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Blé ou avoine (pas d’orge

3. Sulla pâturé par les bœufs ou les vaches, par les moutons; on fait pâturer pour détruire les graminées qui, en se resemant, étoufferaient le sulla.

Le labour pour céréales, qu’on pratique après le sulla, coupe les tiges souterraines et les racines de cette plante; mais les graines tombées germent l’année suivante et reconstituent la prairie. Les céréales ont fourni leur récolte entre deux sols du sulla sans détruire celui-ci.

§ 2. — Rendement et prix de revient du blé dans l’assolement quadriennal.

Cherchons quels bénéfices peut espérer, de la culture du blé, un colon dont le domaine, de 50 hectares, est soumis aux assolements que nous venons de citer.

Le capital total engagé, en dehors du prix de la terre, est de 10.000 francs, dont l’intérêt et l’amortissement au taux habituel sont de 1.000 francs, soit, pour chaque sole, 250 francs. Chaque sole étant de 8 hectares (l’étendue du terrain de 50 hectares soumis à l’assolement étant de 32 hectares), la production du blé doit donc à peu près supporter par hectare ;

Location annuelle de la terre . .

Conduite et épandage du fumier (25.000 kilos à 1 fr.), dont moitié à supporter par la sole blé

Labours, hersage, sarclage .

Moissons à la moissonneuse-lieuse et rentrée .

Impôt. . .

Total .

1. L’avoine, en Tunisie, arrive en pleine maturité de bonne heure et fait généralement prime de 1 fr. par quintal sur le marché de Marseille.

Supposons mi rendement de 10 quintaux, semence déduite :

Le prix de revient du quintal est de — . 8 65

Le dépiquage revient à . 1 50

Transport . 1

Total . 11 15

L’élévation de ce prix de revient, qui laisse à peine un bénéfice de 35 francs à l’hectare, tient ;i la faiblesse des rendements, qui, par un emploi convenable des engrais (engrais phosphatés), pourraient être de beaucoup augmentés.

C’est ainsi qu’avec un rendement de 14 quintaux à l’hectare, on aurait un bénéfice de 70 francs.

Ma conviction, d’après ce que j’ai vu, est que ce chiffre de 14 quintaux sera dépassé, lorsque les colons utiliseront les immenses ressources en phosphates qu’offrent la Tunisie et l’Algérie.

Il va sans dire que tout ce qui précède, ne s’applique qu’aux régions tunisiennes favorables à la culture des céréales : on ne saurait trop se garder de généralisation en ce qui regarde la Tunisie. Le premier soin de l’agriculteur qui veut s’y établir doit être de chercher le point favorable à l’un des modes d exploitation qu’il se propose ; de l’adaptation du milieu aux cultures dépendra le succès de son entreprise.

l’outillage A G III COLE DE LIN DI CENE

La plupart des instruments et des coutumes indigènes en Tunisie portent l’empreinte de la civilisation romaine, cl l’art de cultiver le sol n’a pas fait un pas chez l’Arabe : son matériel d’exploitation est aujourd’hui ce qu’il était il y a quinze ou seize siècles. Les admirables collections réunies dans le palais du Bardo, organisé en 1888 par M. de la Blanchère, le démontrent surabondamment. On y voit notamment deux mosaïques découvertes par M. P. Gauckler dans la villa des Laberii ii Oudna (ancienne Uthina) et oii I on retrouve les instruments encore actuellement employés dans le douar de I Arabe.

Aujourd’hui comme il y a 1.600 ans, l’outillage agricole du laboureur tunisien se compose d’un unique instrument aratoire : c’est, un araire très primitif, que les agriculteurs méridionaux nomment l’araire dental (tig. p. 200). Sa construction est très simple : un âge I)B de 3 mètres de long est. formé d’une ou deux pièces de bois grossièrement équarries. A la partie inférieure de l’age s’attache un sep en bois, armé d’un soc en fer de lance S : un manche unique FA sert à guider la charrue. Les trois pièces principales de cet outil primitif se trouvent dans un même plan; il résulte de cette disposition que la charrue abandonnée à elle-même tombe sur un de ses côtés; si elle se trouve, par hasard, sur un terrain recouvert de gazon, elle devient invisible. Cet instrument s’attache directement au joug par une lanière en cuir. L’age s’engage dans la boucle que tonne la lanière et s’y trouve maintenu à l’aide d’une cheville : c’est au moyen de la position de cette cheville, lixée au gré du laboureur dans l’un des trous figurés à l’extrémité de l’age, que celui-ci règle la profondeur du labour.

Dans le nord de la Tunisie, le labour indigène se fait au bœuf, à la vache ou au cheval, Dans

LES BESOINS GÉNÉRAUX DE L’AGRIC ULTURE EN TUNISIE 199

le centre, l’âne et le chameau (fig. p. 189) sont aussi employés à ce travail; enfin, il n’est pas jusqu’à la malheureuse femme (fig. p. 199) que l’Arabe n’attelle à la charrue, en compagnie d’une vache ou d’un âne.

