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LES FORETS ET LA QUESTION DU REBOISEMENT EN TUNISIE

L’Administration des forêts s’est préoccupée non seulement de l’entretien et de l’exploitation des massifs forestiers, mais aussi de leur reconstitution dans toutes les régions oii la négligence des indigènes et la malveillance des incendiaires ont mis a nu un sol autrefois recouvert de hautes futaies. Le reboisement, difficile dans le Sud et le Centre, où les forêts ont toujours été très rares, est possible dans le Nord, où les pluies sont abondantes. Les collines, suffisamment arrosées, sont généralement toutes couvertes d’essences forestières à l’état buissonneux, chênes zéens ou oliviers sauvages, thuyas, dont le développement est arrêté par la dent des chèvres. Partout où le pacage a été interdit, les thuyas sont devenus de véritables arbres. Un colon français du Khanguet, près Tunis, M. Dumont, possède une montagne entièrement couverte de thuyas formant des pousses droites dépassant parfois quatre mètres de hauteur. Il suffirait donc de quelques soins et de l’interdiction du pacage pour obtenir de beaux résultats. Il faut malheureusement toujours compter avec l’incendie; M. Paul Potin, propriétaire des beaux domaines de Bordj-Cédria, a vu récemment tous les massifs en formation sur ses collines ravagés en quelques heures par le feu.

Le Service forestier se heurte à des difficultés encore plus grandes quand il veut faire des semis sur les montagnes ou les collines nues. Il suffit de citer l’exemple du Bou-Kournine, près Ilammam* Lil, où l’on a tenté des essais de semis de pins d’Alep. Le travail a coûté 350 francs par hectare ; il a fallu recommencer en certains endroits les semis trois fois consécutives. Aujourd’hui la montagne est couverte d’arbustes, dont quelques-uns commencent à prendre des proportions considérables. Il suffit, toutefois, d’une longue sécheresse pour détruire des rangées entières de jeunes sujets ; c’est ainsi qu’à la suite des sirocos violents du mois de juillet 1896, un grand nombre de jeunes pousses ont été complètement rôties. 11 paraît donc préférable, dans l’intérêt des finances du pays, d’abandonner momentanément le système des semis ou plantations et de se contenter de protéger les montagnes couvertes de buissons. Pour hâter le reboisement des parties dénudées, on pourrait, toutefois, encourager les colons ii planter chaque année un certain nombre d’arbres. Que ne suit-on l’exemple des États-Unis ? Certains pays de l’Union, justement effrayés des conséquences d’une exploitation irraisonnée des forêts, imposent aux propriétaires ruraux l’obligation de planter chaque année un certain nombre de pieds d’arbres. Il semble que ce soit le vrai moyen d’arriver à une solution, car il est impossible à l’Etat tunisien de prendre à sa charge des frais aussi considérables.

En attendant que le Trésor puisse fournir les fonds nécessaires à un reboisement complet des parties dénudées de la Régence, le gouvernement entretient les massifs du Nord, encourage au Centre le développement des cultures arbustives, et lutte dans le Sud contre l’envahissement des oasis par les sables. Cette dernière tâche a été encore confiée à l’Administration des forêts, qui s’est occupée de la fixation des dunes dans les oasis de Gabès, du Djérid et du Nefzaoua.

Il n’entre pas dans le cadre de cet article d insister sur la cause et le mode de formation des dunes aux abords des oasis. Nul n’ignore que le sable des plages, enlevé a des distances considérables, s’arrête au moindre obstacle pour former des monticules d’une extraordinaire mobilité. Les sables de la plage de Gabès s’entassent ainsi aux abords de l’oasis, ceux du ehott Fedjej menacent le Nefzaoua. Il arrive aussi que les terrains friables, désagrégés par les agents atmosphériques ou

parles piétinements des troupeaux, se transforment en particules d’un sable très ténu qui menace les oasis à de grandes distances. Tel est le cas pour Nefta. Quand la dune est causée par le piétinement des bestiaux, il suffit de maîtriser l’ensablement en parquant les bestiaux dans une zone de protection au moyen de clayonnages ou de clôtures en fils de fer. Dans le cas d’apports lointains, il faut des palissades s’élevant à une distance minima de 300 mètres. Un gazonnement spontané recouvre bientôt les terrains ainsi protégés. Il reste au Service forestier à y planter des essences ligneuses. Trois arbrisseaux buissonnants réussissent à merveille : le chalef à Gabès, le tamarin et le retem à Djérid. En présence des résultats obtenus, et devant l’indifférence de certains propriétaires de palmiers, le Service forestier a lait déclarer d’utilité publique (décret du 26 novembre 1894) les travaux de fixation des dunes. Les agents installés à Gafsa, Tozeur, Nefta et El Hammam ont terminé les travaux destinés à la protection de ces localités. Les surfaces fixées sont de :

96 hectares à Gabès. I 426 hectares à Nefta.

539 — Tozeur. | 98 — - El Hammam.

Une somme totale de 128.712 francs a été dépensée à cet effet, mais le résultat a été la conservation de plusieurs centaines de milliers de pieds de dattiers.

En résumé, la Direction des Forêts s’est acquittée, au mieux des intérêts de la Régence, de la triple tâche qui lui a été dévolue. Les forêts du Nord constituent désormais une source importante de revenus; le sol des oasis devient moins mobile, et la question du reboisement a reçu un commencement de solution.

Gaston Loth,

Professeur au lycée Carnot, à Tunis.

L’ACCLIMATATION VÉGÉTALE EN TUNISIE

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