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CHAPITRE XI

ORGANISATION POLITIQUE, ADMINISTRATIVE, JUDICIAIRE, FINANCIÈRE, ETC., DE LA TUNISIE

I I. — Organisation politique et administrative

Av'ant le traité qui établit, en 1881, le protectorat de la France sur la Tunisie, le g-ouvernement de ce pays était une monarchie autocratique, indépendante en fait, depuis long:temps, du sultan de Constantinople et aidée dans son administration par les membres d'un petit nombre de familles riches, formant une sorte de bourgeoisie administrative et, militaire. Au-dessous, un peuple soumis, dans les villes et dans le nord, à tous les caprices du souverain, garanti dans une certaine mesure, au centre, dans le sud et dans les montagnes delà Kroumirie, contre les caprices du souverain, par l'existence nomade des tribus ou la difficulté de pénétrer dans le cœur des montagnes. Depuis une époque fort reculée, les beys entretenaient des relations assez amicales avec la France, mais étaient souvent impuissants à empêcher la piraterie maritime exercée par leurs sujets. Louis XIV les dompta par la menace de ses Hottes. Napoléon obtint leur respect tant qu'il fut victorieux et redouté. Louis-Philippe reçut le bey à Paris, royalement, en 1846. Le second Empire obtint du bey, en 1857, la proclamation d'une constitution favorable aux Européens, puis imposa à Mohamed Es-Sadock, en 1869, la création d'une Commission financière internationale, protectrice des intérêts des créanciers de la Régence. En 1875, le représentant de la République à Tunis, M. Roustan, obtint pour une compagnie française la concession du

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cliemin de fer de Tunis à Alger. Au congrès de Berlin de 1878, le représentant de l'Angleterre déclara que la Grande-Bretagne ne s'opposerait pas « au développement de rinfluence française dans la Régence ». Mais, en 1880, ritalie obtint pour un de ses nationaux la concession du chemin de fer de Tunis à la Marsa-Goulette et l'influence italienne lutta énergiquement contre celle de la France auprès du bey.

A cette époque, l'état économique et politique de la Régence est lamentable. Les tribus du sud et du centre s'agitent ; les Kroumirs font des incursions répétées en Algérie. Il devient nécessaire de rétablir l'ordre, pour garantir les intérêts matériels et moraux de la France. Le 31 mars 1881, nous débarquons des troupes. Le 4 avril, Jules Ferry obtient carte blanche delà Chambre. Le 11 mai nos troupes sont campées à la Manouba, près de Tunis. Le 12 mai le bey Mohamed Es-Sadok signe le traité du Bardo qui donne à la France le protectorat de la Tunisie en assurant au gouvernement tunisien le maintien de ses pouvoirs sous le contrôle de la France. A peine est-il besoin de rappeler qu'avant la fin de cette même année 1881, l'ordre était rétabli sur tout le territoire de la Tunisie, tandis que le protectorat était organisé par M. Paul Cambon sur des bases aussi rationnelles qu'économiques et auxquelles il n'a guère été touché.

Les pouvoirs du bey ont été conservés ; tous les décrets sont pris en son nom et portent sa signature ; mais ils sont arrêtés par un Conseil que préside le résident général de France, ministre des Affaires étrangères de la Régence et où figurent le général commandant du corps d'occupation en tant que ministre de la Guerre de la Régence. Deux ministres indigènes remplissent à peu près les fonctions de ministres de l'Intérieur, assistés par deux secrétaires généraux du gouvernement tunisien français, et les directeurs français des finances, des travaux publics, de l'agriculture (du commerce et de la colonisation), des postes et télégraphes, de l'enseignement.

En tant que représentant de la France, le résident

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