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ÉTAT ACTUEL DE L’EXPLOITATION DES MINES ET DES CARRIÈRES

La législation qui régit actuellement l’industrie extractive en Tunisie est des plus sommaires : elle se borne, en effet, à un décret unique, celui du 10 mai 1893, qui n’est guère qu’un règlement sur les travaux de recherches de mines. Cependant les quatre premiers articles de ce décret, inspirés des traditions de la législation musulmane et des errements constamment suivis par le gouvernement beylical, posent le principe de la domanialité des mines et établissent nettement la distinction entre les mines et les carrières1.

Ce décret peut suffire encore quelque temps aux besoins de la Tunisie, mais il sera forcément complété un jour par une législation sur les concessions, sur la police des mines, sur la sécurité des ouvriers, etc., en un mot par l’ensemble des stipulations qui sont nécessaires pour constituer un code minier.

1. Ils méritent d’être transcrits ici, en raison de leur importance.

« Article premier. — Les mines étant propriétés domaniales, nul ne pourra faire des recherches de mines sans autorisation du gouvernement tunisien donnée par arrêté de notre Directeur général des Travaux publics.

« Cette interdiction ne porte aucune atteinte au droit de tout propriétaire de pratiquer des fouilles ou sondages sur son propre terrain. Mais ces travaux ne pourront être considérés comme ayant pour objet des recherches de mines qu’autant que celui qui les effectue sera muni de l'autorisation administrative.

« Art. II. — ■ Sont considérés comme mines :

« § lor. — Les gîtes de :

« 1° Houilles, lignites et tous autres combustibles fossiles (la tourbe exceptée), graphite, bitume, pétrole et autres huiles minérales ;

« 2° Les substances métallifères, telles que: minerais d’or, argent, platine, mercure, plomb, fer, cuivre, étain, zinc, bismuth, cobalt, nickel, manganèse, titane, antimoine, molybdène, tungtène, chrome;

« 3" Soufre et arsenic, soit seuls, soit combinés avec les métaux alcalins, et sels solubles à base de métaux indiqués au 2°;

« 4° Sels gemmes et autres sels associés dans le même gisement.

« § 2. — Les sources salées.

« Art. III. — Sont considérés comme carrières appartenant aux propriétaires du sol les gîtes non classés comme mines, tels que: ardoises, grès, marbres, granits, basaltes, laves, les pierres à bâtir de toute nature, les pierres à chaux, à plâtre, les pouzzolanes, sables, argiles, pierres à fusil, kaolin, terre à foulon et à poteries, les substances terreuses et cailloux de toute nature, les amendements ou engrais.

« Art. IV. — • En cas de contestation sur la classification d’un gîte de substance minérale ou fossile, il est statué par un décret de S. A. le Bey... »

La suite du décret fait connaître les règles de demande et d’établissement des permis de recherche, ainsi que les droits et les obligations des permissionnaires; elle indique, en outre, les formes à suivre pour les occupations temporaires, tant pour les permis de recherche que pour les concessions, et prévoit les pénalités applicables aux contrevenants.

L’avenir est entièrement réservé à ce point de vue, puisque les principes posés par le décret de 1893, qui les a tirés lui-même de la loi musulmane, ne sont pas en opposition avec ceux de la loi- française. Toutes les concessions accordées depuis l’établissement du Protectorat l’ont été suivant les errements de la loi française1.

En ce qui concerne les carrières, il y a une certaine urgence, en raison du développement que prend tous les jours leur exploitation et du peu de garantie qu’offre en général leur direction technique, ;i combler la lacune que présente la législation beylicale à leur égard. Un décret sur cette matière a été préparé par la Direction générale des Travaux publics, d’après les indications de la loi française. 11 soumet les carrières au régime delà déclaration, fixe les règles de leur exploitation et indique le service chargé de leur surveillance, ainsi que les conditions de cette surveillance ; il édicte, enfin, la pénalité applicable aux contrevenants. Ce décret ne saurait tarder à être promulgué.

Le nombre des concessions de mines actuellement en vigueur dans la Régence s’élève à neut seulement, dont sept accordées depuis le Protectorat. Sur ces neuf mines, cinq seulement sont en exploitation : ce sont toutes des mines de zinc.

