TUNIS
Les plus récentes statistiques évaluent à 10.000 le sont logés presque tous dans le quartier franc, qui, par
nombre des Français établis à Tunis. Ils ses rues droites, ses avenues rectilignes,
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PLACE BAR-SOUÏ K A , A TUNIS (p. 93).
ses arbres maigres, ses maisons proprettes et neuves, fait songer à certaines villes d Orient hâtivement construites : Athènes, Syra, le faubourg maritime de Smyrne.
Les mêmes statistiques affirment que les Français de Tunis, par leur esprit de solidarité, font mentir les vieux préjugés qui reprochent à notre race une certaine répugnance pour les associations corporatives. La philanthropie, la pédagogie, la science, les lettres, les arts, la charité, ou simplement le désir de s’amuser en commun, ont suscité, là-bas, une quantité de sociétés bienfaisantes, enseignantes ou charitables. Tandis que les « Gaudes », la « Corse », F « Ile-de-France », s’assemblent surtout pour banqueter en l’honneur du pays natal, tandis que la « Chorale francotunisienne », la « Cigale » et F « Harmonie » contribuent, par la musique, à l’adoucissement des mœurs, la « Société des dames de charité » pourvoit au soutien des pauvres, le « Comité local de l’Alliance française » londe des écoles et ouvre des bibliothèques, le cercle tunisien de la « Ligue
de l’Enseignement » offre au public des distractions littéraires, et l’Institut de Carthage élabore un vaste programme d’études, en tête duquel on lit cette devise : Travail et concorde.
12.000 Italiens, établis à Tunis, exercent principalement la profession de terrassiers, se donnent, de temps en temps, des coups de couteau entre eux, subventionnent des écoles où la haine des Français est presque ouvertement enseignée, se croient descendants de Scipion l’Africain et regardent d’un mauvais œil notre protectorat.
12.000 Maltais, répartis un peu partout dans la ville, ont accaparé presque entièrement le
monopole des moyens de transport. Ils mènent, à fond de train, à travers les rues étroites, des
landaus inquiétants et des animaux maigres. Au fond, ces cochers, qui ont l'air casse-cou, sont très prudents et très sûrs.
Les 40.000 .luils de Tunis se sont réservé les métiers qui exigent beaucoup d'adresse., de la
patience, clu flair, un don inné de commerce et d’échange, le sens du calcul et peu de main-d’œuvre. Ils sont passés maîtres dans l’art des transactions, petites ou grandes. Us sortent, le matin, des
PORTE DE MAISON ARAUE A TUNIS (p. 101).
quartiers populeux où pullule leur tribu, et se répandent aussitôt, les uns en robe de cotonnade et en culotte bouffante, les autres en « complet » européen, dans tous les endroits où l’on vend sans fabriquer. Postés surtout dans les pittoresques échoppes des « souks » (fig. p. 97), dans le va-et-vient des touristes en quête de couleur locale, ils s’accrochent aux passants et les obligent, par des paroles engageantes, à regarder leur pacotille île bibelots levantins : tapis enluminés de cochenille, d’indigo, de henné; gandourahs de six coudées; burnous de laine blanche, haiks de soie,
turbans teints ii la couperose, essences de rose, d’églantier, de géranium rosat et de jasmin, selles
RUE DES ANDALOU S A TUNIS (p. 102).
(Dans leurs demeures, les femmes, très curieuses du mouvement de la rue, se cachent derrière leurs fenêtres, soigneusement grillées,
et parfois surveillent ainsi les allées et venues de leurs maris.)
el pistolets (fig. p. 08), bref tout ce qu’il faut pour éveiller, dans l’âme des clients de Cook et de Lubm, le mirage des Mille et une Nuits. Ils savent, dès le premier coup d’œil, apprécier l’état
cl’esprit des flâneurs dont ils convoitent les piastres. A M. Perrichon ils prodiguent leur camelote. Aux autres, à ceux qu’ils entraînent mystérieusement dans leur arrière-boutique, ils proposent, avec des mines friandes, des brûle-parfums d’argent massil ou de bronze ciselé, des bracelets incrustés de gemmes, des plaques d’or où serpentent des écritures indéchiffrables, parfois des trésors véritablement rares et précieux, tout ce que les mercantis économes ont pu drainer dans la débâcle des Arabes.
