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MÉTÉOROLOGIE. - INSPECTION DE L’AGRICULTURE

La mission capitale de la Direction de l’Agriculture peut, en Tunisie comme en France, se résumer en deux mots : renseignements et enseignement. Le colon doit trouver, à la Direction de l’Agriculture, toutes les indications générales de nature à lui épargner, le plus possible, les écoles et les déboires si fréquents au début d’une exploitation. Il est à souhaiter que, dans un avenir prochain, ce service public soit en mesure de renseigner le colon débutant sur les conditions climatériques, culturales, etc., particulières aux terrains dont il veut devenir acquéreur.

Tout ce que j’ai vu en Tunisie, dans le Nord, dans le Centre et dans le Sud, m’a conduit à penser qu’aucune généralisation n’est possible, ii priori, pas plus en ce qui regarde l’organisation de l’agriculture dans les diverses régions qu’en ce qui concerne les indications et les conseils à donner aux colons. La mise en valeur et le mode d’exploitation du sol dépendent de nombreuses conditions essentiellement variables d’un lieu à l’autre (nature des terres, climatologie, etc.); ils comportent, pour ainsi dire, autant de solutions qu’il se présente de cas particuliers. C’est à déterminer ces conditions par des études locales que doit s’attacher la Direction de l’Agriculture, à l’aide de ses inspecteurs, dont le rôle le plus ellicace me paraît devoir être de se mettre en rapport avec le plus grand nombre de colons possible; d’étudier chez eux les conditions de succès et les causes d’insuccès, afin de pouvoir renseigner, sur les uns et sur les autres, les colons il venir.

Le moment ne me semble pas encore venu de créer en Tunisie l’enseignement agricole proprement dit, en y transportant les institutions de la métropole. La création d’écoles d’agriculture, de professeurs ayant les attributions de nos professeurs départementaux, serait prématurée, à mon avis. Le recrutement des professeurs répondant aux besoins de la culture tunisienne serait aussi difficile pour le moment que leurs auditeurs seraient rares, en dehors de Tunis. Il y a, semble-t-il, a l’heure actuelle, pour la Direction de l’Agriculture, plus à étudier qu’à enseigner. Les variétés du sol, du climat, les conditions locales, etc., sont telles que toute généralisation des méthodes, des procédés culturaux, serait, comme je le dis plus haut, prématurée et dangereuse. L’enseignement didactique de l’agriculture n'a pas encore sa place marquée en Tunisie.

Les véritables centres d’instruction agricole sont chez les colons qui ont réussi. C’est chez eux <[ue les jeunes gens désireux d’entreprendre la colonisation trouveront les éléments les plus sérieux d’instruction. Le Protectorat, en entrant, comme il l’a fait, dans la voie de la création de petits centres d’instruction chez tel ou tel colon, en aidant ces derniers à construire un local destiné à recevoir quatre ou cinq élèves, concourt beaucoup plus utilement et plus rapidement à l’éducation agricole, qu’il pourrait le faire par la création de quelques écoles loin des centres de population, écoles qui n’auraient pour l’instant qu’un avenir problématique.

La Direction de l’Agriculture possède un Jardin d’essai d’une surface de 30 hectares. J’estime qu’on peut, dès à présent, y instituer, comme se le propose M. Dybowski, de très utiles recherches expérimentales sur les races d animaux domestiques, sur l’alimentation du bétail, sur l’introduction, le mode de culture et la propagation de nouveaux fourrages, etc.

Le Jardin d’essai étant irrigué par les eaux d’égout de la ville, on ne peut songer à y faire des essais sur la fumure du sol; celui-ci se trouvant, par le fait de l’irrigation, abondamment pourvu de principes fertilisants, les essais d’engrais commerciaux ne donneraient pas de résultats probants.

Les essais de fumure doivent être faits chez les colons eux-mêmes, d’après les indications de la Direction de l’Agriculture, basées sur la nature des sols analysés au laboratoire de la Direction, et les observations recueillies chez les colons sur les rendements obtenus jusqu’ici dans leurs sols sans fumure minérale, pour la plus grande partie.

J’ai pu constater, dans les nombreuses visites d’exploitations que j’ai faites pendant mon séjour, l’empressement que les colons mettraient à faire des expériences dans les diverses directions qui leur seraient indiquées.

