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OLIVIERS DE SI'AX

Les oliviers de Sfax comprennent environ 1.200.000 pieds en production et plus de 500.000 jeunes arbres plantés depuis moins de dix ans. Ils forment autour de la ville une véritable forêt de près de 40 kilomètres de rayon, qui provoque, à juste titre, l’admiration de tous ceux qui la parcourent, par la beauté de son ensemble, la régularité de ses plantations, la perfection de sa taille et le fini de sa culture. M. Bourde le faisait très judicieusement remarquer : « La région de Sfax est admirablement placée, par la nature de son terrain et de ses conditions climatériques, pour la plantation et la culture de l'olivier. Les plantations qui y existent déjà sont superbes et laissent bien loin derrière elles tout ce qu’on peut voir en Europe comme développement de l'arbre et quantité de fruits...; la taille et la forme a donner sont très rationnelles... ; sans enseignement du dehors, par le seul effet de ses propres observations, l'intelligente et laborieuse population de Sfax est arrivée à porter la culture de l’olivier à un degré de perfection tel que la science agricole européenne n’a rien ii corriger, ni rien à ajouter à ses procédés. »

Les plantations sont régulièrement tracées et irréprochablement alignées; les trous creusés à 75 centimètres de profondeur, de manière à mettre les plants en carré à 24 mètres les uns des autres. Les Sfaxiens ont fini par constater que cette distance, tout excessive qu’elle paraît être au premier abord, est cependant celle qui assure les plus forts rendements dans les terres légères. Elle ne permet de placer que 17 oliviers à l'hectare ; mais ces 17 arbres produisent autant à Sfax que 50 dans le Sahel et que 100 à 120 dans le Nord. Lés plantations se font uniquement avec des

LA CULTURE DE L’OLIVIER EN TUNISIE

éclats détachés d’arbres vieux et portant une partie d’écorce, d’où partent plus tard les rejets : elles ont lieu de décembre à mars, de façon à profiter des pluies d’hiver. L’arrosage, du moins la première année, est une condition de réussite, surtout si l’on tombe sur une année de sécheresse. Les labours sont répétés plusieurs fois par an, de façon que le sol soit toujours propre de toute herbe et ameubli. Pendant les six premières années, on fait, entre les lignes, des cultures intercalaires de blé, d’orge ou de fèves. Après cette époque, le terrain reste exclusivement réservé aux oliviers et est régulièrement labouré à la charrue et à la ma’acha (sorte de grand couteau horizontal qui est une invention très pratique des Sfaxiens pour couper les herbes à deux ou trois centimètres en terre). Grâce à ces soins et à une taille habilement calculée pour faire circuler l’air et la lumière, ces deux facteurs indispensables de la fructification des oliviers, les olivettes de Sfax sont des modèles de tenue et de rendements. Elles entrent généralement en rapport vers la dixième année, en plein rapport à quinze ans, mais commencent à donner des fruits dès la cinquième année, quand elles sont bien tenues. Les récoltes pleines ne se suivent pas généralement deux ans de suite : on compte une bonne récolte sur deux. La floraison a lieu en avril-mai; en juin, les fruits sont déjà formés; ils commencent à mûrir en octobre, sur les jeunes arbres, plus tard sur les vieux. La cueillette dure trois ou quatre mois, jusqu’en janvier. Elle ne se fait pas à la gaule, comme dans le Nord, mais très soigneusement à la main, en peignant les fruits au moyen de cornes de mouton dont on se gante les doigts.

« La taille et la forme données à l’olivier sont très rationnelles, et en parfaite concordance avec ce qui est indiqué par les professeurs d’arboriculture1. » Tant que l’arbre est jeune, on le taille un peu chaque année, de manière à lui donner une forme convenable, en ayant soin de dégager les maîtresses branches, afin de donner tout l’air possible. Quand il entre en rapport, on ne le taille plus guère que tous les deux ans. On aère surtout le milieu de l’arbre, en sacrifiant toutes les pousses verticales qui donnent peu de fruits. Les tailleurs sont indigènes, qui sont, d’ailleurs, payés un prix élevé pour le pays (3 fr. 50 par jour) : leur travail est fait à la scie et à la serpe, mais avec une véritable méthode et le plus grand soin.

La fumure n’est pas encore dans l’usage courant. Elle n’est guère pratiquée que par quelques gros propriétaires, (pii font déposer, de temps en temps, au pied de chaque arbre, lorsqu’il a atteint dix ou douze ans, une charge de fumier. Le rendement ne peut que s’en ressentir, et il serait à désirer que la fumure devînt régulière et rationnelle.

Les deux maladies les plus répandues sont le noir et le ver ( Dacus oleæ ) ; mais elles n’attaquent pas la vitalité des oliviers et, si elles peuvent parfois compromettre une partie de la récolte, il faut reconnaître qu’elles ne font que peu de dommages dans la forêt de Sfax. Le siroco lui-même, si redoutable, passe pour assainir l’olivier.

