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DE L’AVOINE

Matières azotées .

378 kg.

418 kg.

T- 40 kg.

— amylacées .

Cellulose . .

Matières grasses .

Soit, au total, un excédent de 1.494 kilos de principes nutritifs à l’hectare, en faveur de É avoine-fourrage comparée au foin de prairie. Le colon est donc assuré de trouver, dans la culture des céréales-fourrages, au moins l’équivalent du produit des prairies naturelles, à l’existence desquelles se refuse le climat tunisien.

Aux ressources fourragères déjà examinées, on peut ajouter le fruit du caroubier, duquel le bétail se montre très friand. La caroube renferme 4 à 5 pour 100 de matières azotées et 75 pour 100 de matières amylacées et sucrées. Le caroubier est à l’abri des sécheresses les plus grandes; le colon débutant pourra planter aux abords de sa maison quelques caroubiers, qui lui donneront plus tard un abri précieux contre les ardeurs du soleil ; mais, en raison de la lente croissance de cet arbre1, c’est au commerce qu’il aura recours pour se procurer les caroubes.

Le préjugé, très répandu en France, que l’élevage et la production de la viande ne sont possibles en Tunisie qu’à titre exceptionnel, faute de fourrage, n’est donc aucunement fondé. La créa-

1. Un caroubier n’est en pleine production qu'au bout de quinze ans environ ; il produit à cet âge de 350 à 500 kilos de fruits.

lion et l’entretien d’un bétail suffisamment nombreux pour fournir à la sole des céréales le fumier indispensable, non seulement sont possibles dans toute la région nord et centrale de la Tunisie, mais ils s imposent au colon qui veut réussir. Celui-ci trouve dans les ressources fourragères que nous venons d’examiner des aliments suffisamment abondants, même dans les années de sécheresse, pour entretenir le bétail de son exploitation.

Il y aurait lieu, d’ailleurs, d’étudier la récolte des ramilles des arbustes : lentisques, cystes, fougères, bruyères, etc., et de voir s’il ne conviendrait pas de les ensiler. Les sarments de vigne broyés au moment de la vendange, les marcs de raisin ensilés seront aussi très utilement employés, les premiers pour la nourriture des chevaux, ânes et mulets, les seconds pour celle des moutons.

En résumé, le cultivateur tunisien doit placer au premier rang de ses préoccupations la production et la récolte fourragères, sous leurs formes les plus variées. Faire beaucoup de fourrage, afin d’élever un bon bétail, producteur abondant de fumier, telle est la voie la plus sûre pour arriver aux rendements rémunérateurs en grains. Il ne faut pas oublier qu’une condition essentielle de succès dans l’élevage du bétail est de peupler l’étable avec des produits d’animaux de choix, les jeunes veaux achetés chez l’indigène ne pouvant, comme je l’ai dit plus haut, fournir, quoi qu’on fasse, des bêtes adultes aptes à la fabrication économique de la viande et de la graisse. Le salut et l’avenir de la culture africaine sont tout entiers dans la production fourragère.

Louis Grandeau,

Doyen honoraire clc la Faculté des sciences de Nancy, Ancien directeur de la Station agronomique de l’Est.

LA VITICULTURE EN TUNISIE

En s’adonnant à la viticulture, les colons français du nord de l’Afrique ne font que suivre les indications de la nature. Les cultures arbustives sont, en effet, particulièrement indiquées dans un climat qui ne connaît, à proprement parler, que deux saisons : la saison pluvieuse et la saison sèche. Tandis que les ardeurs de l’été détruisent toutes les plantes annuelles, les arbustes et les arbres, plongeant plus profondément leurs racines, vont chercher dans les couches inférieures du sol l’humidité qui s’y emmagasine ; au lieu de souffrir de la sécheresse de l’air, ils y trouvent une protection et un remède contre les maladies parasitaires. C’est une des beautés des fermes de nos colons, lorsque le soleil a tout grillé autour d’eux, que les grandes taches de magnifique verdure des vignobles qui persistent jusqu’à la fin de l’automne.

