LES INDIGÈNES JUGES AU POINT DE VUE FRANÇAIS
Au point de vue français, on peut juger comme il suit de la population indigène tunisienne :
La colonie française peut et doit se multiplier dans la Tunisie centrale, pays riche, mais désert. Certains indigènes sont susceptibles de fournir une main-d’œuvre, très inférieure cependant à celle des Européens. Le gouvernement local a les moyens, par les caïds ou chefs de tribus, de faire respecter par les Arabes les propriétés des colons.
Sur les côtes, le haut prix des terres rendra la colonisation de peuplement dillicile, mais il y a place pour de nombreuses industries alimentées par l’agriculture indigène. On peut s’attacher les gens du littoral par l'intérêt bien compris, et obtenir d’eux un loyalisme suffisant.
Les gens des oasis seront toujours aux mains du plus fort. Nos nationaux n’ont d’ailleurs pas d’établissements bien importants à fonder dans cette zone.
Quant aux Israélites, ils se précipitent avidement à notre enseignement, ils s’efforcent par tous les moyens de s’initier à notre civilisation; mais toute cette ardeur est tournée vers un but très particulariste. Ils créent une nationalité juive dans le pays. A mesure que cette nationalité se perfectionne, elle constitue pour nos nationaux un élément de concurrence de plus en plus redoutable.
Docteur Bertholon,
Ex-Médecin-Major de l’armée française en Tunisie.
Chevaucher, au printemps, sur des routes peu frayées, vers des horizons largement ouverts, dans un pays qu’enveloppe encore un voile de mystère et sur lequel flotte une légère brume d’inconnu, c’est, lorsqu’on est jeune par l’âge ou par le tempérament, un des plaisirs les plus salutaires et les plus forts qui puissent égayer nos yeux, enchanter notre esprit et réjouir notre cœur.
Ce divertissement, fertile en occasions de rêve, la Tunisie nous l’a donné, grâce à l’initiative d’un homme d’action en qui le souci d’un lourd devoir administratif n’a pas éteint l’allcgresse intellectuelle, le goût des sensations et des idées, l ardent désir de comprendre et de faire comprendre. M. René Millet, résident général auprès de S. A. le bev, a réuni quelques savants, îles membres du Parlement et de l’Institut, quelques artistes, quelques écrivains, et les a guidés à travers la Régence (fig. p. 106), pendant trois semaines dont les visions et les mirages laisseront, au fond de leur mémoire éblouie, un lumineux souvenir.
« Tunis la Blanche, » disent les Arabes. Les quinze années qui se sont écoulées depuis que la France a établi son protectorat sur le beylik de Mohammed-es-Sadok n’ont point modifié cet aspect, qui plait aux peintres, aux poètes, aux touristes et aux photographes. Un nouveau Fromentin peut venir s’installer, avec son papier, sa plume et son écritoire, sur les hauteurs du Djabel-Bou-Kernein, ou simplement sur les pelouses inclinées du Jardin d’Essai : il aura là tout loisir pour décrire cet éclat aveuglant des pierres crues et de la chaux vive (fig. p. 94 et 95), cette rondeur éblouissante des coupoles d’Orient (fig. p. 96), cette belle couleur de burnous qui, se heurtant au cobalt pur du ciel africain, mettait en joie le peintre du Sahara et du Sahel.
Pareillement, les travaux d’aménagement, d’amélioration et d’outillage entrepris par le gouvernement français (chemins de fer, ports, routes, aqueducs) n’ont point changé le caractère du paysage tunisien. Les voyageurs qui ont perdu de vue la Régence y trouveront beaucoup plus d’eau et un peu plus d’ombrage que par le passé. Les labours répétés, l’emmagasinage des eaux pluviales, ont étendu de plusieurs milliers d’hectares la surface des terrains favorables à la culture des olivettes. Un système agricole qui s’inspire fort heureusement des méthodes et des exemples légués par les Romains, a augmenté, en peu de temps, la fertilité de ce pays, que les Arabes avaient,