Le jour du sabbat, le quartier juif est tout fleuri de couleurs joyeuses. Les femmes, les jeunes filles, sont accotées au garde-fou des terrasses, assises derrière le o'rillag'e
des fenêtres , ou debout sur le pas de leurs portes, et causent. Elles ont, presque toutes, de fort beaux yeux, noirs et languissants. Mais celles d’entre elles qui sont mariées s’alourdissent de rondeurs bouffies et flasques. Elles emmaillotent leur embonpoint dans des culottes et des vestes qui les font ressembler à des paquets vivants et grouillants (voir fig. p. 90). Les jeunes filles sont plus jolies. La cosaque collante, le pantalon serré au-dessus de la cheville, enveloppent leurs formes robustes et fines sans trop en dissimuler le contour (voir fig. p. 89). Malheureusement, dès qu’elles sont fiancées, on les engraisse. Les épouseurs juifs, à Tunis, apprécient, avant toutes
choses, l’ampleur et le poids... La plupart des aimées qui dansent la danse du ventre dans les cafés de la rue Halfaouine, et qui deviennent quelquefois « belles Fatmas » pour Expositions universelles, sont des Juives de Tunis (fig. p. 104).
On compte, à Tunis, 65.000 musulmans indigènes. Ils habitent principalement autour de la Kasbah, dans un quartier de maisons blanches, serrées les unes contre les autres et dominées par des minarets carrés. Une ligne de tramways, installée depuis le 1er août 1887 par une compagnie belge, traverse la ville arabe et aboutit à la porte Bab-Benat, voisine de cette mosquée de Sidi- Mahrez qui, par ses huit coupoles, fait songer à Sainte-Sophie. Depuis le 11 avril 1884, les plus mystérieuses impasses de la vieille capitale des beys sont éclairées au gaz. L’électricité elle-même a envahi ce domaine sacro-saint, et sert à nickeler, dorer, argenter les bijoux dont se parent les femmes des croyants. Le téléphone étend les fils de son réseau magique à travers les murailles
des harems. C’est maintenant la vapeur qui, dans cette cité de nonchalance et de routine, s’emploie a fabriquer 1 huile, la glace, le tabac et jusqu’à ces boissons gazeuses dont les mahométans, privés de vin, font leurs délices. Les Arabes assistent, sans trop s’émouvoir, à toutes ces innovations. Ils n en sont ni scandalisés ni surpris et acceptent volontiers toutes les commodités que leur prodigue 1 esprit inventif des infidèles. D’ailleurs, ces empiétements de l’industrie , européenne
n’ont pas ôté aux alentours de la Kasbah ce caractère oriental dont les dilettanti sont justement curieux. Notre civilisation côtoie celle des Arabes, et, par endroits, la pénètre sans la détruire. Le télégraphe, la poste, les trottoirs, la police, les écoles, n’empêchent pas les Arabes d’avoir gardé, avec les traits extérieurs de leur race (visage ovale, front étroit, nez aqnilin, œil noir, barbe rare, noire et frisée), la plupart des costumes qui les signalent à l’attention des voyageurs, des humoristes et des peintres. Si quelque chose peut abâtardir la race arabe et lui ôter ses caractères intéressants, c’est, bien plus que nos institutions, la loi religieuse qui encourage la polygamie, permet l’union avec des femmes d’autre race et menace ainsi l’intégrité du type ethnique. Mais il y a toujours, devant les calés de la porte Saâdoun et de Souk-el-Birka, des loqueteux amusants, qui flânent, les jambes croisées, sur des nattes d’alfa, respirent des parfums de musc, de rose et d’ambre, et fument de la fleur de chanvre, tandis qu’un joueur de luth module quelque vieille mélodie en agaçant les cordes rauques de son instrument. Dans le dédale des rues tournantes, on aperçoit, au passage, mille spectacles menus où l’on voudrait s’arrête)' : un cuisinier (fig. p. 101) qui accommode, en plein vent, son couscous au piment, au lait et au miel, ou sa thebika, mélange de légumes verts, cuits à l’huile ; — un pâtissier qui combine en savantes mixtures la coriandre, la cannelle, le girolle, le fenouil et l’anis; — une poule installée avec ses poussins dans une encoignure, sous le porche d’une mosquée; — un conteur qui pérore tranquillement au milieu d’un cercle de burnous; — quelque gros et important personnage, cheminant, en robe rose et en souliers vernis, sur une mule harnachée de velours et d’argent; — une bande de chameaux qui s allonge en procession interminable le long des boutiques d’un « souk » ; — un vieux notaire, dont le profil, penché sur quelque parchemin, s’encadre dans le carré d’une fenêtre.