La culture de la vigne est devenue en Algérie l’objet d’un véritable engouement vers 1879. Jusqu’alors les fermes se constituaient en général sur le modèle des fermes de la métropole, c’està-dire qu’on y faisait une place à toutes les productions auxquelles le sol est propre, les céréales, le bétail, en même temps que le vin. Mais, à partir de cette époque, se sont constituées de tous côtés de grandes exploitations couvrant plusieurs centaines d’hectares, nécessitant une mise de fonds de plusieurs centaines de milliers et quelquefois de plusieurs millions de francs et uniquement consacrées à la vigne. En quinze ans, on en a planté près de cent mille hectares. Jamais effort aussi grand, essor aussi rapide, résultats aussi merveilleux ne s’étaient vus dans notre histoire coloniale. Des régions entières, jusqu’alors couvertes de broussailles, ont été complètement transformées. Une commune des environs d’Alger, Fouka, sur un territoire de 1.263 hectares, en a planté 886.

La raison de cette ardeur était dans la destruction de la plus gxande partie du vignoble français par le phylloxéra et dans l’élévation du prix des vins qui en avait été la conséquence. L’Algérie paraissait destinée à fournir désormais à la France le vin que celle-ci ne pouvait plus produire, et des capitaux énormes, qu’on ne saurait estimer à moins de quatre cents millions, attirés par les bénéfices obtenus par les premiers planteurs, opérèrent le miracle de cette création.

C’est justement à cette époque que la Tunisie passa sous notre domination. Elle profita de ce courant d’émigration que provoquait le succès de la vigne en Algérie. Elle offrait des conditions de sol et de climat identiques, et un certain nombre de nos compatriotes, espérant trouver, pour

l’acquisition de leurs domaines, des avantages plus grands dans un pays plus neuf, vinrent s’y établir. Tous, ;i très peu d’exceptions près, se sont consacrés presque exclusivement à la viticulture, et ils ont actuellement planté un peu plus de 6.000 hectares. Ces colons de la première heure disposaient de grands capitaux; ils ont formé un noyau de population française qui, par ses origines sociales, son intelligence et ses ressources, se distingue au milieu de nos autres colonies.

Leurs espérances se sont-elles complètement réalisées ? Dans la publication officielle qui a paru à l'occasion du Congrès pour l’avancement des sciences tenu à Tunis au printemps dernier, l’un cl’eux, qui est actuellement président de la Chambre de commerce et d’agriculture, reconnaît que non :

« La plupart des colons ne s’étaient jamais occupés de viticulture, dit-il; ils payèrent cher leur apprentissage.

« Les dépenses excessives faites au début, les fautes commises lors de la plantation, ont pesé lourdement sur beaucoup d’exploitations viticoles; elles ont contribué il rendre médiocres, par l’exagération du capital engagé, des affaires qui, menées d’une façon pratique, auraient donné de fort beaux résultats. »

Line autre cause de désenchantement, c’est qu’en même temps que se constituait le vignoble du nord de l’Afrique, se reconstituait le vignoble français. Lin abaissement général des prix en a été l'a conséquence. Il y a eu un moment de désespoir parmi nos colons lorsqu’ils ont vu, il y a quatre ou cinq ans, l’hectolitre de vin de 25 francs tomber à 12, a 10 francs. Depuis, ils ont repris courage. La production du vignoble en France est, en effet, très inégale d’une année à l’autre. Quand elle est abondante, les prix baissent aux chiffres que nous venons de citer; mais, quand elle est faible, ils remontent immédiatement. Les années à prix élevés compensent les années à prix faibles. Et puis, sous l’empire de la nécessité, on s’est efforcé d’améliorer les procédés d’exploitation, d’augmenter la quantité et la qualité du vin, et on a fini par se convaincre que, dans les conditions particulièrement favorables que présente à la vigne l’Afrique du Nord, même h des prix très abaissés, elle y reste une bonne affaire.

La quantité dépend à peu près exclusivement de la culture, et la qualité dépend surtout de la fabrication.