La plupart des plantations ont été faites en association, en vertu d’un contrat de m’gharcia, d’après lequel le propriétaire achète la terre et la livre à un indigène, qui devient son m’gharci. Le m’gharci défriche le terrain, fournit les plants d’oliviers, les animaux de travail, et se charge de toute la besogne jusqu’à ce que les arbres soient arrivés à production. Par contre, il peut faire, pendant les quatre ou cinq premières années, des cultures de céréales intercalaires et jouit des trois quarts de ces récoltes, l’autre quart revenant an propriétaire. On admet que chaque m’gharci peut planter et cultiver une méchia (environ 10 hectares), soit 174 oliviers. Comme le m’gharci n’a

1. Rapport du jury de l’oléiculture au concours agricole de Tunis, en 1888.

généralement pas de ressources, il est d’usage que le propriétaire lui avance une partie des fonds qui lui sont nécessaires pour planter ou acheter son matériel de labour. Ces avances, qui s’élèvent généralement à 200 ou 250 francs, ne produisent pas d’intérêts et sont remboursées au moment de 1 expiration du contrat, c’est-à-dire lorsque les oliviers commencent h produire de quoi fournir leurs frais d’entretien (environ à huit ou dix ans). C’est le moment du partage, lequel se fait par expert (amin) : les deux parts égales sont tirées au sort. « Ce genre de contrat, dit judicieusement M. Rihau, dans la Tunisie agricole, a l’avantage d’associer les intérêts français et arabes : il se recommande, par là même, à l’intérêt politique de la France; il permet, en outre, de fixer le nomade, de l’attacher au sol et de l’arracher à sa vie pastorale, qui est la ruine des terres; il procure une plantation économique; il assure la réussite, puisque, en travaillant pour son patron, l’ouvrier travaille également pour lui; il garantit le colon français contre les déprédations, et le décharge des soucis de la création. »

Le contrat de m’gharcia a donné à la forêt d’oliviers de Sfax un développement qui n’a fait que s’accroître chaque année depuis l’établissement du protectorat. La mise en vente des terres sialines lui a imprimé un nouvel essor. De nombreux capitalistes français ont été séduits par les avantages financiers de la m’gharcia. Quelques grandes propriétés se sont créées, d’autres s’organisent, et il n’est pas rare d'y voir planter 10.000, 20.000 et même 30.000 oliviers1.

Quelques chiffres, puisés aux sources les plus autorisées, montrent éloquemment les résultats déjà obtenus. Le 1er juillet dernier et dans l’espace de moins de quatre ans, 29.823 hectares de terres sialines avaient été concédés, avec titres fonciers, dans la région de Sfax. Tout récemment (décret du 20 août), un magnifique lot de 30.000 hectares vient d’être donné à la Compagnie concessionnaire des gisements de phosphates de Gafsa et du chemin de fer de Sfax à Gafsa.

Ces concessions portent sur 140 demandes, dont 52 émanent de Français, 5 seulement d’étrangers, et 83 d’indigènes du pays. Toutes sont faites sous la condition expresse que les terres concédées devront être complantées dans un délai de quatre années, à l’expiration duquel le titre définitif est remis au concessionnaire. Ce délai a été porté à dix ans pour la concession de 30.000 hectares laite a la Compagnie des phosphates de Gafsa. Au point de vue de la répartition des terres, on peut dire que la colonisation y a un caractère presque exclusivement français : sur un total de 59.823 hectares concédés, 55.366 hectares le sont à des Français, 4.256 hectares à des indigènes, et 201 hectares seulement à des étrangers. De nombreuses demandes sont encore faites et à l’examen : il n’est pas téméraire de penser qu’elles peuvent embrasser près de 60.000 hectares. On ne peut que se féliciter de tels résultats.

Nous avons dit que la presque généralité des plantations faites dans la région de Sfax l’avaient été en association avec les m’ghareis. C’est, à notre avis, la méthode la plus pratique et la moins onéreuse, au point de vue financier, car elle permet, avec un capital en somme restreint, de créer une propriété dont la valeur augmente rapidement et sûrement. Quelques essais de culture directe ont été tentés par plusieurs propriétaires français2. On ne saurait établir dès maintenant un paral-

1. Domaines de Chaaba, appartenant à M. Syri (27.000 oliviers) ; la Gazelle, à MM. Steeg et Serres (8.500 oliviers) ; le Taureau, à M. Siris (25.000 oliviers); la Marguerite, à M. Siris (11.000 oliviers); le Peuplier, à M. Régnault (14.000 oliviers); le Jujubier, a M. Rendu (20.000 oliviers); le Roseau, à M. Jacquemaire (12.000 oliviers); l’Eucalyptus, a M. Arnould (8.000 oliviers); le Chêne, à M. Lovy (7.000 oliviers).

2. L Epargne- S fax, appartenant à la Société l’Epargne foncière, doit planter celte année 30.000 oliviers qui sont en pépinière.

Sainte-Ursule, à M. Chrétien . 3.000 oliviers.

Maden, à M. Benoît . 12.000 oliviers.

La Lorraine, Oued-Ksibi, Hadeid-Honara, a MM. Bueb et autres, ensemble . . 26.300 oliviers.

LA CULTURE DE L’OLIVIER EN TUNISIE

lèle quelconque entre les deux modes d’exploitation et préconiser l’un plus que l’autre. 11 faut attendre que les olivettes entrent en plein rapport pour se faire une idée exacte des avantages matériels ou financiers de chacun : l’expérience seule répondra. L’essai était bon à tenter : l’avenir dira s’il est bon à suivre.

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