La seule concession nouvelle en instance est celle du Djebel-Bou-Jaber. Ce gisement, situé sur la frontière algérienne, à environ 30 kilomètres à l’est de la gare de Morsott, parait devoir renfermer des quantités de calamine (hydrocarbonate de zinc) suffisantes pour permettre une bonne exploitation. Les transports devront se faire par l’Algérie ; les minerais seront dirigés sur Bône par la ligne de Tébessa. Les formalités de l’instance pourront être terminées au commencement de l’année prochaine.

Le petit nombre des exploitations minières de la Régence est dû, pour une faible part, à la difficulté des communications et à la cherté des transports qui, venant grever les minerais, matières lourdes, rend onéreuse leur sortie de la mine. Par l’effet du développement économique du pays et de l’accroissement des moyens de transport, cette cause perdra peu à peu son influence, mais les exploitants se heurteront toujours aux aléas que présentent les gisements de zinc, en raison de l’irrégularité de leurs amas et de l’absence de caractères géologiques qui permettent de les rechercher méthodiquement. Quant aux minerais de plomb que la Régence possède, il ne faut guère songer à en tirer parti, étant donnée la baisse de l’argent, lequel forme un appoint important dans l’exploitation du plomb. En résumé, les dépôts irréguliers du zinc, qui se sont concrètés dans les failles et les poches de la formation géologique du nord de la Régence, semblent, pour le moment, la seule richesse minière pratiquement exploitable dans cette région. L’activité des chercheurs à cet égard est loin, d’ailleurs, de se démentir et de se laisser facilement rebuter. Sous le régime du

1. Les demandes de concession adressées au Directeur général des Travaux publics sont l’objet d'une enquête administrative au contrôle civil dans le ressort duquel est situé le gisement; un registre de réclamations y est ouvert pendant deux mois. Un rapport sur le gisement est dressé par l’ingénieur des mines; le dossier est ensuite envoyé à Paris et soumis à l’examen du Conseil général des Mines; la convention de concession est passée par le Directeur général des Travaux publics et approuvée par décret de S. A. le boy.

EXPLOITATION DES MINES ET DES CARRIÈRES EN TUNISIE

décret de 1893, plus de 200 demandes de permis de recherches ont été présentées ; une quarantaine seulement avaient été assez sérieusement étudiées pour recevoir une suite favorable. Ces permis concernent à peu près exclusivement des minerais de plomb et de zinc.

§ 1. — Concession de Djebba.

Cette mine a été concédée, en 1873, à la Société des Batignolles, qui avait également le chemin de fer de la Medjerdah et qui a cédé ses droits à la Compagnie Bône-Guelma ; elle se trouve située à 24 kilomètres au sud-est de Souk-el-Kémis, station de la ligne précitée. Malgré cette condition avantageuse, le gisement n’a jamais été exploré, en raison, sans doute, des exigences du cahier des charges. Les progrès économiques du pays, combinés avec une révision des clauses de ce cahier des charges, permettraient vraisemblablement aujourd’hui la mise en valeur du gisement. L’administration poursuit actuellement l’étude de cette question et la mise en harmonie de cette concession avec celles qui ont été accordées depuis l’occupation.

La mine a été autrefois exploitée comme gite de plomb ; mais on y trouve aussi du carbonate de fer et de zinc. Un oued assez abondant pourrait fournir sur place la force motrice nécessaire.

<5 2. — Concession du Djebel-Reças.

Cette mine est située h environ 25 kilomètres au sud-est de Tunis.

La concession actuelle date de 1877 ; clic appartient à la Societa metallurgica italiana. Le gisement renferme à la fois du plomb et du zinc ; les premiers travaux avaient surtout pour objet le plomb ; postérieurement on exploita le zinc. Le concessionnaire lit de grandes dépenses pour les bâtiments de l’administration, la laverie, la fonderie, etc. ; des capitaux importants furent absorbés, qu’il eût mieux valu employer en travaux de recherches, et, finalement, l’exploitation dut être suspendue en 1892. Elle n’a pas été reprise depuis. Quelques tentatives pour vendre la mine ont été faites sans succès par la société concessionnaire. Il semble, cependant, qu’étant donnée la proximité du port de Tunis, il serait intéressant de rechercher par des travaux neufs si les gisements du Djcbel-Recas ne renlerment pas des amas encore inconnus, dont on pourrait tirer un parti avantageux. Les profits à espérer ont toutes chances d’être rémunérateurs, si, comme il y a lieu de s’y attendre, le tramway à voie d’un mètre, qui doit relier la plaine agricole du Mornag au port de Tunis, était mis prochainement en exploitation, et si le concessionnaire de la mine établissait un embranchement particulier pour la joindre à la ligne principale.