Dans la culture, le défoncement pour la plantation, le choix des cépages, les façons données au vignoble, les traitements contre les maladies, et la taille, influent d’une façon très notable sur le rendement en vendange.

Les colons ont beaucoup de peine il se persuader de l’importance d’un défoncement bien fait. C’est un travail sur lequel ils sont portés à faire des économies, et ce mauvais début pèse ensuite continuellement sur leur exploitation. Aussi ne saurait-on trop insister sur ce point. Le défoncement a deux buts : d’abord ameublir la terre, ensuite la purger du chiendent. Le chiendent a, en Afrique, une vigueur, une facilité de multiplication dont on n’a pas idée en France. 11 suffit qu’on en laisse quelques touffes dans un vignoble pour qu’en peu de temps il soit complètement envahi : la charrue, au lieu de le détruire, le répand en en dispersant les débris, qui constituent autant de

LA VITICULTURE EN TUNISIE

boutures nouvelles. Un hectare de vigne appauvri par le chiendent donnera à peine 20 à 25 hectolitres de vin; il tombera même au-dessous, tandis que, bien conduit et bien soigné, il doit en donner cent. Le colon qui croit faire une bonne spéculation en plantant quatre hectares a la diable, au lieu de se contenter d’en planter un avec tous les soins désirables, commet la plus grossière des méprises. Quand son vignoble sera en rapport, il lui faudra quatre fois plus de travail et de dépenses sur ses quatre hectares mal mis en train pour obtenir la même récolte, et, par conséquent, le même revenu, que sur un hectare bien planté. Et si alors, reconnaissant son erreur, il veut débarrasser sa vigne du chiendent, le défoncement autour des ceps sera une besogne beaucoup moins facile à exécuter que sur une terre encore nue ; il devra dépenser 1.000 a 1.200 francs par hectare.

Il aura donc perdu plusieurs années, et finalement le défoncement tardif lui aura coûté le double.

Faire bien, dût-on ne faire que peu. Cet axiome est vrai de toutes les entreprises agricoles, mais plus particulièrement de la viticulture. Le colon le plus sage est celui qui, se résignant a une première dépense indispensable, fait défoncer son terrain, à la main plutôt qu’à la charrue, à soixante centimètres de profondeur, et plante son vignoble dans une terre bien ameublie et complètement nettoyée.

Pour le choix des cépages, on manque encore d’indications bien sûres. Et il serait à désirer que la Direction de l’Agriculture, qui a commencé des expériences dans ce sens, fût pourvue des crédits nécessaires pour les faire aussi étendues et par conséquent aussi concluantes que possible. Nos colons, transportés dans un pays neuf, ont eu tout naturellement plus confiance dans les cépages de la mère patrie, qu’ils connaissaient, que dans les cépages locaux, qu’ils ne connaissaient pas. Ceux-ci ont été à peu près dédaignés. Cependant il en existe une trentaine de variétés qui ont pour premier mérite d’avoir été appropriées par une longue culture aux conditions climatériques particulières à l’Afrique du Nord. Déjà on a constaté que l’une d’elles, le Belcli, donne, et en quantité, du bon vin blanc, d’une fraîcheur de saveur rare en Afrique ; il est probable que d’autres découvertes du même genre sont à faire. D’autre part, les cépages importés se comportent sous le ciel africain autrement qu’en France : l’Aramon, le petit Bouschet, tout en conservant les qualités connues, l’un pour l’abondance de la vendange, l’autre pour la forte couleur du vin, donnent des produits plus fins : le Cabernet, le Cût, soumis à des tailles longues, donnent beaucoup plus de raisins que dans le Bordelais. Il est évident que tous ces cépages, cépages locaux et cépages français, devraient être l’objet d’expériences systématiques ayant pour objet de déterminer quelle quantité et quelle qualité de vin chacun d’eux en particulier peut donner dans les conditions moyennes de la viticulture en Tunisie. Les colons obtiendraient ainsi des données certaines pour rassortiment des cépages qui devraient constituer leurs vignobles. Tout ce qü’on peut dire pour le moment, c’est que les cépages les plus fréquemment plantés jusqu’ici par les colons sont : le Mourvèdre, le Morastel, le Carignan, l’Aramon, l’Alicante, le Cinsatdt; ce sont eux qui forment le fonds des vignes pour vin rouge. Le Cabernet, le Côt, la petite Svra, le Pineau noir, sont moins répandus. Les vignobles ont toujours un lot de petit Bouschet pour accroître la couleur. Pour les vins blancs, on plante surtout la Clairette, le Beldi, l’Ugni, la Blanquette, le Terret-Bouret, le Chasselas.

