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Types Beaumes-Chaudes-Chancelade, de Hervé

FACE ET PROFIL ü’UN BERBÈRE BLOND AUX YEUX BLEUS (N.ABEül) (p. 67).

(Taille lm,63; indice céphalique 75,53. 11 porte une longue blouse ornementée, costume général des habitants de la cote.)

L’élément turc (fig. p. 70) a également jeté dans le pays — avec les janissaires ou par les mariages — de fréquents éléments de l’Europe orientale, principalement de la presqu’île des Balkans et de la Grèce. 11 était, en outre, de bon Ion, chez les gens riches, de faire venir pour les épouser des esclaves blanches de Stamboul. Le manque d’argent a mis fin à ces importations.

De ces mélanges est résulté, chez les Tunisiens d’une certaine classe, une grande affinité pour les femmes européennes. Les mariages avec chrétiennes ne sont pas rares. Il y aurait là une tendance à favoriser 1res largement. Ce peut être le seol mode d’assimilation susceptible de réussir.

Cette influence européenne, longtemps continuée, a développé, chez le Tunisien, un certain goût pour l’instruction . Son aversion pour le progrès est moindre que chez les autres musulmans.

dans le pays de nombreux esclaves. Les supplices auxquels l’intolérance musulmane soumettait ces malheureux déterminaient de nombreuses conversions à l’islam. Beaucoup de sang européen coule dans les veines des bourgeois des principales villes, et surtout de Tunis. Des noms de familles musulmanes, tels que Franciz (français), Ingliz (anglais), Maltiz (maltais), Genouiz (génois), Christou (chrétien), Blanco (blanc), Entiti (l’entêté), etc., indiquent suffisamment leurs origines des rives du nord de la Méditerranée.

LA POPULATION ET LES RACES EN TUNISIE

Puisque nous parlons de la population de Tunis, c’est le moment d’en faire connaître les principaux représentants. Le bon bourgeois tunisien, d’un tempérament craintif et endormi, est tout au plus capable de rester accroupi derrière son comptoir de parfumerie (fi g. p. 72) ou dans sa boutique de notaire. Son indolence ne va pas plus loin. Il mourrait rapidement de besoin, si des populations plus énergiques n’assuraient son existence. Les souks ou marchés tunisiens ne doivent même leur grande activité qu’à des éléments étrangers. Les couvertures et les vêtements de laine sont faits et vendus par des Djerbiens et des Rhadamésiens ; les autres vêtements, confectionnés sur mesure et soutachés, sont l’œuvre des Juifs, ainsi que la bijouterie. Les épiciers sont tous soit de Djerba, soit

FACE ET PROFIL D’UN IIOMME APPARTENANT AU TYPE ANDALOU (PRESQU’ILE DU CAP BON) (p. 67).

du Mzab (Algérie). L’eau est montée dans les maisons par des Biskris. Les ballots sont transportés par des portefaix venus de la montagne des Matmatas (de Iladèje, près de Gabès). La poterie se trouve entre les mains de marchands originaires de Nabeul ou de Djerba. Les domestiques qui l'ont la cuisine sont natifs de Gabès, de Douiret ou du pays des Troglodytes Rhoumeracen. Les boulangers proviennent de Rhadamès. Enfin, la garde des maisons et des propriétés est confiée à la vigilance de Marocains du pays des Sous, armés de grands poignards recourbés et ornés de fourreaux d’argent artistement ciselé.

Autant le nomade est malpropre, autant le citadin soigne sa personne. Son linge est toujours d’une blancheur irréprochable. Il va fréquemment aux bains maures, où on le frotte, on le masse et on l’épile. L’épilation est une coutume commune aux deux sexes. Elle s’opère au moyen d’une pâte faite de chaux et d’orpiment (sulfure d’arsenic). La barbe du citadin est soigneusement rasée d’après des règles dont on ne se départit pas. Voici comment : le perruquier ne laisse de poils que sur la joue. Les parties situées au-dessous du bord inférieur du maxillaire sont rasées. La barbe,

ainsi réduite, est taillée de façon à former un mince filet qui descend des cheveux au niveau du lobule de l’oreille. La elle s’élargit et forme deux pointes. L’une va du côté de l’angle de la

mâchoire, l'autre vers la pommette. Les individus ont ainsi l’air de posséder une barbe postiche.

