‹ La TunisieChapitre 27 sur 157 · CAMP DE 7. A N F O U R , M A T IC A H · texte numérisé non relu

CAMP DE 7. A N F O U R , M A T IC A H

11 avril. — — « A Zanfour, on couchera sous la tente dans un site. » Ces mots, lus sur l’ordre de service que nous distribue chaque soir le commandant Rébillet,- a réveillé, dans nos âmes de citadins, des hérédités nomades.

Voici notre camp. C’est une excellente « leçon de choses » pour ceux de nos compagnons qui veulent voir comment s’abritent les habitants vagabonds des douars. Nos tentes, en poils de chameaux, s’alignent sur deux rangées parallèlement au lit desséché de 1 Oued-Zanfour (fig. p. 114). Elles sont calfeutrées de laines, ornées de tapis magnifiques, fleuries de branches vertes.

Tandis que nos archéologues, à peine arrivés, montaient, sans reprendre haleine, au coteau revêche où les temples de l’ancienne Assuras achèvent de s’écrouler, un tourbillon de cavaliers, un flot de « piétons », et des chameaux, et des chiens, et des bourricots, emplissent la plaine de poussières, d’aboiements, de rumeurs confuses, de burnous épais, de galops effrénés. Qui n’a pas vu cette brusque levée des goums, ce rapide exode des tribus, ne peut rien comprendre à l’histoire des Croisades. L’Orient est coutumier de ces assemblées, venues on ne sait d’où, qui grossissent comme des nuées de sauterelles et se dissipent comme un orage d’été.

L’islam immobile se mobilise instantanément.

A 8 heures du soir, diffa, ce qui veut dire, en arabe, repas. Encore

. ARRIVÉE A LA KESSERA (p. 121).

une occasion, pour nos ethnographes, do s instruire sans fatigue et avec plaisir. M. Levasseur, qui sait tout avec précision, explique obligeamment que « le couscous est fait, de blé concassé en semoule et cuit à la vapeur au-dessus d une sauce fortement épicée [mcirgaf dans laquelle on a mis des morceaux de mouton ». M. Georges Perrot, qui a gardé la nostalgie des routes d’Asie Mineure, préfère le pilaf des Turcs.

« Patience! réplique le capitaine Bordier, contrôleur de Maktar. Vous n’avez pas encore goûté au méchoui. Oh ! le méchoui ! Vous ai lez voir ea ! »

Et, patiemment, nous laissons passer les boulettes de viande au cubèbe, les dattes farcies, les pâtés au miel et au beurre, la chekchouka, mélange de légumes variés, oignons, pommes de terre, fèves, un ragoût

DESCENTE DE S1U1-JI011AMMISD-BBN-ALI (p. 122).

aux cardons sauvages, et des gâteaux

pimentés de coriandre, de cannelle, de oirolle, de fenouil, d’anis, et enfin je ne sais combien d’oranges, nageant pêle-mêle avec des viandes, dans l’huile. Salut au méchoui , que les serviteurs du caïd apportent d’un air solennel (fi g. p. 115 et 116)! C’est simplement un mouton rôti, mais rôti avec amour. Toute la journée, tandis que la bête embrochée tournait au-dessus du brasier, un Arabe l’arrosait de parfums agrestes, subtilement dérobés, par des infusions savantes, aux simples de la montagne. Ce mouton est imprégné d’aromes. Il concentre toute la flore de la Tunisie. C'est un traité de botanique amusante. Je parie que notre aimable compagnon M. Dybowski, directeur de

1 Agriculture, reconnaît, dans son assiette, la saveur de Y Allium roseum et du Trifolium nigrescens- La peau surtout, la peau du méchoui , rissolée, dorée, croquante, est un excellent manger, qui s’associe très bien au champagne du Résident.

Au sortir de ce banquet, dont l’exotisme s’assaisonne heureusement d’élégances parisiennes,

voici, de nouveau, un spectacle qui ouvre à nos yeux émerveillés des perspectives profondes vers le passé. Sous le ciel étincelant d’étoiles, la plaine, jusqu’au bout de l’horizon, est semée de feux. Les goums bivouaquent sur le terrain, autour de leurs campements, et ont allumé, pour se défendre contre la fraîcheur nocturne, des bûchers de bois sec. La brise, qui s’est levée sitôt après l’agonie du soleil, active la flambée des branches (le thuya et des broussailles de câprier. Les gens se pressent dans le tiède rayon des flammes claires, qui jettent de dures lueurs sur les burnous serrés, sur le métal des armes, sur les mains qui s’approchent frileusement de la indigènes regardant passer les voyageurs braise, sur les cercles de visages noyés d’ombre. Cil et là

DE LA TOURNÉE (p. 120). • 1 i .

parmi les chameaux accroupis comme des blocs confus, un

cheval entravé s’ébroue, tendant ses naseaux ouverts et aspirant les ellluvcs du large; un âne dresse les oreilles; un sloughi dort, son (in museau allongé sur ses pattes; un groupe de femmes, empaqueté de voiles flottants, murmure des causeries dolentes... Oii sommes-nous? Dans quel pays? dans quel temps? Est-ce le camp des Grecs dans la plaine de Troie? C’est ainsi qu’Homère l’a décrit. Est-ce au temps des Byzantins ou des Vandales, la première halte des tribus, émigrant

vers le nord et couvrant de leurs troupeaux débandés, de leur cavalerie éparpillée, de leur anarchie nomade, ce qui fut 1 Afrique proconsulaire ? Quelle impression, pour un moderne, pour un civilisé, que de voir ainsi, de ses yeux, un spectacle qui ne diffère point de ce qu’ont pu voir, en des siècles anciens, le géographe Edrisi et le voyageur Ibn-Khaldoum !... C’est a quoi je songe, en rentrant sous ma tente, où le sort bienveillant m’a donné pour voisin le géographe Vidal de la Blache.

De Zanlour a Maktar. Etape grise, sous les coups de fouet d’un vent de nord-ouest qui jette vers nous des grains arabe faisant des tours pour ga- vlolents et clcs averses rageuses. Nos membres de l’Institut

r^ït:a;z mi* PÈ ont b:,issé les cap°tes de ,eurs • cp “is temps

navre le contrôleur de Maktar, le brave capitaine Bordier, que je vois trotter là-bas, aux grandes allures, à la tête de ses goums, parmi des étendards dont la pluie, hélas ! rabat la fierté.

Le capitaine, qui est un grand maître de fantasias, avait élaboré un programme fort alléchant, que je copie avec une admiration mêlée de regret :

t. Cheval dressé en haute école.

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