QUELQUES GÉNÉRALITÉS SUR LES MUSULMANS DE TUNISIE
Après cette esquisse des traits les plus caractéristiques de chaque région, il parait nécessaire de faire connaître les généralités qui appartiennent à tout groupement musulman.
Le culte est un monothéisme. Le Coran, que nous n’avons pas à analyser, en est le livre sacré. Les variantes dans l’interprétation ont créé divers rites. Les principaux sont : le rite maleki, particulier aux indigènes, et le rite hanefi, propre aux gens d’origine turque. Nous avons parlé aussi de la secte des Djerbiens. h< Coran n est pas un simple livre religieux. Il s’occupe d’une série de détails soit sociologiques, soit économiques, soit hygiéniques, qui n’ont rien de commun avec la Divinité. Aussi les sectateurs de cette religion se trouvent-ils dominés par elle dans les moindres actes de leur
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LA POPULATION ET LES RACES EN TUNISIE
existence. Cette règle tyrannique est strictement observée. Ainsi s’explique pourquoi, sur les points les plus divers du globe, les peuples musulmans, quoique de races différentes, présentent tant de ressemblances. La même règle explique pourquoi notre civilisation n’a jamais pu pénétrer et ne pourra jamais pénétrer dans les mœurs des populations islamiques. L’espoir de ceux qui rêvent l’assimilation des indigènes de l’Afrique du Nord peut se classer parmi les utopies les plus dangereuses pour l’avenir de notre nationalité dans cette région.
La religion musulmane, à côté de rares maximes de tolérance, est un chant de haine et de guerre contre ceux qui n’ont pas embrassé l’islamisme, c’est-à-dire contre nous. Aussi une assi-
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nidation n’cst-elle possible que par l’abandon des doctrines coraniques. Ce n’est pas précisément ce qui tend à se dessiner. Fusionner avec une race maudite serait un crime : une apostasie.
Cet amour de la religion est entretenu par la prière, qui se fait cinq fois par jour. Chaque année, un jeûne de vingt-huit jours vient raviver la foi. Du lever au coucher du soleil, le musulman ne doit alors ni avaler une miette de pain, ni boire une goutte d’eau, ni fumer une bouffée de tabac. Cette privation — bien dure à supporter pour les malheureux qui, malgré cela, ont à peiner pour gagner leur vie — entretient leur fanatisme. Le pèlerinage à la Mecque, un des buts de l’existence de tout musulman, lui permet de se purifier du contact des chrétiens, et nos gouvernants facilitent ces voyages religieux! Enfin, des confréries nombreuses, plus ou moins secrètes, empêchent la foi de tiédir. Les principales sont : les Ixaderias, les Tidjanias, les Senoussias, les Suleïmias, les Aïssaouas, etc.
Les Senoussias, qui font massacrer tous les voyageurs qui s’aventurent hors de la protection de nos baïonnettes, sont fort connus. Les Aïssaouas, disciples de Sidi-Ben-Aïssa (Jésus), jouissent
aussi d’une grande notoriété par suite de leurs pratiques. Les disciples s’assemblent dans leurs zaouïas ou chapelles. Ils se préparent en hurlant un chant rythmé, accompagné de brusques balancements de tête. Ce mouvement de tète, de plus en plus précipité, les étourdit et finit par les
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hypnotiser. Quand le directeur de la cérémonie voit un des fidèles arrivé à point, il le fait livrer à l’exercice qui lui est habituel. Les uns mangent des feuilles de cactus avec leurs épines ou se roulent dessus, d’autres avalent des clous ou des scorpions. Quelques-uns s’enfoncent, à coups de maillet, des instruments piquants dans le corps. D’autres enfin trouvent moins désagréable de se contenter de simuler quelque animal et de grimper après les arbres ou sur les murs. L’exercice
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terminé, le directeur de la cérémonie réveille le fidèle. Celui-ci va le plus souvent s’asseoir à l’écart, dans un état d’obnubilation qui s’atténue peu à peu.
Deux questions de mœurs musulmanes peuvent intéresser directement les Européens. L’une est la question des prêts. Le Coran défend de prêter de l’argent à intérêt. Cette interdiction, absolument impossible à suivre, est tournée de la façon suivante : 1 indigène porte sur la reconnaissance de l'argent prêté une somme supérieure à celle qu'il reçoit. La différence représente l’intérêt. Chaque année, il renouvelle son prêt, soit en payant une somme qui représente les intérêts, soit, ce qui est plus fréquent, en augmentant sa dette d’une somme équivalente aux intérêts. Ces augmentations successives, surtout entre les mains des Juifs, arrivent rapidement à absorber le capital. Le propriétaire imprévoyant abandonne alors son bien au prêteur moyennant une faible somme, à moins qu’il ne préfère laisser vendre au tribunal. D'une façon comme d’une autre, la terre échappe d’une façon régulière aux mains des propriétaires musulmans, tous plus incapables les uns que les autres de régler leurs dépenses sur leurs recettes.
Une autre particularité est la constitution des habitons. On appelle de ce nom les biens de mainmorte.
Ces biens sont inaliénables. Le donateur consacre les revenus des biens rendus habbous soit à l’entretien do fondations pieuses, soit encore à celui de sa descendance. L’exploitation de
ces biens de mainmorte est affermée aux personnes qui la demandent, moyennant une rente fixe d une durée éternelle, nommée enzel. La rente est actuellement déterminée par la demande, car on met les biens aux enchères. On les adjuge, naturellement, au plus offrant
Cette organisation, qui paraît très sage, ne répond pas aux besoins de la colonisation. En effet, 1 Européen désireux d’acquérir un enzel doit se mettre aux mains d’un courtier indigène, à moins qu il n’aille lui-même aux enchères. Dans un cas comme dans l’autre, il paye un enzel toujours exagéré, car on ne manque pas de faire monter les enchères dès qu’on reconnaît qu’un roumi (chrétien) est postulant. Aussi beaucoup de Français ont -ils leurs propriétés grevées par des enzels exagérés. Autrefois les biens habbous étaient sous la direction d’agents ou onki/s chargés de
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négocier leur location ou leur enzel. Ils ne rapportaient que peu de chose, un pourboire approprié atténuant les exigences de l’oukil. Cette facilité avait permis à certains colons d’acquérir dans d’excellentes conditions de beaux domaines. Le jour où la vente aux enchères a été instituée, la colonisation en a reçu un coup très rude. Les statistiques sont là pour en faire foi. Un autre danger de cette réglementation provient de ce que les revenus des habbous, comme tous biens de mainmorte, alimentent les caisses du clergé musulman. Or, plus la terre prend de plus-value, plus
CÉRÉMONIE DE LA CIRCONCISION DANS UNE SYNAGOGUE DE TUNIS, MONTRANT LA VARIÉTÉ DES TYPES ISRAÉLITES TUNISIENS (p. 89).
on fait payer cher les enzels, plus ce clergé tend à devenir puissant et riche. L’expansion de notre colonisation viendra donc renforcer la caste qui tend ii nous être le plus hostile. Un moyen de mettre fin à cette situation inquiétante sera que l’Etat tunisien afferme en bloc tousjles biens habbous, moyennant un enzel ou rente fixe, et bénéficie des plus-values qui pourront se produire dans les revenus des habbous.