‹ La TunisieChapitre 54 sur 157 · Voyez ta Nature tunisienne, pages 1 et suiv · texte numérisé non relu

Voyez ta Nature tunisienne, pages 1 et suiv

LES BESOINS GÉNÉRAUX DE L’AGRICULTURE EN TUNISIE

Les semailles commencent aux premières pluies, ordinairement peu après la Toussaint, pour finir avec l’année. Il faut donc tenir grand compte du régime pluvial pour les opérations culturales : les labours doivent être faits avec les pluies; les labours d’été sont presque impraticables, en raison de la dureté du sol.

Le choix des cultures fourragères à introduire pour remplacer les prairies artificielles, si précieuses sous le climat moyen de la France, est d’une importance capitale dans un pays où la sécheresse prive complètement le bétail de la nourriture que la végétation spontanée lui offre dans la plupart de nos régions.

Presque toutes les terres cultivables de Tunisie sont argilo-calcaires ; mais clics contiennent

PUITS ARABES (p. 200).

assez de sable pour être meubles et se prêter, pendant la période humide de l’année, aux opérations mécaniques préparatoires des cultures.

De plus, les conditions naturelles du sol et du climat sont favorables à la nitrification, mais elles le sont beaucoup moins à l’accumulation de l’humus dans le sol , et la principale préoccupation de l’agriculteur tunisien doit être l’enrichissement, par les fumures, de sa terre en matières organiques, afin de maintenir au maximum possible l’humidité du sol et sa faculté nitrifiante. On sait, en effet, que les terres riches en humus se dessèchent beaucoup moins que les mêmes terres dépourvues de matières organiques : c’est la principale raison pour laquelle les terres fumées donnent, en année sèche, des récoltes de céréales là où l’Arabe n’obtient rien. Il importe donc au premier chef de produire dans l’exploitation assez de fumier pour rapporter au sol arable la substance organique qui contribue à sa fertilité; la conclusion qui s’impose est l’entretien d’une quantité de bétail correspondant aux surfaces de terres cultivées en céréales.

Pour un domaine de 50 hectares, dont 32, comme nous l’avons vu, sont soumis à un assolement régulier, l’expérience conduit à fixer comme suit le nombre de bêtes à entretenir :

1 cheval pour les hersages et les transports;

8 bœufs de travail ;

20 vaches ou bouvillons ou 120 moutons.

Ce troupeau, outre la paille qu’on lui donnera à discrétion, consommera dans l’année environ 135 quintaux de foin, dont la consommation sera ainsi répartie :

1 cheval à 5 kilos de foin pendant 300 jours . 15 quint.

8 bœufs de travail à 3 kilos pendant 100 jours . 24 — ■

Les mêmes au repos à 2 kilos pendant 100 jours . 16 —

20 vaches à 2 kilos pendant 200 jours . . . 80 —

Cette quantité de foin nécessaire à l’entretien de 30 tètes de bétail paraîtrait bien exiguë à nos cultivateurs français; mais il ne faut pas oublier que dans le nord de l’Afrique le bétail, en toute saison, doit trouver au dehors la plus grande partie de sa nourriture.

En effet, toutes les terres de Tunisie, de fertilité moyenne, produisent, au printemps des années pluvieuses, une herbe qui constitue d’excellents pâturages et qui parfois est susceptible d’être transformée en foin. Ces pâturages, auxiliaires très utiles des fourrages, sont l’unique ressource de l’Arabe pour la nourriture de son maigre et peu nombreux bétail1.

Tous les bovidés, en Tunisie, sont soumis à l’un des deux régimes suivants : 1° pâturage exclusif; 2° demi-stabulation. Le premier est surtout pratiqué par les indigènes; les animaux soumis à ce système d’élevage doivent se suffire à eux-mêmes. Jamais, quel que soit l’état des pâturages, ils ne reçoivent de nourriture de la main de leur maître. Seuls, les bœufs de labour qui sont abrités sous les toits de chaume reçoivent, la nuit, pendant la période de travail, un peu de paille provenant de la récolte précédente.

Généralement, de janvier à fin mai, l’herbe est en assez grande quantité pour assurer largement leur subsistance. Pendant les mois de juin, juillet et août des années dont le printemps a été pluvieux, les animaux trouvent encore, sur les chaumes des céréales, assez de nourriture pour ne pas trop souffrir de la faim. A partir de ce moment jusqu’aux herbes nouvelles, on se demande comment peut subsister le bétail le plus frugal. Dans les années sèches, beaucoup d’animaux périssent d inanition.

Le logement de ces malheureuses bêtes n’est pas meilleur que leur régime alimentaire. Elles ne couchent jamais sous un toit ; tout au plus sont-elles défendues contre les vents froids par les clôtures du parc où elles sont entérinées, pendant la nuit, à proximité de latente de leur gardien. Ces clôtures sont faites, suivant les régions, en pierres sèches ou en branchages très serrés. Souvent les indigènes qui habitent les régions montagneuses, quand le terrain s’y prête, accolent l’enclos

1. En 1894, en effet, la statistique accusait le nombre de bestiaux suivant, qui est peu élevé si on le compare à la superficie du pays qui le nourrit :

Espèce chevaline.

bovine. . . .

— ovine. ...

— caprine. . .

— cameline . ,

— porcine . . .

Total

Page 1