Tandis que les campagnards portent très longs les cheveux de la moitié postérieure de la tête (fig. p. 71), les citadins ont généralement leurs cheveux courts.

Parfois ils se font raser complètement la chevelure.

Des gens aussi soignés ont des manières très onctueuses. Impossible de s’aborder dans ce pays sans échangée une dizaine de formules de salutation. El, comme si ce n’était assez, chaque fois que la conversation languit, l’un

des interlocuteurs recommence une nouvelle kyrielle de compliments, auxquels on doit naturellement répondre.

Inutile de dire que chacun des grands actes de la vie, naissance, mariage, décès, donne lieu à une série de pratiques locales, dans lesquelles on peut reconnaître, à côté de cérémonies d’importation islamique, des restes d’usages plus antiques. La description de ces usages excéderait les limites d’un simple article.

Le vêtement du bourgeois de Tunis consiste en une espèce de blouse large, fendue sur les côtés pour laisser passer les bras. Celte blouse est de cotonnade ou de soie légère l’été , en laine brune ou rouge rayée pendant l’hiver, souvent en drap léger d’Autriche, et, dans les grandes occasions, en soie généralement jaune. Ceux qui touchent au fonctionnarisme revêtent souvent, au moins pour sortir, notre costume européen, — tout en gardant la chéchia.

La tète est, en effet, toujours recouverte d’une chéchia, portée seule, surtout avec l’habit européen, ou entourée d’un turban, soit de cotonnade, soit de soie (fig. p. 70).

Enfin, le bourgeois porte des souliers vernis trop courts pour que le pied puisse y pénétrer en

LA POPULATION ET LES RACES EN TUNISIE

entier. Aussi ses talons débordent en arrière, reposant à moitié sur le quartier éculé de ces peu commodes chaussures, si appropriées à l’indolence de ces gens. Inutile de dire que le beau sexe a adopté cette chaussure, avec cette aggravation que le talon est beaucoup plus élevé, et le soulier plus petit.

Dans leur intérieur, les dames portent des pantalons semblables à ceux des Juives (fig. p. 89 et 90). Autrefois, on les faisait collants. Actuellement ils sont plus larges. Ceux-ci sont soit de cotonnade blanche ou ornée de dessins, soit de velours surchargé de broderies d’or ou d’argent. En tenue de maison, elles portent de petites blouses de cotonnade ou de soie (pii ne descendent pas jusqu’à la taille. Fréquemment, il existe un hiatus entre le point oii finit la blouse et celui oii commence le pantalon. Or, comme les bourgeoises ne portent généralement pas de chemise, qu’elles ont tout au plus sur le corps un tricot de coton à mailles très larges, on voit une portion de

FACE ET PROFIL D’UN INDIGÈNE DES CAMPAGNES RAPPELANT LE TYPE GREC CLASSIQUE (p. 70).

(Taille lm,67 : indice céphalique 76,02.)

leur abdomen à nu. Il faut bien l’avouer, ce n’est pas fort élégant. Les jours de cérémonie, au lieu de la blouse, elles mettent un gilet échancré au cou, qui forme corset, et, de plus, une veste. Veste et gilet sont en soie brochée ou en velours brodé d’or. Ajoutons que, de même que les hommes adoptent nos vêtements, de même certaines de ces femmes commencent à avoir recours à des couturières européennes.

La coiffure est toujours la même : un bonnet conique, orné de broderies d’or et lixé à la tête par des foulards de soie (comme dans la fig. de la p. 89).

Les bijoux sont nombreux. Il n’affectent pas les lormes archaïques conservées par les populations de la province de Constantine. Les bracelets de jambes et ceux de bras sont généralement en argent. Les diamants jouent un très grand rôle dans la parure des gens riches.

Outre les bijoux, une femme des villes se fait les yeux et les sourcils avec du koheul (sulfure d’antimoine). Elle se peint les mains en jaune avec du henné, les lèvres et les joues en rose.