Quelques colons plantent ces cépages pêle-mêle. C’est assurément uné faute. Les plants n’entrant pas tous en végétation en même temps, c’est une facilité pour le travail que de n’en avoir que

d’une sorte sur un même terrain. C’est aussi un avantage que de pouvoir vendanger séparément les différentes variétés de cépages, de manière à être toujours maître de varier les proportions dans lesquelles on les mêle dans la cuve et à pouvoir profiter des indications de l’expérience.

La Tunisie s’est jusqu’ici défendue contre le phylloxéra. Quand on songe aux ravages qu’il a commis en France et en Algérie même, cette raison, à elle seule, suffirait pour déterminer les planteurs de vignes à choisir la Régence de préférence à toute autre région française. Les autres maladies de la vigne, sans devoir être négligées, sont moins redoutables qu’elles ne le sont en général en France; les ceps ont un développement ligneux, un aspect de force et de santé qui lont l’admiration des nouveaux débarqués. Les maladies les plus à craindre sont le mildiew et l’oïdium, qui sévissent particulièrement quand le printemps est pluvieux. Les traitements à la bouillie bordelaise et au soufre sont régulièrement pratiqués dans toutes les exploitations, et l’on peut dire qu’à ce point de vue les soins à donner à la vigne laissent peu de chose à désirer en Tunisie.

11 n’en est pas de même pour les façons données à la terre. La vigne résiste très bien à la longue sécheresse de l’été africain ; mais si cette sécheresse atteint trop profondément les couches inférieures du sol, la vigne souffre, le raisin est petit ou se développe insuffisamment, et la vendange est diminuée. Le moyen d’éviter ce malheur est de multiplier les labours légers. Si vous ne remuez point la surface de la terre, la dessiccation la fendille, et la chaleur pénètre dans 1 intérieur par les crevasses. Au contraire, si la surface est maintenue par le labour à l’état meuble, elle agit à la façon d’un matelas imperméable au soleil, et les couches restent fraîches en dessous. De la vient cet axiome agricole arabe que « deux labours valent un arrosage ». On se contente trop souvent de deux façons, mais ceux qui en donnent quatre se voient largement récompensés au moment de la récolte, et il est à souhaiter qu’ils soient imités par tous.

Il n’en est pas de même non plus pour la taille. Là aussi il y a à réaliser des progrès qui se traduiront par des accroissements de récolte. Je l’ai déjà indiqué plusieurs lois dans ce travail, la vigne a, dans le nord de F Afrique, une vigueur inconnue en France; aussi la taille doit-elle y être tout autre. Malheureusement, ce travail est généralement confié à des ouvriers spéciaux, qui ne changent rien aux procédés qu’on leur a appris en Provence ou dans le Languedoc, et qui se contentent de ménager sur un cep deux à trois porteurs, pas plus, comme ils avaient été accoutumés a le faire de I autre côté de la Méditerranée. On obtient ainsi des sarments énormes, longs de deux à trois mètres et gros comme le pouce; l’énergie de la vigne se dépense à produire beaucoup de bois et peu de raisin. Pour répondre à cette vigueur exceptionnelle des ceps, on a déjà pris la bonne habitude de les espacer beaucoup plus qu’en France; il faut, en même temps, ne pas craindre de leur laisser huit à dix porteurs. Cela parait téméraire et déraisonnable au premier abord, en débutant; mais ceux qui ont la sagesse d’en faire l’expérience sur un coin de leur vignoble reconnaissent bien vite que cette taille généreuse n’épuise point la vigne, et que, sans elle, il ne faut point songer à atteindre les rendements moyens de 100 hectolitres a 1 hectare, qui sont la fortune pour le viticulteur africain, même aux bas prix des dernières années. M. Grellet,

