit ». La question du