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LA CULTURE DU BLÉ

Nous venons d’examiner le bilan d’un colon disposant, en dehors du prix d’achat ou de location du sol, d’un capital de 10.000 francs. Je voudrais maintenant, en me basant sur le mode d exploitation que nous venons de citer, examiner la marche des opérations d un petit domaine soumis à l’assolement quadriennal et démontrer que la production du blé en Tunisie peut être rémunératrice, h condition de l’appuyer sur la production fourragère, c’est-a-dire sur l’élevage et, par suite, sur la fabrication du fumier.

§ 1. — Nécessité d’un assolement convenable.

La plupart des agriculteurs tunisiens, n’étant pas propriétaires du sol qu’ils cultivent et le détenant en vertu de baux à courts termes, ne changent rien aux errements séculaires; les propriétaires et principaux locataires des grands domaines pratiquent l’assolement biennal, se réservent les meilleures parcelles et 11e les labourent qu’une année sur deux. Ils ensemencent toujours sur jachère pâturée, sur jachère morte ou sur jachère verte. Dans les contrées où la terre est rare, les petits propriétaires faisant valoir 10 à 30 hectares sont obligés, par les exigences des principaux locataires, à suivre un assolement triennal. Leurs semailles sont faites, partie sur jachère pâturée, partie sur chaumes de l’année précédente. Les parcelles qui portent deux céréales de suite sont laissées en jachère pendant un an. Les rendements sont excessivement faibles et n’atteignent pas, année moyenne, 4 à 5 quintaux de grains à l’hectare; les indigènes préfèrent déplacer leur douar et incendier les fumiers sur place plutôt que de les porter dans les champs.

En Tunisie, comme en Algérie, les premiers colons ont eu, en général, le tort de pratiquer, dès leur arrivée, la culture extensive du blé sur des surfaces mal préparées et que, faute de bétail, ils n’avaient pas la possibilité de fumer. Pendant les premières années, la terre, profondément remuée par les charrues françaises, bien aérée et ameublie par l’action d’instruments perfectionnés, a donné de belles récoltes; les rendements, dans l’assolement biennal indigène, ont passé de 4 à 8 quintaux à l’hectare.

La paille, abondante sous le climat tunisien, aurait dû inviter les colons à la production du fumier; mais, au lieu de cela, on l’a considérée comme l’indice d’une fertilité inépuisable de la terre et on l’a laissé perdre. Après quelques années, les rendements ont diminué; ils sont tombés au-dessous de ceux que donnait la culture arabe, et 011 en était venu à considérer que la culture du blé et de l’orge était possible seulement aux mains des indigènes; mais ceux des colons qui étaient cultivateurs de profession ont compris que les façons culturales ne suffisent pas, dans la plupart des terres, à l’obtention de rendements élevés; ils ont senti promptement la nécessité de restituer au sol, par la fumure, les éléments exportés par les récoltes.

Comme on 11e pouvait songer à employer les engrais commerciaux, d’un prix très élevé et d’un transport onéreux, les colons observateurs et instruits ont été amenés à créer des troupeaux pour transformer la paille en fumier. La nécessité de produire des fourrages pour nourrir les animaux a naturellement conduit à établir une rotation entre la partie des terres consacrée aux céréales et celle destinée au bétail. De là sont nées les tentatives d’assolements réguliers, qui ont amené la culture des céréales à produire, sur de moindres espaces, des quantités de grains bien supérieures h celles que donnaient les emblavures, alors qu’elles occupaient la totalité des terres. Les rendements de 10 quintaux sont devenus fréquents; ceux de 12 à 14 quintaux 11e sont pas •exceptionnels; enfin on arrive jusqu’à récolter 22 quintaux de blé à l’hectare.

La première préoccupation du colon qui s’installe dans le nord de la Tunisie doit donc être le choix d’un assolement permettant l’élevage d’un bétail assez nombreux pour fournir la quantité de fumier nécessaire à l’entretien de ses cultures. On doit écarter l’assolement biennal comme ne permettant pas l’entretien du bétail, et l’assolement triennal — jachère, céréales, fourrage

LES BESOINS GÉNÉRAUX DE L’AGRICULTURE EN TUNISIE

comme insuffisant au point cle vue du revenu, une seule année de céréales sur trois ne pouvant conduire à une rémunération suffisante du capital et des frais de culture.

Un des principaux colons tunisiens, M. Trouillet, que nous avons déjà cité, a été amené, dans son domaine de Toungar, après quatre années d’expériences, d’observations et de tâtonnements, à adopter trois assolements quadriennaux en rapport avec la diversité des terres :

Assolement de la plaine. Terrain profond et relativement frais.

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