LE T I! A I T É
Le 12 mai 1881, vingt jours après l’entrée des troupes françaises en Tunisie, le général Bréart signait avec S. A. le bey de Tunis, dans son palais de Ivassar-Saïd, le traité du Bardo (le palais de Kassar-Saïd peut être considéré comme faisant partie de l’ensemble des constructions du Bardo). Le général, qui avait débarqué à Bizerte dix jours auparavant, avait reçu de Paris l’ordre de se porter en avant jusqu’à une demi-lieue du Bardo et de proposer au Bey de signer sans délai le traité que le ministre des Affaires étrangères, M. Barthélemy Saint-Hilaire, avait préparé de concert avec l’actif et clairvoyant consul de France à Tunis, M. Roustan. Celui-ci venait, le 12 mai au matin, de demander une audience au Bey pour le général Bréart, par une lettre dans laquelle il expliquait le caractère de sa mission : « L’arrangement dont d s’agit, disait-il, assure le maintien de Votre Altesse et de sa dynastie dans le gouvernement de la Régence et ne porte aucune atteinte à son territoire. »
Invité par le général a prendre sa résolution dans la journée même, le Bey, après avoir consulté ses ministres, accepta le protectorat de la France et signale traité, que le gouvernement français ratifia le 27 mai
On sait comment le retrait prématuré des troupes françaises nécessita un déploiement de forces considérables (50.000 hommes) et une campagne coûteuse en argent et en hommes. Gambetta, qui était alors président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, déclarait devant la Chambre maintenir, avec ses conséquences, ce traité, « qui ne permettait aucune des deux choses : ni l’annexion ni l’abandon »
Un homme qui réunissait les qualités du diplomate à celles de l’administrateur, M. Cambon, fut choisi pour organiser ce protectorat et développer le germe des institutions implicitement contenues dans le traité. Il en a obtenu le complément par la convention additionnelle du 8 juin 1883 (traité de la Marsa), ratifié le 10 avril 1884. Quand il a quitté le pays, les grandes lignes du nouvel édifice politique de la Tunisie étaient fixées. Il a eu dans M. Massicault un digne successeur, qui a contribué il compléter l’œuvre.
Récemment, le rapporteur du budget du ministère des Affaires étrangères pour l’année 1896 il la Chambre des députés, M. Merlou, a rappelé le caractère de cette œuvre : « Une nation de civilisation européenne s’est donné pour mission de rétablir l’ordre, la paix publique et la prospérité dans un pays de civilisation musulmane, et cela sans faire disparaître le pouvoir local, sans prétendre le remplacer, mais en se contentant de le conseiller, de le contrôler, de le guider. »