Le grouillement déguenillé et splendide des villes d’Orient : les cris des marchands dans les rues, la mélopée plaintive des mendiants, les petits ânes surchargés, dont le pied glisse sur les pavés pointus; toutes les rencontres imprévues qui, dans ces cités de rêve et de misère, amusent ou heurtent le passant : un fou qui se promène, hagard, et que chacun regarde avec une pitié mêlée de respect; un nègre danseur qui se trémousse en faisant cliqueter des castagnettes de 1er battu; une femme voilée qui chemine en rasant les murs, droite et silencieuse dans le flottement de ses mous-
petit garçon de douze ans su iva n t les
DAMES AU MARCHÉ POUR PORTER LEURS EMPLETTES (p. 102).
selines de soie, tout cela est encore vivant, remuant, bariolé, dans la Tunis moderne, restée multicolore et diverse, malgré les inventions de l’Occident.
DE TUNIS A TÉBOUItSOUK
C’est à Medjez-el-Bab, quatrième station du chemin de fer qui va de Tunis à la frontière algérienne, que nous avons vu, pour la première fois, les populations indigènes dans leur décor familier, loin des centres cosmopolites où l’Arabe, subtil et commerçant, s’exhibe plus ou moins, pour divertir les voyageurs.
C’était le 5 avril. Le ciel était un peu voilé de nuages. Par moments une petite pluie line battait les vitres de nos wagons. La voie ferrée longeait des haies de cactus1, côtoyait des cimetières, dont les tombes envahies d’herbes folles s’éparpillaient autour de la coupole blanche d’une koubba. Parfois, une maison coquette et légère — résidence d’été de quelque dignitaire beylical — apparaissait à travers les branches des mandariniers. Passé le Bardo (fig. p. 105), nous vîmes un aqueduc espagnol dont les arches de pierre rousse semblaient enjamber la campagne rayée d’averses. A la station de la Manouba, un gentil chasseur bleu, sur un cheval blanc, flâne et regarde le train... Voici l’aqueduc de Carthage, ruine ébréchée, parmi des labours ensemencés de blés pauvres, où s’étale, au creux des sillons, une neige de pâquerettes blanches... Un douar, des tentes de poil de chameau, à deux pas du chemin de fer. Un troupeau de bœufs efflanqués se sauve à droite et à gauche de la locomotive, à travers les jachères. Rien de plus curieux que la superposition brusque de notre matériel compliqué et savant sur cette terre barbare. Les fils du télégraphe dessinent de fines nervures sur un fond de collines molles, dont la verdure courte est ponctuée de rondeurs blanches par les dômes des marabouts. La plaine est pâle, étant couverte presque entièrement par des rameaux secs de jujubier sauvage. Cette plante est l’ennemie du laboureur. Elle s’accroche obstinément au sol et persiste à s’enraciner, alors que le lentisque, le genêt d’Espagne, la
ronce agréable aux chameaux, les broussailles d’azerolier, le romarin, le thuya et le garou se
prêtent davantage à l’arrachement. Pourtant, les environs de Tunis, défrichés çà et là par la colonisation, commencent à se dépouiller du linceul de mauvaises herbes où des siècles de paresse et de désespérance avaient enseveli ce sol tant piétiné, si souvent dévasté. Blâme qui voudra
— au nom d un art qui se brouille avec la vie ! — ces empiétements de l’agriculture, de l'indus¬
trie et du commerce. 11 est certain que les minoteries neuves, éparses dans ce pays naguère encore si sujet aux famines, donnent une impression de sécurité. Mon voisin de wagon, M. le
1. C est ainsi que les touristes et les faiseurs de descriptions appellent V Opuntia épineux. Je me soumets à 1 usage courant. Cette plante, d’ailleurs, ne mérite point d’être considérée comme caractéristique du paysage africain. Car elle fut importée d’Amérique parles Espagnols et répandue par eux dans le Maroc, d’où elle s’étendit jusqu'aux contrées voisines. On la trouve aujourd’hui dans tout le nord de l’Afrique.
FEMMES SUR LES TERRASSES DES MAISONS, ACCUEILLANT LES VOYA¬ GEURS PAR DES CRIS (p. 104).
commandant Plée, chef du Service des renseignements près la Résidence générale, me fait remarquer au passage une exploitation agricole dont les murs blancs, les briques rouges, les baies bien alignées, les outils correctement rangés, font plaisir (vraiment oui), au milieu de l’incurie des
Arabes. C’est la propriété, on pourrait dire la conquête de M. Trouillct, un colon qui est venu ici avec 20.000 francs et la résolution de ne rien emprunter. C’est une joie que de voir ainsi, de ses propres yeux, sans l’intermédiaire d’un livre ou d’un conférencier, ce que peuvent la ténacité et l’initiative. Nul tableau comparatif, nul graphique, nul diagramme ne vaut ce spectacle, qui est une leçon d’énergie.