Une femme d’une certaine classe ne doit jamais sortir qu’en voiture bien close. Celles qui ne peuvent s’offrir une voiture se drapent le corps dans une étoffe de soie légère. Elles se cachent la

figure au moyen d’un voile de soie, ayant toujours le même dessin (fig. p. 73). Les femmes de con-

1ARCIIAND DE PARFUMS AU SOUIi-EL-ATTAKlNE, A TUNIS (p. 69)?

dition inférieure se couvrent la face avec une étoile noire épaisse. Celle-ci s’applique de façon masquer le front et le visage, en ne laissant apercevoir que les yeux (fig. p. 74).

LA POPULATION ET LES RACES EN TUNISIE

L’homme du peuple de Tunis ne diffère pas de celui de la région côtière. La plupart, d'ailleurs, sont, ainsi que nous Lavons dit, des immigrants temporaires. Leur costume est très spécial. Il se compose d’une blouse de laine étroite, de couleur brunâtre, d’une culotte plus ou moins large, remplacée souvent par une sorte de jupon d’étoffe à raies, d’une chéchia avec turban d’étoffe rayée. Les Sfaxiens portent presque tous le turban vert. Enfin, leurs chaussures, fabriquées dans le pays, sont en cuir jaune. La longueur et la coloration de la blouse varient selon les localités. A Tunis, la blouse est brun foncé; à Ilammamet, elle est plus claire; à Soliman, elle est de laine blanche; au sommet du cap Bon (Ivelibia, Menzel-Tomine), elle est à ravines rouü'es et noires alternées ; à Sousse, elle est jaune assez clair et plus courte, etc. Non seulement la coloration, mais l’ornementation de la blouse servent à distinguer d’un simple coup d’œil le village d’où vient l’individu. Le bas de la blouse, les côtés et les manches sont ornés de passementeries blanches ou rouges, affectant des dessins particuliers à chaque centre. A Ilammamet le dessin se compose de quelques filets de laine rouge; aux îles Kerkennah, il est très sobre, tandis qu’à Sousse la blouse est beaucoup plus surchargée de dessins.

Sur cette blouse, les indigènes portent un petit manteau à capuchon et à manches.

Il est de même étoffe et de même couleur que la blouse; l’ornementation est semblable. Le plus souvent les individus ne mettent pas les manches. Leur manteau ne tient que par le capuchon.

Enfin, aux Kerkennah, on porte comme costume de cérémonie des blouses sans manches, larges, taillées sur le type de celles de femme arabe biche en costume de ville, a tu ms Tunis. Elles sont noires, ornées de broderies

très curieuses, de laine rouge et blanche, et de pompons. A Djerba, la blouse est semblable, mais en laine brune avec passementerie verte, ou bleue avec passementerie jaune.

Les populations des montagnes voisines de Djerba ne portent pas la blouse. Les hommes drapent au corps une longue pièce de laine brune, dont un pan est ramené sur la tête (fig. p. /«)). G est une espèce de toge. La plupart de ces gens ne portent pas de turban. Ils ont 1 habitude de se raser la lèvre supérieure, de façon à ne laisser qu’un étroit filet de poils comme moustache. Leur menton est aussi, en grande partie, rasé.

Quant aux femmes, les riches suivent la mode de Tunis. Les autres, dans les villages de la

côte, revêtent des sortes de blouses analogues à celles des hommes, plus larges et sans manches. Cette blouse est serrée à la ceinture. Elle est quelquefois brune, mais plus souvent elle se compose d’une moitié rouge et d'une moitié violette. A S fax, à Djerba, on porte le péplum; il est généralement d’une étoffe de laine assez épaisse, à rayures, pour les riches. Les pauvres en ont d’étoffe

bleue, ou même de cotonnade blanche, comme dans le sud de Djerba. Lin usage curieux est que, dans cette partie de l’ile, tandis que les hommes se coiffent de vastes chapeaux, dits kabyles, les femmes se couvrent la tête de chapeaux pointus à bords plats. Cette particularité ne s’observe nulle part ailleurs dans l’Afrique du Nord.

Les femmes de cette population côtière se parent de bijoux d’argent, fibules, plaques, bracelets, etc., de vastes dimensions.