LA VITICULTURE EN TUNISIE

aux environs d’Alger, va jusqu’à douze ou quinze porteurs; il est vrai qu’il fume régulièrement. Il n’a pas manqué de prophètes de malheur pour se moquer de lui et lui prédire que ses ceps allaient crever à brève échéance. Il y a vingt-cinq ans qu’il taille ainsi, et son vignoble reste un modèle qu’il faudrait pouvoir mettre sous les yeux de tous nos colons.

D’après le président de la Chambre d’agriculture que je citais tout à l’heure, la moyenne du rendement dans les vignobles de huit à dix ans est actuellement de 70 a 80 hectolitres. L’écart

entre ces chiffres et le rendement de 100 hectolitres représente la marge ouverte aux améliorations culturales. Car — de nombreux exemples l’ont déjà prouvé — ce rendement de 100 hectolitres peut toujours être atteint sur un sol convenable dans l’Afrique du Nord.

Sous le rapport de la quantité, la viticulture en Tunisie est donc dans les conditions les plus favorables. Sous le rapport de la qualité, quand la vinification s’opère bien, elle obtient également des résultats très satisfaisants. Les vins tunisiens bien faits sont hauts en couleur, riches en alcool, d’une saveur franche et foisonnant dans la bouche; en un mot, ils ont tous les caractères que le commerce recherche dans ce qu’on appelle les vins marchands. Seulement, la vinification rencontre des difficultés particulières au climat.

On sait que la fermentation est déterminée par des êtres vivants qui ont leurs conditions d’existence propres. Très actifs dans un moût jusqu’à 35° de chaleur, ils dépérissent au-dessus et meurent vers 42°. Or, si les ferments s’arrêtent avant que le sucre du moût soit complètement transformé en alcool, ils laissent le vin inachevé encore pour ainsi dire, sucré et trop doux au goût, n’ayant point de solidité et sujet à s’altérer très vite : c’est du vin voué aux maladies.

Or, comment empêcher les moûts de monter au-dessus de 35°, dans un pays où, au moment des vendanges, le siroco porte quelquefois la température à 40° à l’ombre?

D’abord on espéra y arriver en creusant profondément les caves. Mais la pratique révéla promptement qu’on faisait ainsi fausse route. La chaleur résultant de la fermentation, se combinant avec la chaleur externe, finissait par porter ces caves souterraines à un haut degré de température, et, comme on ne pouvait aisément les aérer une fois chaudes, il n’y avait plus moyen de les rafraîchir. L’expérience a conduit, au contraire, à substituer aux caves proprement dites des chais franchement construits au-dessus du sol et ayant de larges baies permettant de renouveler l’air très vite : on les ouvre le soir pour faire pénétrer à l’intérieur la fraîcheur de la nuit, et on les ferme le matin.

Si évidente que soit la supériorité de ce genre de construction, cela ne suffit pas, cependant, pour assurer une boum* fermentation. Les colons ont déployé beaucoup d’ingéniosité dans la recherche d’un moyen pratique de maintenir les moûts h une température avoisinant 35°. Les uns exposent les raisins vendangés dans des paniers ou sur des claies pendant une nuit. Ils se refroidissent, et quand, de grand matin, on les jette dans la cuve, ils ont emmagasiné une assez grande quantité de fraîcheur. D’autres surveillent la fermentation, et dès que le moût atteint une température de 35°, ils le soutirent et le versent dans une cuve fraîche. D’autres entourent les cuves de

linges mouillés, que l’évaporation fait descendre à un degré assez bon de température et qui les rafraîchissent par contact; un colon a même imaginé de faire construire des cuves en fer, matière plus facile à rafraîchir de cette manière que le bois. D’autres, enfin, ont inventé des réfrigérants consistant généralement en serpentins refroidis extérieurement au moyen d’ablutions, et dans lesquels on fait circuler le moût.