Que l’attelage soit composé de bœufs, chevaux, ânes ou mulets, l’appareil de traction est toujours un joug d’une construction aussi rudimentaire que la charrue. Il consiste en une pièce de bois généralement en hêtre, longue de lm,20, à section rectangulaire. Aux extrémités on a mé-

LABOURAGE PRÈS DE I.A PROPRIÉTÉ PILTER, A KSAR-TYR, SUR LA ROUTE DE TUNIS A ALGER (p. 199).

nagé deux échancrures légèrement arrondies. Chacune de ces parties arrondies repose sur le garrot des animaux accouplés : une corde passe sous la gorge de l’animal et maintient le joug en place.

Pour donner leur force, les attelages doivent donc, d’une part, endurer la douleur que provoque la compression des muscles entre le joug et les vertèbres cervicales, et, de l’autre, subir un commencement de strangulation causé par la cordelette qui presse sur le larynx. La somme de travail fournie est très faible, et la longueur île la raie que la charrue peut ouvrir sans arrêt ne dépasse pas 20 mètres. Les labours effectués sont des plus médiocres; la charrue arabe, n 'avant, ni contre ni versoir, entame le sol exclusivement sur la largeur du soc; la pointe de celui-ci peut pénétrer à 8, 10 ou 12 centimètres, mais, entre chaque sillon, il reste une bande de terre qui n’est ni rompue ni remuée.

L’araire dental, si primitif qu’il paraisse, peut être considéré comme un outil perfectionné

quand on le compare à la charrue représentée par la figure de la page 201. Cet instrument, dont j’ai pris le croquis dans l’oasis d’Oudref, constitue la charrue la plus élémentaire qu’on puisse imaginer. Il se compose : 1° d’un plateau AA', sorte de sep terminé par un soc S, qui ne peut pénétrer qu’à une faihle profondeur dans le sol (5 à 7 centimètres); 2° d’une tige T, au sommet de laquelle est cloué un hois rond MM' qui sert de mancheron. Une autre tige en fer grossièrement forgé B est reliée en C par une corde d’alfa au palonnier P. Deux cordes d’alfa de 3 mètres de longueur vont s’attacher à un collier rustique sur le cou du chameau, qui presque partout sert à la traction de l’instrument. Deux rênes G, de 4 mètres de long, partent du mancheron, s’attachent à la mâchoire, au-dessous de la muselière que porte le chameau, et servent à diriger les mouvements latéraux de celui-ci. Cette charrue est faite en hois d’olivier brut; les deux planchettes en hois Y et Y' représentent les versoirs. Le tout pèse 3 kilogrammes, mesure G"1, 80 de long et coûte 3 francs. L’araire dental, avec son joug, revient à 18 francs.

Au premier rang de l’outillage des agriculteurs indigènes, il faut citer les puits qu’ils creusent, quand leur exploitation prend quelque importance, au-dessus des nappes aquifères. La

sécheresse souvent prolongée est le fléau de la Tunisie. Les cultivateurs y obvient, notamment dans le Nord, dans la rémon du cap Bon, dans les plaines de l’Enfida et çà et là dans le Sahel, en creusant le sol pour y puiser l’eau si utile à leur alimentation, à la culture de leurs jardins et de leurs champs. Ces puits offrent un aspect assez pittoresque (fi g. p. 202 et 203) : on les aperçoit de loin dans la campagne ; comme ils sont parfois très profonds, on est obligé d édifier , au-dessus de leur orifice situé au ras du sol, un échafaudage qui servira de point d’appui aux appareils d adduction. Des pierres forment la hase de cette construction rustique; elles assurent la solidité des poutres de bois employées à soutenir un arbre horizontal que l’on place a un ou deux mètres au-dessus du trou. Sur cet arbre, qui est fixe, s’enroule la corde qui descendra et remontera le seau. Aune extrémité de cette corde on attache un âne, un cheval ou un chameau. Suivant que 1 animal s approche du puits ou s’en écarte, le seau s’y enfonce ou en est tiré.

Ces puits, d installation facile, rendent de très grands services, et il faut souhaiter qu on en multiplie le nombre le plus possible dans tout le pays.

J’ajouterai, pour finir, que quelques riches cultivateurs indigènes, frappés des résultats obtenus par les colons français qui ont importé en Tunisie les bons procédés culturaux, ont adopté notre outillage; c’est ainsi que le caïd de Béjà laboure à la charrue française, moissonne à la moissonneuse-lieuse et obtient, sur une surface d’environ 1.000 hectares, des récoltes de blé plus que doubles de celles qu’on voit chez ses voisins adonnés aux pratiques agricoles des premiers temps de l’ère chrétienne.