Dans les villages, elles sortent à visage découvert; mais dans les petites villes elles ont l’habitude de se voiler la face et le haut du corps avec une étoile de laine noire d’un tissu peu serré. Ce tissu leur permet de voir sans être vues. Leur aspect, sous ce voile noir, qui les recouvre complètement jusqu’au genou, manque absolument d’élégance.

Un long chapitre serait nécessaire pour décrire les objets sur lesquels s’exerce l’activité de cette population industrieuse, d’où dépend toute la richesse de la Tunisie. Mais ce serait empiéter sur quelques articles annoncés. Disons seulement qu’une partie des populations du littoral est occupée, de Bizerte aux montagnes du Sud, par la culture de l’olivier. Certains groupes cultivent la pomme de terre (à Rafraf, près de Porto-Farina) , des fleurs pour la distillation, des orangers et citronniers pour les fruits (à Nabeul). Beaucoup s’adonnent à la viticulture, par exemple aux environs de Bizerte, à Menzel-bou-Zelfa (cap Bon), aux îles Kerkennah, à Djerba. Ils vendent les raisins et fabriquent même du vin, au mépris îles prescriptions coraniques! Les cultures arbustives de l’amandier, des grenadiers, etc., se font un peu dans tous ces villages côtiers. Le Sud fait surtout des figuiers. Dans les montagnes, les indigènes élèvent des murs de pierres sèches, qu’ils revêtent de terre, pour arrêter les eaux au pied de leurs arbres fruitiers. Inutile de dire que tous ces cultivateurs sont petits propriétaires, tandis que les misérables tribus du Centre possèdent des latifundia.

Les produits de la terre donnent lieu à diverses industries. Telle est celle de la fabrication de 1 huile, qui occupe quantité d’huileries. Les indigènes possèdent aussi de nombreux moulins à

FEMME ARABE PAUVRE EN COSTUME DE VILLE A TUNIS (p. 72).

LA POPULATION ET LES RAGES EN TUNISIE

grains. Les instruments agricoles de fer ou de bois sont confectionnés dans chaque gros village par une corporation importante de forgerons et de menuisiers. Dans les villes et les principaux villages, la fabrication des couvertures, des lapis, des tissus de soie, la teinture des étoffes, la confection des vêtements, le tannage, la teinture et le travail des cuirs, la poterie, — beaucoup plus avancée sur le littoral que dans le Centre, et, à Nabeul et à Djerba, faite au moyen du tour et de fours perfectionnés, — la fabrication des meubles1, donnent du travail à un très grand nombre d’ouvriers.

Dans toutes les villes, le commerce est concentré dans des quartiers spéciaux, composés de magasins minuscules. Ces quartiers portent le nom de son/is. Chaque souk est attribué à une spécialité, dont les divers marchands forment une sorte de corporation ayant son chef ou amin. Il y a des souks des fruits secs et objets d’épicerie, souks des parfums, des libraires, de la chaussure, de la sellerie, de la laine, des chéchias, des brodeurs, des bijoutiers, des forgerons, du cuivre, des potiers, îles menuisiers, des tailleurs, etc. Le marchand expose son étalage, quelquefois présenté d’une façon artistique, sur le devant de sa boutique. Il s’y tient assis à la turque, comme un Boudha dans sa niche. En arrière, à la portée de ses mains, s’entassent les marchandises destinées à remplacer celles qu’on aura achetées.

Nous terminerons nos renseignements sur ces populations industrieuses, en disant que beaucoup des ha-

caïd d’el oudiane (p. 73). j

bitants des îles Kerkennah, de Sfax,

de Djerba et de Zafzis vivent de la pêche des poissons, des poulpes et des éponges. Ils naviguent sur des barques construites dans le pays.