§ 3 — Concession du Mokta-eUHadid.

La Compagnie algérienne de Mokta-el-Hadid a obtenu eu 1884 la concession de divers giseinents ferrugineux, situés le long du littoral nord de la Tunisie* entré Thabarka et le cap Negro. Les premiers de ces gisements sont situés à 12 kilomètres, les derniers à utie quarantaine de kilométrés de Thabarka. On peut admettre, d’après les premières études faites* que le groupe le plus voisin dé

Thabarka renferme près de 2.000.000 de tonnes de minerai à environ 50 pour 100 de fer, et que le groupe le plus éloigné en renferme à peu près autant. Cependant, et bien que l’afFaire paraisse susceptible de donner des bénéfices, la Compagnie concessionnaire n’a fait jusqu’à ce jour aucune tentative d’exploitation. La cause générale de cette situation réside d’abord dans la teneur légèrement arsenicale du minerai, et surtout dans la baisse qu'a subie universellement le fer ; les stipulations du cahier des charges, qui impose à la Compagnie concessionnaire, entre autres obligations, la construction d’un port à Thabarka et celle d’une ligne ferrée reliant les gisements à ce port, sont, d’ailleurs, une lourde charge pour l’entreprise. Une révision du cahier des charges, opérée d’un commun accord, pourrait, peut-être, remédier à une situation aussi préjudiciable à l’intérêt général. L’administration a engagé des pourparlers dans cet ordre d’idées.

§ 4. — Concession du Comité d’études de Thabarka.

Le Comité d’études des mines de Thabarka a obtenu également, en 1884, la concession de gisements de fer situés, comme le précédent, en Ivhroumirie, et se présentant dans des conditions analogues. Le cahier des charges stipule l’obligation de construire une ligne ferrée aboutissant au cap Serrât et l’établissement en ce point d’un port d’embarquement.

La situation générale de cette concession est à peu près identique à celle de la concession du Mokta-el-Iladid, et il sera peut-être possible d’y remédier par les mêmes moyens.

La création du port de Bizerte, terminé en 1895, est venue, du reste, apporter à la question un élément nouveau, et des études sont faites en vue d obtenir, en dirigeant les minerais vers ce port, une solution économique de la question, tout en dotant d’une voie ferrée une région forestière peu connue jusqu’à présent.

§ 5. — Concession du Kanguet-et-Tout.

Cette mine a été concédée à M. Faure par décret du 6 février 1889 ; elle est située à une trentaine de kilomètres au nord de Béjà, sur la route qui reliera cette ville à Thabarka et qui est actuellement terminée entre Béjà et la mine. Le périmètre de la concession embrasse 1.086 hectares.

Cette mine et toutes celles qui nous restent à examiner sont en pleine exploitation, dans les limites que permettent à la fois la cherté des transports, les difficultés de recrutement des ouvriers, et surtout la nature spéciale du minerai de zinc, qui se présente par amas essentiellement irréguliers.

L’exploitation de Kanguet-et-Tout se fait à ciel ouvert ou en souterrain, à l’aide de tranchées et de galeries. Les travaux souterrains présentent de grandes irrégularités et, par suite, quelques difficultés, à raison des formes tourmentées des amas : le profondeur ne dépasse pas 25 mètres.

Le nombre des ouvriers employés à l’intérieur est de cinquante environ.

Le minerai ne subit pas de préparation mécanique; il est trié à la main et classé en deux catégories : roches et terres calaminaires. La roche, après avoir été concassée, est seule calcinée dans des fours à cuve, analogues aux fours à chaux. Le combustible employé est le charbon de bois provenant des forêts de la région.

CARTE DES EXPLOITATIONS MINIÈRES ET DES CARRIÈRES EN TUNISIE (p. 100 el SlUV.).

Les transports s’effectuent : à l’intérieur de la mine, à la brouette ; à l’extérieur, du chantier aux fours, par un Decauyille. A la sortie du four, la calamine calcinée est mise en sacs de 50 à 60 kilos et transportée à dos de chameaux, de mulets ou de bourricots, à la gare de Béjà. Les transports bénéficient de tarifs spéciaux par voie ferrée entre ce point et le port de Tunis.

De la mine au chemin de fier, les transports devaient, jusqu’à ce jour, s’effectuer par temps sec. Ils sont maintenant possibles en tout temps, et la substitution du roulage au portage permettra de réaliser une économie de 2 à 3 francs par tonne.

