‹ La TunisieChapitre 50 sur 157 · BESOINS GÉNÉRAUX DU COLON · texte numérisé non relu

BESOINS GÉNÉRAUX DU COLON

De l’ensemble des constatations <[iie j’ai pu faire en parcourant un assez grand nombre d’exploitations dans la région du nord et du centre de la Tunisie, il me parait résulter qu’on peut rattacher à trois catégories principales les colons établis jusqu ici :

1° Colons à gros capitaux, opérant individuellement ou par association ; sociétés financières, etc. ;

2° Colons que j’appellerai moyens, opérant individuellement avec des capitaux relativement restreints. Cette classe embrasse diverses catégories d’individus : les uns sont des cultivateurs lrançais connaissant leur métier et dont le succès est assuré, si les conditions dans lesquelles ils ont choisi la terre qu’ils veulent mettre en valeur sont convenables; les autres, mal préparés à laire de l’agriculture, ont de la peine à réussir et sont conduits fréquemment à chercher dans la sous-location de leur domaine l’intérêt du capital qu’ils ont engagé dans leur exploitation; enfin, des fonctionnaires ont été amenés, en assez grand nombre déjà, il créer un petit domaine dans le voisinage des villes qu’ils habitent, et paraissent s’en trouver bien ;

3° Petits colons , ouvriers agricoles ou urbains, disposant d’un très petit capital, fruit de leur travail journalier, et réussissant, soit seuls, soit en s’associant, à défricher peu à peu quelques hectares de terre et à les mettre eu valeur.

L’acquisition à prix ferme, suivie de l’immatriculation, est le mode choisi presque exclusivement par les colons à gros capitaux. Pour les colons moyens et, à fortiori, pour les petits, il est à souhaiter que les acquisitions sur l’Etat puissent être faites à enzel, c’est-à-dire au moyen d’une rente perpétuelle, rachetalde ou non au gré des acquéreurs, et non à prix ferme, exigible d’un seul coup 1 .

D’après ce que j’ai vu, cette classe de colons (colons moyens) peut attendre de son travail, au bout de quelques années, des bénéfices au moins égaux à ceux qu elle réaliserait dans la métropole, en opérant dans les mêmes conditions (capitaux, nature du sol, etc.), avec cette différence, toute en faveur de la colonisation, que les colons auront la possibilité d’étendre leurs cultures sur de beaucoup plus vastes terrains qu’en France, sans nouvelles acquisitions. En effet, le terrain que le colon peut se procurer ici pour un prix d 'enzel déterminé, sera beaucoup plus étendu que celui qu’il pourrait acquérir en France avec une aussi faible mise de fonds. Il peut donc prévoir une extension de ses cultures impossible à réaliser par lui dans la métropole.

11 est à souhaiter que les aliénations du domaine par voie d 'enzel portent, le plus possible, sur des terres de bonne qualité, n’exigent pas de trop grandes dépenses de clébroussaillement ou de défrichement. De plus, il importe que les terrains ne soient pas situés trop loin des centres de la population et des voies de communication. L’isolement, la difficulté de trouver un médecin, l’éloignement trop grand d’une école, etc., sont, pour des colons français, un obstacle sérieux à l’acclimatement; ils peuvent même éloigner de la colonisation des hommes habitués à vivre en France.

Les petits colons (ouvriers, manouvriers, etc.) doivent pouvoir trouver du travail dans le voisinage de leur petit lopin de terre, afin de se procurer, par leurs salaires, les ressources en argent qui leur font défaut.

Quelles sont les cultures à recommander aux colons à leur début? Ce point mérite d’appeler tout particulièrement l’attention. La culture de la vigne, qui a été jusqu’ici la base et l’objectif des grandes exploitations, me semble devoir être, à l’avenir, reléguée au second plan2.

La culture de l’olivier, dont la belle étude de M. Bourde a mis en relief l’importance et la productivité, paraît encore susceptible de grands développements; mais il ne faut pas méconnaître la surproduction possible de l’huile d’olive lorsque les plantations des terres seront en plein rapport3.

Les céréales et l’élevage du bétail me paraissent devoir être tout particulièrement visés par la moyenne colonisation. Dans la région nord, on peut obtenir, avec la culture française, 10 à 12 quintaux de blé, avec une dépense moyenne de 100 francs à l’hectare, dans des terres oii l’indigène n’arrive pas toujours à obtenir 4 quintaux avec la culture arabe.

1. Voyez les Conditions économiques et sociales de la colonisation agricole en Tunisie, pages 227 et suiv.

2. Les 6.500 hectares de vignes plantées actuellement pourront produire, dans un avenir peu éloigné, environ 500.000 hectolitres de vin, dont l’exportation, mode presque exclusif de placement, sera difficile lorsque la reconstitution du vignoble français, qui marche à grands pas, sera terminée (la production française arrivera prochainement à 60 millions d’hectolitres de vin). A l’avenir, pour les nouveaux colons, la culture de la vigne devra donc être réduite à de faibles espaces, quelques hectares seulement, au maximum, dans la moyenne et la petite propriété.

3. Dans une certaine limite, la moyenne et la petite propriété devront donc appliquer à l’olivier les restrictions que nous venons de formuler en ce qui regarde la culture de la vigne.

LES BESOINS GÉNÉRAUX DE L’AGRICULTURE EN TUNISIE

Le perfectionnement des races du bétail indigène, par voie de sélection pour l’espèce bovine, par l’introduction du bélier de Crau ou d’Andalousie pour l’espèce ovine, semble appelé à un grand avenir; la production du fourrage, l’extension du sulla, partout où la nature du sol s’y prête, le fenugrec presque partout, doivent conduire le moyen colon au développement de l’élevage. Il semble qu’il y doive trouver un profit assuré. Avant tout, les futurs colons doivent se garder de la monoculture.

Améliorer la production fourragère, créer par voie de sélection, et non par introduction de races étrangères, une race bovine plus productive en lait et en viande, remplacer le mouton à grosse queue par le mouton à queue fine, telle paraît être la voie à suivre.

L’élevage de la volaille appelle aussi des améliorations : nos bonnes races françaises réussissent en Tunisie; j’y ai vu de très belles poules de Houdan, des pintades, des canards, etc.

La culture maraîchère, celle de quelques arbustes, amandiers, câpriers, poivriers, etc., doivent aussi être productives pour le petit colon, lorsqu’il peut, à l’aide de puits, se procurer l’eau nécessaire à la culture maraîchère.

En un mot, la Direction de l’Agriculture de la Régence doit se préoccuper de mettre à la disposition du moyen et du petit colon des terres de bonne qualité, les lui céder, autant que possible, par voie d 'enzel, et guider les colons dans le choix de ses cultures, céréales, fourrages, etc. L’introduction de cultures nouvelles fera également, de sa part, l’objet d’expériences propres à renseigner les cultivateurs.

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