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ARBORICULTURE

L’arboriculture a une importance extrême en Tunisie. Il est à peine besoin d’insister sur ce point après le magnifique rapport de M. Paul Bourde3, qui porte un titre modeste, mais qui est

1. Voir à ce sujet l’article de M. Ch. Rivière sur la culture industrielle des plantes ornementales en Algérie, Revue generale des sciences, 30 août 1896.

2. Divers ouvrages peuvent servir de guides dans l’étude de ces questions; nous citerons notamment : Select extratropical plants , du baron von Mueller, botaniste officiel de l’Etat de Victoria, en Australie; le Manuel de l’acclimateur, de notre illustre compatriote M. Naudin, membre de l’Institut; enfin les Cultures sur le littoral de la Mediterranée, du docteur Emile Sauvargo.

3. Rapport adressé à M. Rouvier, résident général de France à Tunis, sur les cultures fruitières, et en particulier sur les cultures de l'olivier dans le centre de la Tunisie.

L’ACCLIMATATION VÉGÉTALE EN TUNISIE

d’un haut enseignement pour les colons; le mémoire de M. de la Blanchère1 sur Y Aménagement de Veau et Y Installation rurale dans l’Afrique ancienne, n’est pas moins instructif que le précédent, et le confirme de tout point.

Ces belles études montrent la nécessité de porter les tentatives d’acclimatation sur les plantes pivotantes ligneuses, qui sont les plus capables de résister à la sécheresse du climat et qui vont chercher la fraîcheur à de grandes profondeurs, et, d’une façon générale, celles qui admettent ou recherchent des conditions de même nature.

§ 1. — Arboriculture fruitière.

La région de l’oranger se retrouve dans beaucoup de points tout autour du bassin méditerranéen; elle est, dans certains pays, soumise h des cultures très perfectionnées et très riches, mais souvent très localisées.

Dans certains pays se sont établies des traditions, et le pays tout entier se livre à une certaine culture. Sans doute c’est que les conditions locales s’y prêtent; mais bien souvent ces cultures ne peuvent être transplantées ailleurs, parce qu’on n’a pas facilement les éléments pour les établir ailleurs.

Le Jardin d'essai est destiné à faire disparaître cette difficulté primordiale.

Le nombre des espèces utilisables est considérable. On trouvera dans le catalogue que publie le Jardin un nombre assez étendu de variétés fruitières, livrables à des prix très bas.

En attendant que toutes les variétés d’orangers et citronniers puissent être mises en vente, on peut faire un large choix dans les variétés de nos divers fruits d’Europe, que l’on serait bien embarrassé de trouver ailleurs. C’est une précieuse ressource pour l’établissement de vergers dans les montagnes, oii ces fruits retrouveront un climat voisin de celui de l’Europe.

En dehors des orangers, dont les fruits devraient supplanter ceux de l’Espagne, et des citronniers, dont les produits devraient faire concurrence à ceux de la Sicile, ou peut encore citer, comme arbres fruitiers à répandre en Tunisie, l’olivier et le caroubier, qui sont étudiés dans une autre partie de ces études, et les bibases, dont on ne propagerait que des variétés sélectionnées par la greffe; enfin, l’amandier et l’abricotier.

Parmi les arbres fruitiers qui peuvent pousser en Tunisie, mais ne prospèrent pas en Europe, on peut citer : 1° les bananiers : la culture de ces plantes éprouve cependant dans la Régence quelques difficultés par suite de la violence du vent; mais on pourrait les en préserver au moyen de rideaux d’arbres; 2° les chirimoyas, sortes d’ananas du Mexique; 3° le sapote blanco du Mexique ( Casimiroa edulis ); 4° les avocatiers, les letchis de Chine, la tomate en arbre (. Solanum betaoeum ), et surtout les kakis.

Les cactées, qui prospèrent facilement en Tunisie, peuvent fournir des fruits sinon délicieux, du moins acceptables, dans les régions où d’autres fruits ne pourraient aisément se former. Telles ces diverses variétés de la figue de Barbarie, de nombreuses espèces de Cereus (cierges) à fruits comestibles, plus ou moins gros, plus ou moins acidulés. Quelques-uns rappellent la figue de Barbarie et lui sont même très supérieurs.

1 . Rapport à M. le ministre de l’ihstrüctioh ptiflhiüe. Nouvelles Archives des missions scientifiques ; t. Vit;

D’autres plantes à formes globuleuses,, hérissées d’épines crochues, et jusqu’ici confinées dans les collections d’Europe comme de simples curiosités, donnent à profusion des sortes de groseilles. On les nomme pitaya'.