Toutes ces populations vivent dans des maisons. Leurs constructions varient d aspect; mais, a l’exception de celles où se reconnaît l’influence européenne, toutes les pièces ont une forme oblongue. Le principe de la construction est une cour centrale, sur laquelle s ouvrent les pièces de la maison. Ces pièces, à Tunis, ont la forme d’un T. Aux deux extrémités de la barre horizontale, il y a, d’ordinaire, un lit aux colonnes dorées homériques. La partie verticale du I constitue une sorte de pièce secondaire. Des bancs disposés le long des murs permettent de s installer et de se livrer

1. Parmi les plus typiques, on peut signaler des lits à colonnes de bois sculpté. Ces colonnes sont couvertes de peintures où l’or domine. En les voyant, on comprend très bien les descriptions des intérieurs grecs, conservées par Homère dans 1 Otlyssée.

à la conversation. Les fenêtres ne s’ouvrent que sur la cour intérieure, jamais sur la rue. Ces chambres sont recouvertes île terrasses. Les femmes circulent souvent cle terrasse en terrasse sans passer par la rue.

Chez les riches (fig. p. 7G et 77), les murs intérieurs sont couverts de briques émaillées, montant parfois jusqu’au plafond. Celui-ci est souvent fait en plâtre tout dentelé. C’est une industrie locale très élégante, à peu près disparue aujourd’hui.

COUR DU PALAIS d’un TRÈS RICHE ARABE, A TUNIS (p. 76).

Descencl-on au Sud, on trouve, dans toute la région qui s’étend entre Gabès et la Tripolitaine, des modèles d’architecture spéciale. C’est ainsi que, dans le nord de Djerba, à côté des maisons du type nord-tunisien, on en trouve — principalement les ateliers de tissage — qui sont très spéciales comme construction. Ce sont des chambres assez allongées; des contreforts soutiennent leurs murs pour qu’ils résistent a la pression du toit, qui est en forme de voûte. Les deux extrémités de cette chambre sont fermées par un mur vertical triangulaire, lequel est percé d’une porte. C’est là dedans que l’ouvrier installe son métier (fig. p. 78).

LA POPULATION ET LES RACES EN TUNISIE 77

Ces voûtes, construites d’une façon plus primitive, se retrouvent sur le continent, et constituent les différents centres de l’oasis de Zarzis, de Médénine, de Métamer, de Jouema, de Ben- Kreddach et autres suessour de la montagne. Ces chambres voûtées sont construites les unes à

INTÉRIEUR d'un PALAIS PRIVÉ ARABE, A TUNIS (p. 76).

côté des autres. L’espace manquant, les propriétaires édifient une deuxième voûte sûr la première. Quelques constructions arrivent même à comporter ainsi jusqu’il quatre ou cinq étages (fig. p. 70). Les portes donnent sur une cour centrale. Le côté de la campagne est solidement muré. L’ensemble des voûtes constitue de la sorte une petite forteresse, placée sur un relief de terrain pour en rendre l’accès plus difficile. Pour monter aux étages supérieurs, il faut s’accrocher des pieds et des mains

sur des pierres ménagées en saillie le long des murs et qui servent d’échelles (fig. p. 79). Ces constructions servent surtout à loger les provisions. Leurs portes s’ouvrent au moyen de clefs curieuses. Ces clefs sont des planches portant des chevilles de bois. Ces chevilles doivent pénétrer dans des trous symétriquement creusés dans un verrou qui ferme la porte. Comme le verrou est à

ATELIER UE TISSAGE A DJERDA (p. 76).

l’intérieur, on fait pénétrer la clef par un trou ad hoc ménagé dans la maçonnerie; on emmanche les chevilles dans les trous; en tirant ou en poussant, on lerme ou on ouvre la porte.

Le soin de la défense, peut-être la rareté du bois ou la recherche de la fraîcheur, ont donné lieu aussi ii des installations dans la terre. 11 y a plusieurs espèces de Troglodytes en Tunisie. Les plus curieux et aussi les plus connus sont les Matmatas (exemple : ceux de Hadèje, près de Gabès, lig. p. 78). Voici comment se construit une de leurs maisons. On creuse dans le tuf un cube d’une dizaine de mètres de côté. Ce sera la cour de la maison souterraine. Quand elle est terminée, on évide sur les diverses laces les chambres de la maison : leurs ouvertures sont, comme dans les maisons tunisiennes, sur la cour. Leurs plafonds sont en ogive; c’est là une condition de solidité.

