Aujourd'hui lieutenanl-colonel
Asie Mineure. Un peu grisés par ces ressouvenirs, nous laissons monter à notre mémoire des refrains romaïques, jadis entendus sur les routes du Levant. Ce concert exotique sonne comme la diane dans la maison de notre hôte El Hadj-Amine. Nos voisins, le romancier René Bazin, l’architecte Max Doumic, l’économiste Chailley-Bert, les députés Henry Boucher et de la Porte, veulent bien ne pas se plaindre de cette musique trop matinale.
Le programme de notre journée comporte une visite aux ruines romaines de Dougga, séparées de Téboursouk par une distance de deux ou trois kilomètres. Il y a là, sur une de ces acropoles à pic que les Arabes nomment kel, un temple corinthien dédié à Marc-Aurèle et à Lucius Vérus; un théâtre dont l’hémicycle a vingt-cinq rangées de gradins; un mausolée « punico-berbère ». Quelle joie pour M. Gaston Boissier, pour M. Cagnat, pour M. Saladin, pour M. Héron de \ illefosse, surtout pour M. Gauckler, inspecteur général du Service des Antiquités et des Arts en Tunisie, cicerone infatigable qui nous lait avec beaucoup de science et d'agrément les honneurs de son domaine!
Tout le long de la route qui mène aux ruines, les gens de Téboursouk, massés sur les talus sablonneux et les collines pelées, saluent d’un geste grave de la main, lentement portée vers le front. Le Résident, toujours le premier en selle et le dernier au gite, prend la tète de notre cavalcade. Derrière lui, à distance respectueuse, galope une escorte de burnous bleus. Ce sont des spah is de Y ou djaky milice indigène qui forme une sorte de garde particulière pour les services de la Résidence et des contrôles.
Je chevauche botte à botte avec le contrôleur de Téboursouk, M. René Gautier. Encore un tout jeune homme, grand, bien découplé, mince dans son dolman pincé, l’air « officier », fort à l’aise sur son joli cheval noir. Je cause avec lui. J’apprends qu’il est marié, que sa jeune femme habite là, dans cet exil de Téboursouk, et n’y trouve nul déplaisir. (Qui donc a dit que les Françaises ne savaient plus s’expatrier?) La maison du contrôle, récemment bâtie sur la hauteur entre la ville arabe et le camp du 3e bataillon d’Afrique, vient d’être égayée par la venue d’un bébé, qu’une servante française promène dans une petite voiture, à travers les sentiers bordés de cactus.
Plusieurs officiers du bataillon stationné à Téboursouk nous ont suivis aux ruines, Quelques^ uns de ces messieurs sont archéologues, notamment le lieutenant Hilaire, qui a publié des mémoires très appréciés des spécialistes. C’est une façon intelligente d’employer les loisirs de cette garnison
MUSICIEÎJ NKQH.E (p, 113).
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GENS DE TÉBOURSOUK, REGARDANT PASSER LA TOURNÉE (l). 109).