M. Klcpper, contrôleur de Béjà, venu à cheval de sa résidence, nous rejoint en route et monte dans le train. C’est un grand jeune homme blond, aux yeux francs, d’allures dégagées, de tournure militaire, portant avec aisance l’uniforme élégant et sobre qu’un règlement récent attribue aux agents de son grade : képi brodé d’argent, dolman soutaché de ganses noires. Si les douze autres contrôleurs de la Régence ressemblent à M. Klepper, les indigènes ont assurément une bonne opinion de notre race.
La station de Medjez-el-Bab est située à un kilomètre environ de la bourgade arabe qu’elle dessert. Ce point sera plus tard le centre d’un actif roulage, lorsque les mines du Djebel-el-Akhouat seront complètement exploitées. M. Klepper me fait remarquer les eucalyptus, dont la végétation salubre enveloppe de verdure et d’ombre la maison du chef de gare.
« La pousse de ces arbres, me dit-il, est incroyablement rapide. Ceux-ci n’ont pas plus de sept ans. » Autrefois, on combattait la malaria du maquis tuni sien en brûlant beaucoup de mastic, de myrte et de romarin. L’eucalyptus remplit maintenant cet olïice, jusqu’à ce que la culture intensive ait détruit, dans toute la région, les germes de la fièvre.
Aux abords de Medjez-el-Bab, un orchestre villageois lait sonner à nos oreilles les coups sourds des tambours en peau de chien, et pleurer les chevrotements de la flûte bédouine. Un groupe de femmes voilées glapit, en notre honneur, des y ou i/ou qui sont, parait-il, l’expression de la joie dans ce pays (fig. p. 103).
Le maître d’école de Medjez-el-Bab a prêté sa maison aux gens chargés de nous servir à déjeuner. La table est dressée dans la salle de classe. Les huîtres, les langoustes et le champagne du Résident ne nous empêchent pas de regarder, autour de nous, les cartes de géographie, les tableaux de système métrique, tout le matériel scolaire , importé de France, qui contribue
à répandre, dans ce petit coin de l'Afrique française, un peu de notre science et de notre méthode.
Au moment du dessert, vers l’instant où la digestion commençante risque d’engourdir les esprits, un épisode inattendu et gracieux nous remet en joie. Quatre ou cinq enfants de la tribu des Bejoua demandent à entrer, et le plus grand (un garçonnet de douze ou treize ans, au teint mat, aux yeux noirs de gazelle effarouchée) récite, d’une voix douce et rude à la fois, un compliment fort bien tourné. On a beau savoir que c’est l’instituteur qui a rédigé cette petite harangue,
ESCALIER UES LIONS, AU PALAIS DU BARDO, PRÈS DE TUNIS (p. 103).
— cet appel à la France lointaine, ce recours à la puissance et à la bonté de notre race ont un tout autre caractère que les souhaits de bienvenue dont les écoliers et les maîtres d’école sont coutumiers lorsqu’ils reçoivent la visite d’un personnage important. C’était, en quelque sorte, le Protectorat qui nous apparaissait sous une forme particulièrement touchante, mieux expliquée par cette bienvenue enfantine que par les phrases solennelles des protocoles. Parmi ces enfants, il y avait un bambin tout petit, joufflu et potelé, pas plus haut que la botte d’un spahi, très drôle sous sa veste brodée d’or et sa chéchia rouge comme un coquelicot. On le lit passer par-dessus la table. Le Résident l’éleva dans ses bras et l’embrassa. Chaque convive le bourra de gâteaux. II nous parut alors que l’autorité française en Tunisie devait s’imposer au cœur des petits, à l’âme des foules, par quelque chose de tutélaire et de paternel. Ce malheureux pays, ces malheureuses races, si longtemps vexées et foulées, comptent sur nous, après tant de siècles de servage, d’angoisse et
d’épouvante. Si nous songions toujours aux devoirs que nous imposent nos conquêtes, la politique de la métropole en serait peut-être meilleure et plus digne. Noblesse oblige.
Testour, un village andalou, des souvenirs de Grenade au beau milieu des tribus, un cheik qui ressemble à un muletier de la Sierra, déguisé eu Arabe, et aussi, par une antithèse paradoxale, des vergers de pommiers, comme en Normandie. Voilà ce que nous avons vu pendant cette courte balte d’après-diner pluvieuse.
Grcuoé. ptu ■ A.Sunon. 12, rue. Nicole, Pai'is
ITINÉRAIRE DE LA TOURNÉE ORGANISÉE PAR LE GOUVERNEMENT TUNISIEN (p. 108 et SUiV.).