Enfin, dans les oasis, on pourra utiliser Y Elægnus hortensis, arbuste à feuillage argenté , semblable à l’olivier de Bohême. Il donne des fruits semblables à une petite olive, et à une très grosse olive dans les formes améliorées. La chair du fruit est sèche, pulvérulente et sucrée; c’est la datte des oasis à très fortes gelées du Turkestan; mais cet arbuste peut vivre parfaitement dans les oasis tunisiennes et admet les sols un peu salés; les graines germent très aisément. Cet arbuste mérite d’être protégé. Il y a des variétés plus estimables, à fruits plus charnus et plus gros que dans le type.

§ 2. — Arboriculture d’ornement.

La ville de Tunis montre, dans ses boulevards et ses avenues, une grande variété de végétaux qui peuvent rendre aux colons les plus grands services dans leurs propres demeures. Ce sont :

Les arbres d’ombrage proprement dit : le Ficus macropliylla, qui ressemble au caoutchouc et devient admirable et énorme; le Ficus itida, dont les feuilles ressemblent à celles du poirier, et le Ficus lævigcita, très semblable au précédent, mais à feuilles un peu plus grandes;

Les faux poiriers : le Schinus molle, à feuillage léger qui rappelle le saule pleureur; le Sch. terebinthifolius, rappelant un peu le frêne; tous deux garnis parfois de grappes roses dans le premier, rouges et plus compactes dans le second; ils sont originaires de l’Amérique méridionale;

Le gros, puissant Umbu de la République Argentine, dégarni de feuilles pendant l’hiver, qui devient ensuite colossal, se couvre de larges feuilles pendant l’été : c’est le Phylolacca dioica ou Bella sombra; les arbres de la Résidence ont, d’après M. Doumet-Adanson (pii me l’a dit, exactement 60 ans en 1896; ils dépassent nos plus énormes chênes et tous les arbres que nous connaissons ;

Le lil as des Indes ( Melia Azedarach ), originaire des contrées tempérées chaudes ou subtropicales de I ouest de 1 Afrique; le Grevillea robusta de l’Australie, planté dans diverses voies de Tunis, feront, avec les essences précédentes, une merveilleuse ligne d’ombrage; le P avia Californie a pourrait prendre la place du marronnier d’Inde.

Si, a ces beaux arbres à feuillage, on peut joindre quelques palmiers, Pritchardia filifèr es et robustes. Cocos de Bonnet, C. plumeux, C. Dat ; si l’on plante les formes vigoureuses, qui deviennent énormes, du dattier des Canaries, on obtiendra des effets absolument merveilleux, comparables aux perspectives des pays tropicaux.

Les bambous largement fumés et abondamment arrosés peuvent donner aussi une végétation d’une extrême beauté.

L’arboriculture comprend encore la défense des cultures contre les vents violents qui causent de très grands dommages, contre les maraudeurs et. les animaux. Comme brise-vents, le Jardin d’essai préconise un premier rang d’ Acacia cyclopsis avec une seconde bordure de Casuarina, qui peuvent se déplacer à condition d’enlever en partie les branches et de décapiter les arbres jusqu’à

1. Consulter à ce propos un intéressant article de M. D. Bois, assistant au Muséum, dans le Bulletin de la Société d' acclimatation, 20 juin 1888, et les article Cereus et Echinocactus du Dictionnaire d’horticulture de M. Bois.

L’ACCLIMATATION VÉGÉTALE EN TUNISIE

quatre et cinq années : on peut encore employer des eucalyptus ou des Acacia. Comme défense, on peut citer Y Acacia eburnea, l’A. de Farnèse, le Porkinsonia et les Gleditschia.

§ 3. — Arboriculture forestière.

Nous passerons très rapidement sur cette partie de l’arboriculture, M. Loth ayant consacré un article aux forêts de la Régence.

Le groupe des Eucalyptus et des Conifères fournira des sujets méritant d’être essayés; le Cupressus, le Cvyptomeria Japonica, les divers genres Pinus qui fournissent le pitchpin, les noyers [juglans, rtigra, carya, alla, sulcata), les Araucaria, les Casuarina, réussiraient probablement dans les forêts tunisiennes.

Mais l’un des obstacles à ces plantations provient de l’impossibilité de se procurer des plants, même en nombre restreint, pour faire les premiers essais.

C’est pour ces premières expériences que le Jardin d’essai sera particulièrement utile. 11 fournit les plants jeunes, transportables en petits pots (godets), d’une taille très réduite et d’un prix infime, permettant la reprise absolument à coup sur.

Un second obstacle, et qui n’est pas l’un des moindres, consiste dans le peu de sécurité que présentent ces plantations faites à l’aide d’éléments si jeunes. La dent du bétail (chèvre et chameau), les déprédations des Arabes, les incendies volontaires ou involontaires, peuvent détruire, décourager, arrêter les courages les plus résolus. Malgré ces difficultés, il faut aller de l’avant : ce sont les premiers arrivés qui obtiendront les meilleurs résultats.

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