Les bestiaux sont aussi logés dans le tuf. Leurs écuries communiquent avec la campagne par un couloir.

Ce type d’habitation troglodyte n’est pas le seul. Plus au sud, chez les Ghoumeracen, à Chenini et quelques autres points, les habitants enlèvent tout le tuf qui sépare deux bancs calcaires sur le flanc d’une colline en falaise. En avant de la chambre formée par cet évidement, ils bâtissent une construction de pierre. La famille habite la caverne. On met les provisions clans la pièce

HABITATION DE TROGLODYTES MATMATAS (p. 78). 1

extérieure. De vrais villages existent ainsi

chez les Ghoumeracen, formant des sortes de ruches creusées aux flancs de leurs montagnes.

Enfin, le besoin de la défense a poussé ces sédentaires à jucher au sommet de pitons presque inaccessibles de véritables acropoles (fig. p. 80). C’est ce que nous avons signalé dans le Bargou. Des veilleurs se tenaient constamment sur ces acropoles, prêts à faire retentir le tambour de guerre, pour avertir les travailleurs d’un coup de main provenant des nomades. La plupart de ces

Les habitants armés s’embusquent dans les tours. Les fermes, se prêtant un mutuel appui, peuvent résister fort bien contre l’attaque des nomades. Le résultat obtenu est frappant. A Ajim, où ces fermes-forteresses existent, les cultures vont jusqu'il la mer. Entre El Kantara et Sedouikèche, où ee mode de défense n’a pas été employé, le désert est en train de reconquérir cette portion de l’ile.

L’architecture religieuse de la côte est celle des pays musulmans. Il faut cependant dire un mot des mosquées de Djerba. Les Djerbiens sont, au point de vue musulman, des protestants du rite ouahabite. Ils ne croient pas à la mission divine des prophètes, y compris Mohamed. Leurs mosquées sont remarquables par leurs dimensions exiguës. Elles ont un minaret minuscule, surmonté d’une sorte de lanterneau soutenant une pierre conique, plantée verticalement (fig. p. 81). Faut-il voir là quelque réminiscence d’un vieux culte phallique ? Ajoutons que, tandis que les

LA POPULATION ET LES RACES EN TUNISIE 79

sédentaires, réfugiés sur ces sommets, ont dû, pour vivre, devenir serfs de nomades, qui les protègent. Eux-mêmes possèdent des serfs dans leurs propres villages. Ces derniers descendent sans doute des anciens fondateurs des villages que les sédentaires, chassés par les nomades, ont soumis en se réfugiant chez eux.

Le même besoin de défense a poussé les gens de Djerba à faire de leurs fermes de véritables forteresses. Elles se composent d’un parc à bestiaux entouré d’une haute muraille, aux angles de laquelle s’élèvent des tours (fig. p. 81). En cas de guerre, les troupeaux se réfugient dans le parc.

VUE INTÉRIEURE DE MÉTAMER, MONTRANT LES MAISONS EN VOUTE A PLUSIEURS ÉTAGES ET LES ESCALIERS PRIMITIFS PERMETTANT D’ACCÉDER AUX ÉTAGES SUPÉRIEURS (p. 77).

musulmans orthodoxes se contentent de se déchausser pour entrer dans leurs mosquées, les Djerbiens, avant de pénétrer dans les leurs, poussent le respect jusqu’à quitter, comme impurs, non seulement leurs chaussures, mais encore leurs bas, et jusqu’à leurs culottes !

§ 3. — Populations des oasis.

La population des oasis constitue, d’une façon générale, un groupe assez spécial. Celui-ci s’étend de la région de Gabès à la frontière algérienne, au nord et au sud des chotts. Elle com-

DOUIRET , VILLAGE DE TROGLODYTES GRIMPEURS, CONSTRUIT SUR UNE MONTAGNE ISOLÉE (p. 78).

prend. quatre groupements principaux. Ce sont, en allant de l’est à l’ouest : les oasis de Gabès, celles de Nefzaoua, de Gafsa et du Djérid.