Ces expériences, multipliées le plus possible dans les sols divers, pour les récoltes les plus importantes, conduiraient nécessairement ii des conclusions pratiques dont profiteraient à l’avenir les colons exploitant des terres placées dans des conditions analogues à celles où se trouvent celles qui auraient servi à ces essais.

On pourrait appeler à suivre les expériences du Jardin d’essai un certain nombre de jeunes gens qui appliqueraient ensuite, soit chez les colons existants, au service desquels ils entreraient, soit sur les terres qu’ils pourraient acquérir, les connaissances théoriques et pratiques qui leur seraient données dans cette école d’un genre particulier.

Le jour où le gouvernement décidera la création d’une école agricole, c’est, a Tunis, au Jardin d’essai, qu’il faudra la créer; elle devra relever de la Direction de l’Agriculture, et non de celle de l’Enseignement.

Je ne pense pas que les instituteurs soient, quant à présent du moins, suffisamment préparés

LES BESOINS GÉNÉRAUX DE L’AGRICULTURE EN TUNISIE

adonner l’enseignement agricole, qui, je ne saurais trop y insister, devra être modifié suivant les conditions si variables oii se trouvent placés naturellement les cultivateurs tunisiens. J’ai toujours considéré, d’ailleurs, que la tâche de l’instituteur, en France, comme en Tunisie sans doute, est déjà suffisamment lourde pour que l’on n’y ajoute pas un enseignement pour lequel, forcément, les connaissances techniques lui feront défaut.

Les variations considérables que présente le climat tunisien, notamment sous le rapport de la température et des chutes d’eau pluviale, donnent une importance toute particulière aux observations météorologiques.

Ce service me parait devoir être, sans aucune hésitation, rattaché à la Direction de 1 Agriculture et centralisé par elle. Son organisation doit être complétée. La Direction de l’Agriculture aura à déterminer, par une enquête attentive, les points du territoire où il est indispensable de recueillir les observations. Il faut notamment rétablir l’observatoire cl’Aïn-Draham, point particulièrement intéressant par l’abondance des pluies qu’il reçoit.

Je n’ai pas, cela va sans dire, la prétention de tracer à la Direction de l’Agriculture le programme de la mission si importante qui lui incombe; j’ai cherché seulement à résumer la nature des services que les Français désireux de venir s’établir en Tunisie attendent d’elle.

Indiquer à l’avance, d’une façon précise, la nature, l’étendue et la qualité des lots à la disposition des futurs colons, sera, pensons-nous, l’un des moyens les meilleurs de les attirer.

Le Directeur de l’Agriculture, par une connaissance approfondie de toutes les conditions si variables de l’agriculture tunisienne, sera en mesure de renseigner les futurs colons sur tous les points qui intéressent l’avenir de ces entreprises.

Le sol de la Tunisie n’est pas épuisé, comme on l’a dit à tort sans en apporter aucune preuve, et son climat ne semble pas avoir changé notablement depuis l’occupation romaine. Je ne pense pas que, saul les oliviers, dont le nombre a diminué, la culture forestière y ait jamais été beaucoup plus étendue et plus florissante qu’aujourd’hui. Je ne crois pas non plus que le régime des eaux soit profondément modifié et qu’à aucune époque on ait pu irriguer de grandes étendues de terrain. L’alimentation des villes, l’irrigation des jardins, paraissent avoir été l’objet principal, sinon unique, des canalisations dont on trouve de si nombreux vestiges de l’époque romaine. L’avenir colonial de la Tunisie me paraît certain, et c’esl à en convaincre les habitants de la métropole que doivent tendre les efforts de ceux qui, comme moi, en sont persuadés par la constatation des faits étudiés sur place sans aucune idée préconçue,

11ILAX ü’un COLON MOYEN

Le colon qui veut s’établir'en Tunisie a le choix entre trois systèmes d’exploitation du sol : la location du terrain, l’achat ferme du terrain et le métayage ou location moyennant un certain partage des produits du domaine. L’un ou l’autre de ces procédés sera préférable suivant les ressources dont dispose le colon et l’appréciation qu’il fera des avantages et des inconvénients présentés par les divers systèmes.

Le gouvernement de la Régence a écarté d’une façon absolue le régime de la concession gratuite de terrains aux colons, qui n’a d’ailleurs donné que des résultats déplorables eu Algérie ; on observe également un insuccès constant chaque fois qu’üne tentative de colonisation agricole est faite avec le concours de capitaux insuffisants.