La production annuelle de la mine est de 3.000 à 4.000 tonnes de minerai d’excellente qualité, pouvant valoir 100 francs, en moyenne, sur le marché d’Anvers.

§ 6. Concession de Sidi-Ahmet.

Cette concession a été accordée par décret du 27 août 1892 à la Compagnie royale asturienne. Le périmètre de la concession embrasse 1.455 hectares.

Le gisement est situé au nord de la montagne de Sidi-Ahmet, à environ 40 kilomètres de Béjà; il se compose de trois groupes distincts, dans lesquels les premières reconnaissances ont révélé au moins 35.000 tonnes de calamine de bonne qualité.

L’exploitation ne comporte aucune installation mécanique : le triage se fait à la main, sur le chantier. Deux fours de calcination ont été mis en marche en 1894.

Les transports se font dans la mine et jusqu’à la gare de Béjà dans des conditions identiques à celles de la mine du Kanguet-et-Tout. Les bêtes de somme vont prochainement céder la place au roulage, grâce à l’ouverture de la route de Béjà.

Des hangars sont installés à proximité de la gare de Béjà et reliés à cette dernière par un embranchement particulier.

La mine occupe une soixantaine d’ouvriers, pour lesquels la Compagnie n’a pas hésité à faire construire des habitations en maçonnerie parfaitement confortables. Une source, qui donne une vingtaine de mètres cubes par jour, a été captée à près de deux kilomètres de la mine et fournit l’eau potable nécessaire à l’agglomération.

La production annuelle est d’environ 3.500 tonnes de minerai calciné, valant à peu près 90 francs sur le marché d’Anvers.

§ 7. — Concession de Fedj-el-Adoum.

Cette concession, comportant une surface de 336 hectares, a été accordée à M. Faure par décret du 14 mai 1894. Elle est située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Téboursouk,

dans la partie la plus élevée du massif montagneux du Jouaouda; le point culminant est à la cote 907. Le gisement est réparti en trois groupes, dont un seul est exploité.

L exploitation se fait a ciel ouvert par trois niveaux qui comportent d’assez importants travaux de découvertes. On a reconnu déjà l’existence d’au moins 50.000 tonnes de minerai. Le triage s effectue a la main; les fours de calcination sont au nombre de quatre; ils sont chauffés au charbon de bois et à la houille.

EXPLOITATION DES MINES ET DES CARRIÈRES EN TUNISIE

Les transports se font, comme pour les autres exploitations que nous venons d’étudier, à la brouette et au Decauville dans la mine, par bêtes de somme jusqu’à la gare du Ponf-de-Trajan, après mise en sacs de 50 kilogrammes. Une route a dû être établie par le concessionnaire entre la mine et Téboursouk.

La production, qui n’a pas encore atteint son régime normal, a été de 2.500 tonnes de minerai grillé en 1894, et de 1.500 tonnes seulement en 1895. Elle occupe 70 ouvriers.

§ 8. — Concession de Zaghouan.

Cette concession, accordée par décret du 13 décembre 1894 à la Société anonyme des Mines de Zaghouan, comporte une étendue de 2.217 hectares. Elle est située à environ 60 kilomètres au sud de Tunis, à proximité du village de Zaghouan.

Deux gîtes principaux constituent la richesse de la mine : on y a reconnu déjà près de 40.000 tonnes de minerai, généralement à l’état de carbonate de zinc, d’une teneur moyenne d’environ 40 pour 100 de zinc. Le minerai silicaté s’y rencontre dans une proportion bien supérieure à celle des autres exploitations tunisiennes.

Les travaux ont consisté en : 1° une galerie à ciel ouvert dans le premier groupe, et 2° trois galeries souterraines reliées par deux puits dans le second groupe.

Les transports intérieurs sont assurés par un petit Decauville, à voie de 0m,50, ayant un développement de 700 mètres environ. Le minerai est remonté des descenderies à l’aide de petits treuils à main, auxquels sont suspendus des couffins, sortes de paniers fabriqués par les indigènes. Il est ensuite transporté jusqu’au jour par le Decauville et descendu aux fours de calcination par câbles aériens.

Les fours de calcination et les habitations ouvrières sont reliés à la mine par des sentiers muletiers. Une voie charretière de 15 kilomètres de longueur part des fours de calcination pour rejoindre la route empierrée de Tunis à Zaghouan, Les transports peuvent ainsi se faire jusqu’au port par arabas, sortes de charrettes à deux grandes roues. La construction, qui sera très prochainement achevée, de la voie ferrée de Tunis à Zaghouan, permettra d’abaisser notablement le prix de revient de ces transports et fera gagner 5 à 6 francs par tonne.