Les populations qui cultivent les oasis proviennent de deux rameaux ethniques principaux. A Gabès, on trouve, à peu près sans mélange, le type de petite taille, brun, à crâne allongé, que nous avons rencontré un peu partout.

Dans les autres oasis, surtout celles du Djérid, le type prédominant est celui que M, Coll ignon a décrit sous le nom de type de Djérid. Les indigènes de ce groupe sont à peau très bistre. Leur taille est élevée. Leur front et leur menton sont fuyants. Leur nez est concave, relevé et un peu large. Les lèvres sont fortes. La lace est haute, étroite. Ce ne sont ni des nègres ni des métis de nègres. Au point de vue anthropologique, c’est de la race de Néanderthal qu’ils se rapprochent le plus. Comme nous le disions au commencement de ce travail, ils paraissent continuer cette antique race sür la terre d’Afrique.

LA POPULATION ET LES RACES EN TUNISIE

A coté de ces indigènes, vivent de nombreux nègres (fig. p. 82). Beaucoup ont été introduits dans le pays par 1 esclavage. Le paludisme décime les populations blanches dans les oasis. Aussi est-il remarquable que celles-ci placent leurs villages en dehors des palmeraies. Cela ne les empêche pas, chaque année, à 1 automne, de subir une mortalité excessive qui porte surtout sur l’enfance. Les nègres résistent mieux. C’est ce qui explique leur emploi, surtout au Nefzaoua. On peut en distinguer deux groupes.

Les uns ont un type européen. Ils paraissent provenir de croisements répétés entre Berbères blancs et nègres. Quelques auteurs les ont décrits sous le nom de R/wuaras, d’après la population de l’Oued-Rhir, où la population de ce type est fort nombreuse. Les autres nègres sont des Soudanais, comprenant toutes les variétés du continent noir.

Ceux qui ont été importés directement sont reconnaissables à leur face couturée de larges incisions. Celles-ci varient selon la région d’origine. Les autres n’ont pas de tatouages.

Il en est de la région des oasis comme de celle du littoral. L’Arabe a passé là, c’est-à-dire que la destruction s’y est opérée aussi complète que possible. A Gabès, une série de petites oasis, tant au nord qu'au sud, montre ce que le pays avait été au temps des Romains. Les descriptions

MOSQUÉE DES OUAHABITES A DJERBA (p. 79).

(Les caractères propres sont : 1° de petites dimensions ; 2» un minaret constitué par un lanterneau surmonté d’une pierre conique, vestige d’un culte phallique.)

FERME A ADJIM (iLE DE DJERBA) (p. 79).

(C’est le type de la construction au sud de Djerba : tourelles à base carrée placées aux angles d’un parc entouré de murs, ' et percées de fenêtres rectangulaires pour la défense contre les indigènes.)

d’Edrisi font juger encore de la ruine croissante avec la présence des Arabes (Beni-Zid, Hamerna et Ilazem). Au temps de Yacoùt, c’est-à-dire peu de temps après l’invasion de ceux-ci, on ne comptait pas moins de deux cents villages florissants et populeux aux environs de Gafsa. A peine relève-t-on la présence de sept centres à l’heure actuelle! Les oasis du Nefzaoua sont en train de

disparaître, par suite de la stérilisation progressive due à l’élément arabe. Les dunes non fixées ont envahi les palmeraies. Le désert gagne, l’industrie de l’homme ne s’opposant plus h sa marche progressive. Les indigènes de celte région ont presque tous été réduits à l’état de serfs des

Arabes OuIedV acoub et Beni-Zid. Les Chambàa, voire même les Touareg, venaient aussi les piller.

« Ces sédentaires n’étaient plus qu’un bétail exploitable à la fantaisie du seigneur et dont celui-ci trafiquait à sa guise'. » Quant au Djérid , ses richesses naturelles lui ont valu île subir bien plus de pillages encore que les autres oasis.

Il lut à diverses reprises tout à fait dépeuplé !

Les tribus arabes qui vivent autour et aux dépens de ccs oasis ont gardé, plus que celles du nord, leur type primitif. Les Hamamas, cependant, paraissent être des Berbères devenus nomades. On trouve parmi eux un élément appréciable de sujets à tète ronde.