La variété même de ces procédés indique qu’aucun d’eux ne s’est encore imposé d’une façon décisive. Il semble qu’un bon réfrigérant, peu coûteux et exigeant peu d’eau, — car l’eau est toujours rare au mois d’août dans les fermes africaines, — sera, quand on l’aura trouvé, le système le plus pratique et le plus sûr, parce que ce sera le plus commode à manier.

IY

En résumé, l’histoire delà viticulture en Tunisie (celle de la viticulture algérienne est la même) se partage en trois phases : période d’engouement, pendant laquelle ont été constitués ces immenses et beaux vignobles dont quelques-uns ont plus de 200 hectares (le plus grand en a 500) ; période du découragement causé par l’abaissement du prix des vins, qui a déçu les espérances des planteurs, mais qui, en Tunisie du moins, n’a amené aucune catastrophe, car tous les colons ont tenu bon quand même; enfin, période qu’on pourrait appeler période de progrès et de sagesse. La marge des bénéfices s’étant rétrécie, on s’ingénie à la réélargir en améliorant la culture et en améliorant la vinification. Si l’on n’en est plus aux rêves d’il y a quinze ans, on envisage l’avenir avec confiance.

Conduite avec la prudence que réclame toute entreprise agricole, faite avec le souci de ne rien négliger des perfectionnements révélés par l’expérience, la viticulture, remise à son rang, après ces hauts et ces bas, apparaît aujourd’hui comme devant être, pour le nord de la Tunisie, ce que l’oléiculture est pour le centre : l’industrie la plus propre à attirer et à fixer dans notre possession les colons français.

Paul Bourde,

Ancien directeur de l’Agriculture et des contrôles de la Régence.

LA CULTURE DE L’OLIVIER EN TUNISIE

La Tunisie n’a pas seulement été, au début de l’occupation latine, grâce à ses immenses productions de céréales, le grenier de Rome. La culture de l’olivier y était déjà répandue et devait y prendre, pendant les six cents ans qu’allait durer la domination romaine, une extension si considérable que l’observation des lieux et les témoignages des auteurs permettent seuls aujourd’hui cl’en mesurer toute la grandeur. Si considérables qu'aient pu être les plantations dans le nord de la Tunisie à cette époque, elles l’ont été bien davantage dans le centre et dans le sud du pays. Toute la région comprise entre Hammamet et Tébessa ne devait former qu’une forêt continue cl’oliviers, avec de nombreux centres habités. Nous en avons pour preuves les groupes d’arbres, tantôt réunis, tantôt dispersés un à un, qui ont résisté et survécu aux outrages du temps et à la destruction systématique des Arabes, et les ruines des huileries, dont les cuves de pierre et les montants peuplent littéralement la partie centrale du pays entre Sbéitla, Fériana et Gafsa.

L’occupation arabe a converti en désert toutes ces régions; le protectorat français tient à honneur de leur rendre leur antique prospérité. Il a déjà commencé cette grande œuvre, eu favorisant la reconstitution de l’admirable forêt de Sfax par la vente des terres sialines.

Quelque désastreux qu’aient été les dégâts causés par les invasions dans les olivettes de cette partie du nord de l’Afrique, la Tunisie possède encore une des plus importantes forêts d’oliviers du monde entier, et l’oléiculture y tient, après les céréales, la première place dans son économie rurale.

Douze millions d’oliviers, d’après les récentes statistiques établies, sont répartis sur divers points. La culture et la production varient considérablement d’une région à l’autre.

Au point de vue cultural, les oliviers de Tunisie se partagent en trois groupes principaux : ceux du Nord, soumis à l’impôt de la dime; ceux du Sahel et ceux de Sfax, régis par l’impôt kanoun. Tous trois présentent dés caractères bien distincts1. D’autres groupes, mais beaucoup moins importants, existent dans le Centre et dans le Sud.

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