‹ La TunisieChapitre 60 sur 157 · OLIVIERS DU NORD · texte numérisé non relu

OLIVIERS DU NORD

Les olivettes du Nord comprennent environ 5.000.000 d’arbres, répartis sur les contrôles de Bizerte (527.224), de Tunis (2.592.851) et le caïdat de Soliman (1.700.000). Elles sont dans un état de prospérité peu satisfaisant, par suite d’une taille mal appropriée et d’une culture insuffisante. Les arbres sont trop rapprochés et plantés en désordre; beaucoup manquent et n’ont pas été remplacés. Le sol peut y être moins propice qu’ailleurs ; en tout cas, le système de culture employé est tout différent. « D’après une opinion très répandue1, cet abandon serait un effet du régime fiscal. Le kanoun est une taxe lixe par pied d’arbre. La dîme, au contraire, est prélevée sur la récolte. Le kanoun, par sa fixité, serait, pour le cultivateur, qui a toujours le même impôt à payer quel que soit son revenu, un stimulant à produire, tandis que la dîme, étant toujours proportionnée ;i la récolte, ne l’obligerait point à la même initiative. Ainsi s’expliquerait que l’oléiculture soit florissante en pays de kanoun et misérable en pays de dime. » Là n’est pas, à notre avis, la seule cause réelle de cette situation : il y a d’autres causes importantes, qui ont été longuement exposées par M. Bourde, ancien directeur de l’Agriculture en Tunisie et aujourd’hui secrétaire général h Madagascar2. D’abord et avant tout, le grand nombre d’olivettes constituées en habous (environ 34 pour 100), soustraites ainsi à la sollicitude de l’intérêt privé et livrées à la merci d’oukils (administrateurs) infidèles ou négligents; l’insouciance des propriétaires, qui laissent trop souvent le service de la Ghaba3 labourer, tailler et vendre leurs olives sur pied; enfin, l’insuffisance des procédés de culture en usage, par suite de plantations trop serrées (120 à 150 arbres par hectare), mal aérées, qui donnent de faibles rendements tout en exigeant des frais de taille et de cueillette plus élevés et des labours plus difficiles. La production se ressent, naturellement, de l’état précaire des cultures, et l’on peut dire, sans pouvoir être taxé d’exagération, que les olivettes du Sahel et de Sfax, grâce à leur tenue, rapportent plus du double, à nombre égal d’arbres, que les olivettes du Nord.

La réforme du service de la Gliaba pourra remédier à cet état de choses et permettre d’entreprendre, avec de réelles chances de succès, l’amélioration des oliviers du Nord par une taille plus rationnelle. On pourra reconstituer ainsi peu à peu les vieilles olivettes des pays de dîmes, sous réserve d’une surveillance active et rigoureuse. Les mesures prises à ce sujet permettent d’augurer d’heureux résultats, et le service de la Ghaba, par suite d’arrangements avec l’administration des habous, se trouve actuellement en état de replanter vingt-cinq mille oliviers chaque hiver.

2. Paul Bourde, Rapport sur les cultures fruitières, et en particulier sur la culture de l’olivier , dans le centre de la Tunisie, lor juillet 1893.

3. Le service de la Ghaba — créé par Hnssin-Bey vers 1730 pour administrer la forêt [ghaba) d’oliviers en pays de dime — est composé d’un directeur, de gardes, d'amins et d'un notaire, chargés de faire labourer et tailler les olivettes, cueillir les olives suivant les meilleures méthodes et régler la fabrication de l’huile. C’est une réglementation si minutieuse, que les propriétaires découragés ont fini par abandonner à l'État le soin de leurs cultures, qui en ont tant souffert; ils se sont uinsi détournés peu à peu des plantations d’oliviers.

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