LA DETTE
L’argent, qu’on dit être le nerf de la guerre, est aussi celui de toute administration. C’est par une mauvaise gestion financière (pie la Tunisie avait surtout périclité ; de bonnes finances ont été une des causes de son relèvement.
A maintes reprises, le gouvernement tunisien ayant, surtout depuis 1860, contracté des emprunts en prenant des engagements qu’il n’avait pas pu tenir, avait dû aliéner ses revenus, émettre des billets qui grossissaient sans cesse sa dette flottante, si bien qu’en 1870 il était débiteur d’une somme totale de 160 millions de francs, dont les intérêts exigeaient annuellement 10 millions et demi : somme beaucoup plus forte que la recette totale du Trésor, qui ne dépassait pas 13 millions et demi. C’est alors (1868-70) qu’il accepta qu’une commission internationale, française, anglaise et italienne, apurât ses comptes et négociât avec ses créanciers une sorte de concordat par lequel la dette consolidée, représentée par 250.000 obligations de 500 francs à 5 pour 100 *, fût ramenée à 125 millions (non compris les intérêts arriérés), et l’intérêt à 6 millions et demi, le Bey cédant à une commission spéciale la perception d’une somme égale d impôts. Cet arrangement n’avait pas encore pu fonctionner régulièrement, et il avait un fort arriéré à l’époque de la signature du traité de Protectorat.
Il était de l’honneur du Protectorat de ne pas laisser subsister une telle situation de déficit et de discrédit. La République française s’engagea, par la loi du 10 avril 1884, à garantir un emprunt de 142 millions et demi en rente perpétuelle à 5 pour 100, destiné à rembourser la dette consolidée (125 millions) et la dette flottante (17.550.000 francs). Le service de cet emprunt, n’exigeant que 6.307.520 francs, laissait au Trésor tunisien un boni de 4.473.000 francs sur la dépense antérieure. Le crédit tunisien, désormais soutenu par le crédit de la France, se trouva de pair sur le marché avec le crédit des grands Etats et profita de la baisse générale de l’intérêt : en 1889, première conversion qui abaissa le taux à 3 et demi pour 100; en 1892, seconde conversion qui l’a abaissé a 3 pour 100. L’émission des 396.386 obligations de 500 francs à 3 pour 100 a été faite au prix de 476 fr. 25; le service des intérêts s’est trouvé réduit à 5.945.790 francs, laissant a l’État, en 1884, un boni de 361.730 francs, qui ont été affectés à l’amortissement.