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LES FORÊTS ET LA QUESTION DU REBOISEMENT

Avec une superficie évaluée à onze ou douze millions d’hectares, la Tunisie possède seulement 500.000 hectares de forêts. C’est peu, si l’on songe à l’étendue des forêts en Allemagne ou même en France, par rapport à l’ensemble du territoire; mais l’étude du régime des pluies suffit à expliquer cette faible proportion, et il n’est pas besoin de rechercher dans l’histoire les causes d’un phénomène purement géographique. Salluste avait déjà constaté la pauvreté de la Tunisie en essences forestières, et il est probable qu’à l’époque la plus florissante de la colonisation romaine la situation n’avait guère changé. Toutefois le pays était beaucoup plus boisé qu’aujourd’hui , grâce au développement des cultures arbustives dans la Bvzacène et dans la région des oasis. Un immense verger planté d’oliviers, d’amandiers et autres arbres fruitiers couvrait toute la province et s’étendait, dit-on, à travers l’Algérie jusqu’au Maroc. Le souci de la défense nationale poussa une reine berbère, la Kahina, à ordonner une destruction systématique de ce merveilleux jardin. Les indigènes obéirent avec répugnance, et de là vint sans doute la légende d’une disparition presque complète des forêts tunisiennes.

Or, la grande région forestière de Khroumirie n’a probablement jamais été soumise à pareille épreuve. Les horreurs des guerres ou la négligence des pasteurs arabes ont livré aux flammes certaines parties couvertes de hautes futaies; mais il est à présumer qu’elles se sont généralement reconstituées d’elles-mêmes. L’administration française s’est préoccupée d’éviter désormais les accidents susceptibles de compromettre le développement des massifs forestiers et a consacré tous ses soins à une exploitation rationnelle des principales essences.

Un des premiers actes du gouvernement du Protectorat fut la délimitation des bois et forêts, répartis en deux groupes très distincts séparés par la Medjerdah. Le groupe du Nord comprend les trois massifs de Khroumirie, d’une contenance d’environ 100.000 hectares : la forêt de Nefza,

évaluée à 25.000 hectares; la forêt des Mogod, celle de Porto-Farina, auxquels il faut ajouter quelques bouquets isolés situés au nord de Béjà. Le groupe de l’Ouest et du Centre, beaucoup moins important, comprend les boisements situés entre Tunis, Zaghouan et Hammamet, les bois de la haute vallée de l’Oued-Miliane, les forêts de la Kessera, des Zlass, de Sidi-Youssef et de l’Oued- Mellègue, la forêt de Nebeur, les massifs de Haïdra, les massifs de Maktar, le tout ayant une contenance d’environ 30.000 hectares; la forêt de Feriana, d’une superficie de 50.000 hectares, et enfin les 15.000 hectares de Cheba entre Mehdia et Sfax. 11 faut aussi signaler dans le Sud le massif unique d’acacias gommifères de Thalaha.

Deux essences principales, le chêne-liège et le chêne zéen, couvrent les parties supérieures des montagnes du Nord, dont les pentes inférieures sont peuplées de broussailles et d’oliviers sauvages. Le fond des vallées est occupé par l’aune, le saule, le peuplier blanc, le peuplier noir, le houx, etc. De maigres taillis de chênes verts couvrent aussi les hauteurs moyennes.

Les boisements du Sud sont en moins bon état, mais renferment encore de superbes massifs de pins cl’Alep et de chênes verts, qui se dressent au milieu des buissons d’oliviers sauvages, de thuyas, etc.

La conservation et la mise en valeur de toutes ces richesses ont été confiées à une Direction des Forêts rattachée à la Direction générale de l’Agriculture. Le chef de cet important service est chargé d’appliquer les mesures spéciales reconnues nécessaires pour éviter les incendies, procéder à la délimitation des massifs et à leur immatriculation comme domaines de l’Etat, régler le droit d’usage des indigènes, et enfin assurer à l’exploitation une marche normale. Il est secondé par un personnel d’agents français détachés des cadres de la métropole.

Les agents des forêts ont commencé leurs travaux en 1883 et se sont tout d’abord occupés de la région khroumirienne, de beaucoup la plus importante par son étendue et par sa valeur. Une première mission évalua à 13 millions le nombre des chênes-lièges susceptibles de production; mais une statistique plus récente a ramené ce chiffre à 6 millions 500.000. Après quelques hésitations, on a pu aussi établir que le volume total du bois d’œuvre actuellement exploitable dans les massifs de chênes zéens est d’environ 240.000 mètres cubes. A ce devis approximatif des produits des forêts de Khroumirie, on ajouta l’exploitation des écorces à tan de chênes-lièges, T utilisation des bois d’industrie, la fabrication du charbon. Les rapports de l’administration constatent, en outre, que toutes les forêts d’autres essences sont en trop mauvais état pour donner un revenu important, mais concluent cependant à F absolue nécessité de les conserver, à cause de leur bienfaisante influence sur le climat et sur le sol : « Les peuplements, quoique en mauvais état, peuvent encore se refaire d’eux-mêmes, à la condition de leur appliquer un traitement rationnel et de les soumettre à une surveillance constante. »

Toutes ces raisons ont décidé le gouvernement à vendre directement ses produits, sans se laisser tenter par l’aliénation qui aurait pu remplir momentanément les caisses du Trésor, ou la concession pour une durée plus ou moins longue qui donnait à l’Etat des revenus fixes sans entraîner de dépenses. L’exemple de l’Algérie, oii le système des concessions tren ternaires a donné de si mauvais résultats, a paru concluant. Il faut féliciter sans réserves l’administration française d’avoir adopté le système de l’exploitation directe par l’Etat.

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