Peu de chose à dire du costume. Sur la cote, ou porte la blouse de laine brune et le petit manteau à capuchon, classique sur le littoral. A l’intérieur, on se drape plutôt dans la longue pièce de laine brune, en forme de toge. Les femmes revêtent toutes le peplos bleu. Les négresses font exception en s’habillant d’étoffes de laine à rayures blanches et rouges.

Une des coutumes bizarres des jeunes nègres des oasis (gabès) (p. SI). gens des oasis est la cynophagie.

Cet usage est en violation flagrante c u Coian, qui interdit expressément l’usage de la viande de carnassiers. Malgré cette proscription, on mange du chien sous toutes les palmeraies. Pour excuser cet usage, les habitants prétendent

que < etle chair les préserve de la fièvre. On se trouve là en présence d’un vieil usage antérieur à l’islam .

L habitation de 1 homme des oasis est le village en pierre. Les maisons se composent, comme dans le Noid, d une cour centrale sur laquelle s’ouvrent les diverses pièces. Celles-ci sont soit routées, soit surmontées d une terrasse. Parfois, ainsi que cela est courant à Gabès, on ne se donne 1. La Tunisie, 1896. Les Tribus , p. 459

LA POPULATION ET LES RACES EN TUNISIE

pas la peine de murer la façade des pièces qui donnent sur la cour. De simples colonnes soutiennent les plafonds (fig. p. 83 et 84). Aussi peut-on voir de l’extérieur ce qui se passe dans ces maisons originales, où la vie est constamment en plein air.

Beaucoup de villages ont leurs maisons groupées par quartiers séparés. De solides portes permettent de fermer chacun de ces quartiers. Ceux-ci forment alors comme autant de forteresses

MAISON A DJARA (OASIS DE GABÈS) (p. 83).

contre l’ennemi du dehors ; le nomade. Souvent chaque quartier, comme cela a lieu dans le Djérid, est habité par une souche différente de population. Le manque de pierres a, dans ce dernier pays, lait employer la brique (fig. p. 84 et 85). ATozeur, en particulier, les constructeurs, eft variant la disposition des briques, obtiennent des façades ornées d’un très agréable effet (fig. p. 86 et 87).

Les gens des oasis, très laborieux, sont généralement jardiniers. Tout y vient par l’irrigation. Leurs ensemencements de céréales donnent des récoltes très précaires. Par contre, ils irriguent leurs cultures soit par l’eau tirée à des puits, soit par des nappes artésiennes datant cl’une époque inconnue, soit par de véritables rivières au cours régulier, comme l’Oued-Gabès. La distribution d’eau est réglementée. Chaque propriétaire a droit d’user de l’eau pendant une période de temps

fixée a 1 avance. A Gabès, cette organisation, encore en vigueur, a permis de conserver une fort belle oasis. A la Hamma, région voisine, où elle a disparu par suite de la présence des Arabes Beni-Zid, des quantités considérables d’eau se perdent inutilement. Aussi la palmeraie y est-elle

misérable, tandis que c’est en termes admiratils que tous les auteurs ont décrit la succession des végétations qui s’élèvent à l’ombre des palmiers de Gabès, savoir les végétaux herbacés, puis les cultures arbustives, et la vigne, qui s’attache aux arbres comme une liane. Audessus de tout, les touffes des palmiers forment un immense dôme protecteur des rayons de soleil. Le prix de la terre ainsi cultivée atteint des chiffres inconnus dans le Nord. L’hectare arrive à se vendre de 15.000 à 20.000 francs. 11 faut ajouter que la propriété est fort morcelée.

Outre les légumes, les fruits divers et les dattes, les sédentaires, cultivateurs des oasis, pratiquent diverses industries. Les deux plus renommées sont la fabrication des tapis d’Ouderef, près de Gabès, et celle des couvertures de Gafsa. Ces dernières, aux larges dimensions, sont remarquables par 1 archaïsme de leurs dessins. Ceux-ci représentent des caravanes de chameaux, aux formes triangulaires. Dans les dessins figurent divers motifs, parmi lesquels les plus intéresants à

signaler sont: la croix, le peigne et le poisson.

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