Les installations mécaniques sont nulles; il existe trois fours de calcination à cuve et un four à réverbère pour la calcination des terres calaminaires.

La mine occupe en moyenne 120 ouvriers et débite environ 5.000 tonnes de calamine calcinée tous les ans. Ce minerai se vend dans les 80 francs.

§ 9. — Concession d’El Akhouat.

Cette mine, située à environ 32 kilomètres de Téboursouk, a été concédée à M. de Montgolfier par décret en date du 3 juin 1896.

Les travaux effectués jusqu’à ce jour consistent en galeries d’allongement et descenderies. Un chemin de ronde avec voie Decauville relie les attaques à deux fours de calcination. Le minerai est transporté à dos d’âne des fours aux magasins, et par arabas jusqu’à la gare de Medjez-el-Bab, sur environ 60 kilomètres; il gagne Tunis par voie ferrée. Cette concession est trop récente pour qu’on puisse encore donner des chiffres positifs à son égard.

IGG

main-d’œuvre dans les exploitations minières

Les conditions, au point de vue de la main-d’œuvre, des cinq exploitations que nous venons de passer en revue sont sensiblement identiques. Dans toutes ces exploitations, aussi bien que dans la plupart des travaux de recherches effectués sur le territoire de la Régence, la direction technique est confiée à des ingénieurs français. Les chefs mineurs, les géomètres, sont également de nationalité française. Au-dessous des échelons les plus élevés de cette hiérarchie, il n’est plus possible de recourir au travail national, et force est de s’adresser au travail européen d’abord, au travail indigène ensuite. Tous les travaux qui nécessitent quelques connaissances techniques, tels que l'abatage du minerai, les recherches, la conduite des fours, etc., sont confiés à des ouvriers européens. Ces ouvriers sont le plus souvent de nationalité italienne; ils viennent, pour la plupart, des mines de calamine que l’on exploite en Sardaigne et des soufrières de Sicile. Depuis peu, il s est présenté quelques mineurs grecs venant des exploitations de calamine du Laurium.

Bien rarement les Arabes sont employés comme mineurs; on ne rencontre guère pour pratiquer ce métier que quelques Kabyles venus des exploitations algériennes de Mokta-el-IIadid ou de Kef-oum-Theboul.

En revanche, tous les manœuvres, tous les trieurs, sont indigènes. Le roulage, le chargement et le déchargement du minerai, les transports à l’extérieur de la mine, leur sont exclusivement confiés.

Dans ces diverses fonctions, ils se contentent de salaires généralement inférieurs de 30 h 40 pour 100 ii ceux des ouvriers européens, mais le rendement de leur travail est réduit comparativement dans les mêmes proportions, de sorte qu’il n’y a d’autre avantage à leur emploi que celui de la facilité dans le recrutement. Encore cette facilité est-elle souvent illusoire, car l’indigène se fixe rarement ii la mine, el les services qu’il rend sont essentiellement temporaires. C’est, d’ailleurs, une remarque générale applicable aux exploitations minières, et peut-être même aux exploitations de tous genres du nord de l’Afrique : le personnel ouvrier s’y trouve dans un état d’instabilité perpétuel; il se déplace cl se renouvelle constamment. Des chiffres précis seraient intéressants à cet égard, car nous estimons que le séjour moyen d’un ouvrier dans une exploitation déterminée est au moins de moitié plus réduit qu’en France.

Cet -état de choses doit avoir îles causes multiples : l une d’elles, en ce qui concerne les mines, est probablement l’absence a peu près complète d’institutions ouvrières et même d’installations durables pour les logements. Sauf à Sidi-Ahmet, où les habitations ouvrières ne laissent rien à désirer, ces habitations sont généralement rudimentaires. 11 faut bien avouer que l’Italien et surtout 1 indigène ont très peu d’exigences à cet égard.

A Zaghouan, les ouvriers ont à leur disposition des baraquements en bois et en maçonnerie.

Dans les autres mines, une partie seulement du personnel est logée ; les autres se contentent de gourbis indigènes en branchages et terre.

A ce point de vue, comme a plusieurs autres, les exploitations minières ont dû se mettre en harmonie avec 1 état général économique du pays.

EXPLOITATION DES MINES ET DES CARRIÈRES EN TUNISIE

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