11 faut espérer que l’exemple de nos compatriotes qui s’efforcent d’introduire en Tunisie les bonnes méthodes, l’élevage rationnel du bétail qui leur procure les fumures indispensables à l’accroissement du rendement, triomphera du fatalisme et de l’apathie de l’Arabe.

LES BESOINS GÉNÉRAUX DE L’AGRICULTURE EN TUNISIE

LES FUMURES ET l’ ÉLEVAGE

J’ai indiqué plus haut la nécessité absolue d’appuyer la culture du blé sur la production fourragère indispensable à l’élevage du bétail qui doit fournir l’engrais; on ne saurait trop insister sur ce point.

Ainsi que l’a signalé M. P. Bourde, dans ses Lettres d’un vieil Algérien , ce dont l’Algérie a le plus besoin, c’est d’avoir une plante fourragère à faire entrer dans ses assolements. Or, il n’est pas besoin d’insister sur l’analogie des conditions culturales de la Tunisie et de I Algérie. Convaincu, avec M. P. Bourde, que l’agriculture seule est capable, de créer la richesse en Tunisie comme en Algérie, je crois indispensable de préciser les moyens d’arriver à la création de cultures fourragères, d’où dépend presque entièrement l’avenir agricole du nord de l’Afrique.

Nous avons montré l’erreur commise par les premiers colons en s’adonnant à la monoculture et, en ce qui regarde les céréales, à la culture extensive sur des surfaces trop considérables; nous avons vu aussi (pie les labours profonds ont d’abord augmenté les rendements en blé, mais que, au bout de quelques années, en l’absence de toute restitution, les récoltes avaient enlevé les aliments des plantes accumulés dans la couche que n’avait jamais atteinte l’araire primitif de l’Arabe.

La conclusion évidente à tirer de cette diminution rapide de la fertilité naturelle du sol est la nécessité de fumer les terres : nécessité qui emporte avec elle l’élevage d’un bétail nombreux, possible seulement par la création de ressources fourragères. Pour beaucoup de raisons, en effet, l’apport d’engrais commerciaux ne peut économiquement, ni même avantageusement au point de vue cultural, être, sous le soleil africain, la base de la restitution des matériaux exportés par les récoltes. La première idée qui devait se présenter à l’esprit des colons dans un pays où les prairies naturelles ne peuvent être qu’une exception très rare, est la création de prairies artificielles : trèfle, sainfoin, luzerne, etc., dont la culture a marqué, en France, le plus grand progrès agricole accompli depuis le commencement du siècle. Beaucoup de colons l’ont tenté, dans l’ignorance où ils étaient des conditions si différentes du régime climatérique des deux pays. Les insuccès subis ont montré de suite à ces colons ce fait brutal, — qu’on ne saura jamais assez, qu’on ne répétera jamais trop, — que l’Algérie est un pays différent, tout à fait différent de la France. De dures déceptions leur en enfoncent la conviction dans l’esprit.

Le colon sème du trèfle et du sainfoin, et les ardeurs, inconnues en France, de l’été africain

PUITS ARABES (p. 200).

Romains comme plante fourragère; le cactus [Opuntia, figuier de Barbarie), le caroubier, dont le fruit est si estimé en Italie, etc., sont appelés, ii des titres divers, à concourir de la façon la plus heureuse à l’entretien d’un bétail en rapport avec l'étendue des terres soumises à la culture des

céréales.

Précisons donc dans quelles conditions doit être entreprise la production des fourrages dans le nord de l’Afrique et comment elle peut conduire économiquement à l’entretien du bétail nécessaire pour la fumure d'un domaine de 50 hectares, que j’ai pris comme type de l’exploitation d’un colon moyen.

La connaissance du climat est indispensable au colon tunisien. Nous ne reviendrons pas sur ce sujet, déjà traité dans le remarquable travail de M. Marcel Dubois1.

les tuent avant qu'ils aient pu donner une coupe. I! plante des pommes de terre et il n’obtient que demi-récolte. Il sème des betteraves, et les résultats ne sont pas meilleurs. La luzerne ne vient qu’en terrain irrigué, et les terres irriguées sont en infime quantité. La vesce seule réussit parfois, mais les semences en sont chères, et la plupart de ceux qui l’essayent finissent par trouver cette culture trop dispendieuse.

Pour éviter que le colon, envahi par le découragement, ne se mette à l’école de l’Arabe, M. P. Bourde, durant son trop court passage à la Direction de l’Agriculture en Tunisie, a cherché à créer, autour de la question fourragère, une véritable agitation, qui commence à porter ses fruits.

Le sainfoin d’Espagne (Sn/la), le fenugrec (Trigonelle), autre légumineuse déjà vantée par les

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