(Apres avoir visité Tunis et Hummam-Lif, Potinville, la Goulelte, Sidi-Bou-Saïd, Carthage, Utique, Mateur, Bizerte, la Tournée a suivi l'itinéraire marqué par les flèches : de Tunis a Medje/.-el-Bab, Testour, Téboursouk [avec visite à Dougga] ; — au Pont de Trajan, à Béjâ [avec détachement a Aïn-Draham et Tabarka] ; à Souk-el-Arba, Nebeur, le Kef, plaines du Sers, Zanfour, Elle/, Malctar, la Kessera, Sidi-Mohammedben-Ali, Kairouan, Sousse; puis, par mer, de Kairouan a Sfax et à (jubés : de la visite aux Troglodytes [Hadèje, Toujaue] retour, par mer, de Gabés à Sfax, Mahédia, puis, parterre, à El Djem, Djeminal, Sousse, l’Enfida et Tunis.)
Le Résident, qui connaît par le menu l’histoire de la Tunisie, nous donne d intéressants détails sur les Espagnols qui sont venus s’y établir après le jour où, par un dessein si hardi, 1 empereur Charles-Quint entra en personne dans la capitale des beys et se proclama leur suzerain. Les Andalous se sont agglomérés particulièrement dans la presqu’ile du cap Bon, aux environs de Bizerte et ici. Il ont (ait souche de laboureurs excellents, et les ethnographes peuvent reconnaître encore les traits de leur race sous le haïk et le burnous. Les noms mêmes des habitants de les-
tour indiquent fort clairement leur origine. Le minaret de la mosquée ressemble au campanile de certaines églises d’Espagne1. Un de nos compagnons de voyage, — un des plus aimables et des plus instruits, — M. Saladin, qui a étudié de très près, en 1882, en 1883 et en 1885, les monuments de la Tunisie, nous explique, avec infiniment de précision, ces parentés architecturales et nous montre ingénieusement ces juxtapositions de couleurs et de styles, qui font ressembler la Régence à une immense mosaïque.
Le khalifah de Testour (c’est-à-dire le lieutenant du caïd) a préparé un repas pour nous dans le palio de son logis. C’est la première fois que nous entrons dans une maison arabe. Cette sorte de maison, vue du dehors, est rarement belle. Ses grands murs aveugles ont un aspect claustral. Elle invite a la retraite. Elle décourage les indiscrétions. Scs rares fenêtres sont closes par des verrous et des grilles. Ses portes, volontiers rébarbatives, sont garnies de clous et de barres, véritables épouvantails pour les intrus. Mais , sitôt qu’on y est admis, on éprouve une délicieuse impression de fraîcheur et d’ombre. La vie de la maison arabe est tournée tout entière vers l’intérieur.
Cette disposition vaut peut-être mieux que l’étalage, l’ostentation, la vaine curiosité qui nous dispersent vers la rue. Ici on vit vraiment chez soi. On n’ouvre sa maison qu’à bon escient.
C’est pourquoi l’hospitalité musulmane a du prix.
Le khalifah, un peu bedonnant, mais superbe tout de même sous les plis bouffants de sa jebba en soie couleur de safran, a étendu sous nos pieds des tapis moelleux et réuni les trois ou quatre chaises de paille que la civilisation a voiturées jusqu’à Testour. Ses femmes ont pétri des gâteaux au miel et pelé des oranges pour notre plaisir.
Les gens de Testour n’ont pas toujours été aussi accueillants pour les Français. Sur la route, à l’entrée du village, j’ai vu un cippe consacré à la mémoire de nos soldats morts dans ce district. En 1881, le bey actuel, Si-Ali, commanda, ici même, une colonne qui prit part, avec nos troupes, à un combat contre les Oulad-Ayar révoltés.
CHARMEUR DE SERPENTS (p. 102).
1. Voyez la Population et les Races en Tunisie, fig. p. 49 et 59.
T Ji B O U. R S O U K
6 avril. — Réveil au chant du coi
L :U1X idiois des chiens, au beuglement des troupeaux, tandis
CHARMEUR DE SERPENTS (p. 102).
que 1 aube, par les lentes des volets mal clos, avive la blancheur des quatre murs entre lesquels le commandant Rébillet1, surintendant de notre caravane, a fait installer deux lits de camp. J’ai eu pour camarade de chambrée M. Marcel Dubois, professeur de Géographie coloniale à la Sorbonne. Cette première nuit de voyage nous a rappelé à tous les deux nos étapes anciennes en Grèce et en
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