‹ La TunisieChapitre 26 sur 157 · JU K Ë F AUX PLAINES DU SERS · texte numérisé non relu

JU K Ë F AUX PLAINES DU SERS

Passé le Ivef, il faut renoncer aux routes dites carrossables. Nos membres de 1 Institut et leurs landaus rouleront comme ils pourront sur des pistes sablonneuses, tracées a travers la brousse par le piétinement séculaire des bêtes et des gens. Nous entrons dans un paysage de roches blanches,

désolées, mouchetées de touffes malingres. Par endroits, un verger maigre, un semis de trèfle ou de luzerne évoque furtivement le paysage potager de l’Europe. Puis, ce sont des plaines rases, que le thym ponctue d’un grènetis violet. Ce n’est pas le désert. C’est déjà la solitude des terres barbares. Seuls les poteaux du télégraphe, espacés de loin en loin, jalonnent ici, dans ces étendues vastes où l’on pourrait déployer des armées, l’itinéraire pacifique de la civilisation. A mesure que le soleil monte dans la candeur azurée du ciel, le relief des montagnes lointaines se noie de lumière épandue. Seuls, les premiers plans présentent encore des surfaces modelées. Le caïd du Kef et les tribus de son district ont résolu d’organiser, pour nous divertir, une chasse au faucon (fig. p. 113). Encore de nouvelles scènes de la vie arabe. Les fauconniers caracolent autour de nous, l’oiseau sur le poing. L’un d’eux a fait percher son faucon sur sa tête.

L’oiseau- étend les ailes pour ne pas tomber. De loin, en voyant cette étrange envergure, on dirait que ce cavalier musulman s’cst coiflé du casque de Lohengrin. Toujours, autour de nous, l’espiègle galopade de ces petits chevaux qui, tout nus, ressemblent à des biques, et habillés, parés, prennent des allures si élégantes.

Halte. Les fauconniers s’éparpillent en tirailleurs pour rabattre le gibier. Ils filent, ils filent.

SCÈNE DIS l’A N T A S I A ( C O M U A T DU CA¬ VALIER ET DU FANTASSIN) (p. 121).

CAVALIERS DE FANTASIA DEVANT LES TENTES (p. 121).

vertigineux, et les plus rapides ne sont déjà plus que des points qui s’agitent sur la verdure pâle. Les photographes de notre caravane mettent pied à terre, vivement, et courent après les coureurs pour les saisir au vol. Rien de plus drôle que de voir ces chasseurs chassés par la photo-jumelle de M. Levasseur, par le « détective » de M. Henry Boucher et par les énormes appareils de M. Max Doumic, cependant que M. René Bazin, M. Étienne Lamy et quelques autres prennent des notes...

On repart. Toujours la plaine monotone. La vie, la vie nouvelle, que la colonisation voudrait introduire dans ces steppes, apparaît ch et là en taches de culture. L’orge essaye d’égayer cette terre ingrate et de conquérir doucement cette glèbe abandonnée aux lentisques sombres, aux floraisons du romarin, à la végétation indiscrète des cistes, aux petites corolles du thapsia. Par places, un bouquet de caroubiers épaissit son feuillage dense et immobile. De loin en loin, un petit pin d’Alcp,

G01A1 DE CAVALIERS, CAÏD E A TÈTE , A LIANT A LA RENCONTRE DE M. MILLET (p. 121).

isolé et mélancolique, travaille de son mieux au reboisement de la contrée. L humanité semble avoir déserté ce pays. C’est .à peine si des gourbis misérables, tapis au ras du sol comme des champignons, attestent ici la présence de quelques bergers. Près d’un de ces douars clairsemés, une vache pelée nous regarde passer. Deux petits bergers, accroupis parmi leurs troupeaux, ressemblent ii deux paquets de linge sale ; quelques moutons, serrés les uns contre les autres, paraissent lixés au sol par l’aveuglante lumière. Et l’on va, sur cette interminable plaine du Sers, qui, aux approches de Zanfour, se rétrécit, devient un couloir remblayé par des collines molles. Cela me rappelle les plaines de la Phrygie.

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