Il laut donc acheter, louer ou prendre à métayage la propriété sur laquelle ou veut s’établir. Prenons pour point de départ la mise en valeur d’une surface de 50 hectares, qui est considérée, par les hommes compétents, comme l’objectif à proposer à la moyenne colonisation. Dans le nord de la Tunisie, région propre à la culture des céréales et à l’élevage du bétail, qui eu est le complément indispensable, le terrain sc vend de 100 à 200 francs l’hectare, soit 5.000 à 10.000 francs pour le domaine que nous considérons. Si, au lieu d’un achat ferme, on loue à euzel, c’est-à-dire moyennant une rente perpétuelle égale à l'intérêt du capital, soit 250 ou 500 francs, on peut devenir usulruitier d’un domaine de même étendue. Si l’enzel qu’on a pris est raehetable, c’est-à-dire peut devenir la propriété définitive de l’enzeliste à un prix convenu au moment de la location, on a le doulde avantage de n’engager au début de l’exploitation qu’une part insignifiante de son capital et de pouvoir se rendre propriétaire le jour oii, sur les bénéfices, on sera en mesure d’acquitter sans gêne le prix du domaine. Une combinaison analogue permettrait, avec un capital restreint, de prendre à enzel une propriété de grande étendue, qu’on mettrait progressivement en valeur au fur et à mesure de ses profits.

Le terrain acheté sera nu ; il faudra donc y faire, le plus économiquement possible, les constructions nécessaires. Nous donnerons un spécimen des dépenses correspondant à l’organisation d’une exploitation de 50 hectares basée sur le devis suivant :

Terres à céréales soumises à l’assolement quadriennal . 32

Pâturages ordinaires . 8

Pâturages près de la maison . 1 50

Plantation de cactus . 3

Fermes, chemin d’accès, jardins, plantations d’eucalyptus . 1 50

Vignes . . . 4

Total . 50

En laissant de côté le prix d’achat ou de location du terrain, M. Trouillot, colon à Toungar, estime à 10.000 francs le capital nécessaire pour assurer, dès la première année, l’organisation et le lonctionnement d’un tel domaine. Ce capital se décompose ainsi :

Capital foncier. Maison d habitation, écuries, magasins, défrichements, jardins . 3.200 fr.

Cheptel. Charrue, herse, voiture, instruments . . . 515

Matériel d intérieur. Instruments, brouettes, harnais, colliers, sacs à grains . 360

Bêtes de trait et liasse-cour. 1 cheval, 4 bœufs de labour, 4 bœufs jeunes, 10 vaches, 5 génisses, 5 taurillons, 1 porc, volailles . . . . , . . . 3.030

Capital de roulement. Semences . . . . . . . . 452

Fourrages . Orge, foin, paille . . . . t , . . . . . 165

Paye des ouvriers, nourriture et imprévu . . . , . ; . 2.278

Total . 10.000 fr.

M. Sauriitj colon à febeltech, a dressé, pour frais de premier établissement d’une ferme de

LES BESOINS GÉNÉRAUX DE L’AGRICULTURE EN TUNISIE

50 hectares, le bilan suivant, qui se rapproche beaucoup du précédent, mais auquel il ajoute l’achat

du terrain :

Achat du sol . 10.000 fr.

Maison . 1.500

Écurie . 1.700

Puits et abreuvoir . 600

Cheptel (8 bœufs, 20 à 25 vaches ou brebis) . 3.400

Avances diverses . 800

Total . 18.000 fr.

Les dépenses obligatoires des années suivantes n’excèdent guère 1.500 francs, comprenant :

Deux ouvriers indigènes pendant 300 jours à 1 fr. 20 par jour . 720 fr.

Auxiliaires pendant la moisson . 280

Entretien et renouvellement du matériel . 300

Impôt . 50

Imprévu . 150

Total . 1.500 fr.

La valeur des produits résultant des ventes annuelles peut être évaluée au minimum à 4.200 francs, provenant des grains, blé, avoine, lin, des bestiaux, bœufs ou vaches. Le bénéfice du colon serait donc de 2.700 francs, et, en déduisant l’intérêt du capital engagé (15.000 à 20.000 francs), la rémunération du colon serait donc de 1.650 à 1.700 francs.

En résumé, à la condition déposséder les qualités personnelles essentielles au succès de toute entreprise, et propriétaire d’un modeste capital, le cultivateur français est assuré de réussir; mais il ne doit pas oublier qu’il irait à un échec presque certain si l’une ou l’autre de ces conditions n’était pas remplie par lui.

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