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LES FORÊTS ET LA QUESTION DU REBOISEMENT EN TUNISIE

La mise en rapport des forêts de Khroumirie n’était pas chose facile, car le gouvernement des beys n’avait guère songé à utiliser cette source de revenus, et les voies de communication, indis-

CARTE DES FORÊTS DE CHÊNES-LIÈGES ET CHÊNES ZÉENS DE LA KHROUMIRIE TUNISIENNE (p. 172etSUÎV.).

pensables à l’exploitation, faisaient complètement défaut. On commença donc par construire des routes et des sentiers destinés au transport des produits et à la surveillance des massifs. Ceux-ci furent, en outre, protégés contre l’incendie par de larges tranchées. Tous ces travaux furent exécutés à l’entreprise dans les circonscriptions d’Aïn-Draham, Souk-el-Arba, Thabarka. Enfin, pour abriter les agents, on construisit des maisons forestières à l’intérieur ou à proximité des boisements dont ils sont chargés.

L’Administration des Forêts fit ensuite marquer les vieux chênes-lièges qui pouvaient fournir un tan très apprécié, un excellent bois de chauffage et une grande quantité de charbon. Ces arbres sont vendus chaque année en adjudication publique. Les écorces à tan de Tunisie sont destinées a l’exportation et spécialement employées en Italie , Portugal , Angleterre. Les forêts de la

Régence en ont donné 48.000 quintaux de 1891 à 1894; elles pourront encore fournir annuellement 40.000 quintaux pendant six ans, c’est-à-dire le tiers de la consommation totale en Europe.

Puis, on procéda à la mise en état de tous les jeunes troncs pouvant donner du liège. L’écorce subéreuse naturelle du chêne-liège peut atteindre environ 15 centimètres. Elle est connue sous le nom de liège male et a une valeur trop minime pour supporter des frais de transport un peu élevés. On s’en sert seulement pour faire des flotteurs destinés à soutenir les filets de pêche. Le premier travail d’exploitation consiste donc à détacher le liège mâle de l’arbre qui le produit. C’est ce qu’on appelle le démasclage. Le résultat est de provoquer le développement d’une nouvelle écorce subéreuse, connue sous le nom de liège de reproduction, souple et léger, propre à tous les usages industriels, depuis la confection des bouchons jusqu’à la fabrication des briques incombustibles. La hauteur moyenne du démasclage est de 1 m. 40. La surface est de 72 décimètres carrés. L’Etat dépense environ 0 fr. 09 par arbre pour cette opération, qui est donnée à l’adjudication. Dès que le liège de reproduction atteint 0 m. 025, il convient de le livrer au commerce. Une épaisseur moindre ou plus grande entraîne une dépréciation parfois considérable.

Aussitôt détachée de l’arbre, l’écorce est mise en balle, à la suite de diverses opérations de nettoyage. La première récolte faite par les soins de l’administration française a produit, en 1894, dans les forêts de Feïdja, d’Aïn-Draham et de Thabarka, 7.523 quintaux. Les récoltes continueront sans interruption à mesure (pie les arbres successivement démasclés auront l’épaisseur d’écorce exigée. Il reste encore aujourd’hui environ 1.500.000 chênes-lièges à démascler pour achever la mise en valeur des massifs, mais les travaux sont poussés activement.

Pour fournir à toutes ces dépenses, le Service forestier a mis chaque année, depuis 1883, en adjudication des coupes de chênes zéens.

Cette essence est propre à la côte du nord de l’Afrique et occupe en Tunisie environ 10.000 hectares. Elle est représentée par des arbres susceptibles d’atteindre 25 à 30 mètres de hauteur sur 3 mètres de circonférence. Le bois en est jaunâtre, très résistant, se conservant longtemps malgré les alternatives de sécheresse et d’humidité, mais se gerçant et se fendant facilement. Ce défaut, qui le rend impropre à la construction des ponts et des bâtiments, le fait presque exclusivement employer à la confection des traverses de chemin de fer. A ce point de vue spécial, le bois du chêne zéen a une durée supérieure à celle de toutes les autres essences. On l’apprécie beaucoup en Algérie et en Tunisie et même en France. On en a débité environ 07.000 mètres cubes depuis 1883. H y a encore 240.000 mètres cubes disponibles immédiatement.

Une somme totale de 2.330.000 francs environ a été consacrée aux dépenses d’entretien et d’exploitation des forêts pendant la période qui s’étend de 1884 à 1894. Or, l’ensemble a donné 363.000 quintaux d’écorces à tan vendus 2.813.250 francs, 12.000 quintaux de liège vendus 218.760 francs, et enfin 67.000 mètres cubes de chênes zéens au prix de 335.000 francs, soit une somme ronde de 3.367.000 francs. Le gouvernement tunisien retire donc, dès à présent, un profit considérable de l’exploitation directe des forêts.

En 1894, l’ensemble des dépenses a atteint 470.000 francs, tandis que les recettes dépassaient 690.000 francs. La progression des recettes ne peut que s’accentuer, et il est probable qu’au moment de l’achèvement des travaux de mise en valeur des forêts de Khroumirie, c’est-à-dire dans une période maxiina de dix années, le produit net de la seule vente des lièges dépassera 600.000 francs. M. Lefèvre, directeur des forêts, avait donc vu juste en prévoyant dès 1883, pour les dix premières années, une dépense de plus de 2 millions et une recette de 3 millions et demi.

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