ENSEIGNEMENT SUPERIEUR
L’enseignement supérieur en Tunisie est représenté par l’enseignement musulman et les chaires publiques de langue arabe.
L’enseignement musulman est essentiellement religieux. Il débute par une sorte de catéchisme. En effet, le moueddeb (maître primaire) enseigne aux enfants des kouttab (écoles musulmanes) à lire et ;i écrire le Koran, sans l’expliquer ni le commenter (fig. p. 335). 14.000 élèves suivent cet enseignement purement mécanique, qui n’a, comme on le voit, qu’une portée très limitée. !l a pour objet de mettre seulement l’enfanta même d’acquérir les notions les plus simples de sa religion et d’en apprendre les pratiques.
LES SERVICES SCIENTIFIQUES ET L’INSTRUCTION PUBLIQUE
L’enseignement musulman proprement dit est concentré à la grande mosquée de Tunis, ou Djama-ez-Zitouna. Cette université tunisienne rappelle nos universités des siècles passés, où la faculté de théologie tenait la première place, quand elle n’absorbait pas à elle seule toute la vie de l’université.
La grande mosquée est administrée par le Cheikh-el-Islam, grand pontife de la religion musulmane, assisté de trois magistrats pris dans les deux rites hanefi et maleki.
Les professeurs sont au nombre de 44, assistés de 67 maîtres auxiliaires. Ils doivent faire an minimum deux leçons par jour. Généralement ils en font davantage. Actuellement, le nombre des leçons faites chaque jour est de 270. On voit, rien que par ce chiffre, que l’enseignement de la mosquée n’a de supérieur que le nom. Les professeurs enseignent la science acquise, ils ne la font
ÉCOLE ARABE DANS UNE MOSQUÉE (p. 334).
pas, comme nos chefs de service des universités françaises. C’est encore une conséquence du caractère religieux de la grande mosquée. La notion du devenir perpétuel, qui est à la base de toute recherche, échappe au musulman. Pour lui, le Koran, le livre sacré, émane de Dieu et doit tout contenir. Tout part du Koran et tout y ramène.
Les étudiants passent au moins 7 années avant de subir l’examen dit tetoui ou licence, qui leur donne accès aux administrations et au professorat. Ils sont logés dans des établissements spéciaux, appelés mèdraças, qui jouent à Tunis les Eton ou les Trinity-College. Il y en a 22 à Tunis, avec 450 chambres. Le service intérieur en est réglementé par la Direction de l’Enseignement.
En 1895, 830 élèves suivaient les cours de la Djama-ez-Zitouna, dont 438 logeaient dans des mèdraças. La bibliothèque, très riche, compte 6.850 volumes, prêtés au public autorisé par le conseil d’administration. Une seconde bibliothèque, fondée par le bey Sadok, possède 3.613 volumes, qui ne peuvent être consultés que sur place.
A côté de cet enseignement musulman auquel il serait délicat de toucher, la Direction de l’Enseignement a créé en 1884 une chaire publique de langue arabe. Cette chaire a pour but de per-
mettre aux Européens d’apprendre l’arabe, non seulement celui qui se parle et s’écrit, mais aussi l’arabe littéraire ou régulier.
Le cours d’arabe parlé, qui prépare au certificat d’arabe parlé, est très fréquenté par les colons, fonctionnaires et officiers, que leur position ou leurs besoins mettent dans l’obligation de converser avec les indigènes. Ce cours est divisé en trois années.
Le cours élémentaire d’arabe régulier prépare au brevet élémentaire d’arabe, brevet établissant que la personne qui l’a obtenu possède une connaissance suffisante des principes de la grammaire arabe (lexicologie et syntaxe) et qu’elle est à même non seulement de communiquer avec les indigènes, mais encore de lire et de comprendre un écrit ordinaire rédigé en arabe régulier, et de traduire eu style arabe correct un texte français d’un genre simple et usuel.
Le cours supérieur prépare au diplôme supérieur d’arabe. Ce diplôme établit que la personne qui en est pourvue possède, outre les connaissances du brevet, des notions étendues de la syntaxe arabe et des notions élémentaires du droit musulman, de la littérature arabe et de l’administration gouvernementale de la Régence. 154 personnes ont suivi ces cours l’an passé, dont 123 régulièrement : 40 pour l’arabe parlé lre année, 31 pour la 2e année, 34 pour l’arabe régulier, 18 pour le cours supérieur.
L’enseignement supérieur français possède, lui aussi, sa bibliothèque, fondée en 1885. Elle s’enrichit chaque année, grâce aux dons du Ministère de l’Instruction publique et aux achats de la Direction de l’Enseignement. Son londs général comprend un nombre assez considérable d’ouvrages sur l’histoire, la géographie, l’archéologie, l’agriculture de l’Afrique du Nord, et en particulier de la Régence. Elle compte 2.590 ouvrages ou 5.264 volumes. En 1894, 9.359 ont été communiqués sur place h 3.857 lecteurs; 613 ouvrages ont été prêtés à 166 lecteurs autorisés h emporter les livres à domicile.
Une bibliothèque pédagogique circulante a été créée à Tunis et compte un millier de volumes. Le collège Alaoui ainsi que le lycée Carnot et le* collège Sadiki ont chacun deux bibliothèques, l’une pour les maîtres, l’autre pour les élèves
L’Alliance lrançaise, enfin, a fondé à Tunis une bibliothèque populaire qui dépasse 3.000 volumes à l'heure actuelle, et qui a prêté près de 10.000 volumes en 1895. Des bibliothèques populaires ont été également ouvertes à Rizerie, Sousse, S fax, le Kef, Souk-el-Arba. Elles ont prêté 1.580 volumes à 1.051 lecteurs.